Intervention avant la représentation du spectacle RESISTANCE FAROUCHE

Intervention avant la représentation du spectacle RESISTANCE FAROUCHE de la compagnie Extrême Fusion devant environ 550 personnes. Vendredi 6 juin, Festival AGITATION organisé par Le Triangle, cité de la danse à Rennes

MERCI à l’équipe du Triangle, solidaire, d’avoir imprimé et glissé la carte postale (voir ci-dessous) dans les programmes de salle.

Bonsoir,

Je remercie le Triangle de nous donner ce temps de parole et pour toutes les actions qu’il mène. Vous avez trouvé une carte postale dans votre programme, certains d’entre vous savent de quoi il s’agit, d’autres moins. J’explique :

Je m’adresse à vous au nom de la COORDINATION DES INTERMITTENTS, INTERIMAIRES ET CHOMEURS DE BRETAGNE.

Nous représentons, non seulement les artistes et techniciens du spectacle vivant mais aussi les salariés intérimaires et les chômeurs.

Mais aussi artistes peintres, plasticiens, photographes, vidéastes, auteurs, chercheurs, archéologues… bref toutes les personnes dont l’emploi est par nature discontinu.

Qu’est-ce qu’un « intermittent » ? Hé bien, c’est un métier : acteur/trice, musicien/ne, danseur/se, technicien/ne, décorateur/trice, etc. Ces personnes sont salariées par des festivals, théâtres, et diverses institutions. Ils touchent le chômage quand ils ne travaillent pas.

Sans eux, pas de spectacles.

Dans la nuit du 21 mars, un accord UNEDIC a été conclu. Alors que le chômage touche des millions de personnes, les règles de son indemnisation s’apprêtent à être dictées dans les locaux du MEDEF, sans aucun contrôle démocratique, sans vraies négociations, sans droit de regard ni de la représentation nationale ni des principaux concernés.

La gestion paritaire de l’UNEDIC est devenue un système quasi mafieux où il n’est plus question de défendre les chômeurs. Par la réforme et l'instauration des droits rechargeables, le MEDEF veut généraliser la précarité à tous les salariés. L’accord propose un système totalement libéral, fonctionnant comme une assurance privée, où chacun « recharge » ses droits après épuisement de son « capital » d’indemnités.

Dans le même temps, il organise la disparition des annexes, adaptées pourtant à des pratiques d’emploi spécifiques et précaires : les saisonniers ont basculé au régime général en 2011. L’annexe 4 des intérimaires est vidée de sa substance par la réforme de 2014. Les annexes 8 et 10, concernant les intermittents du spectacle sont peu à peu modifiées pour conduire à la précarisation : le texte confirme un système qui depuis 2003 a exclu les plus fragiles.

Il promet de surcroît une plus grande précarisation, notamment par la hausse des cotisations salariales, et par le différé d’indemnisation, qui laissera le chômeur, sans revenu pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, voire plusieurs mois !

Les syndicats patronaux ont refusé toute hausse des cotisations, sauf dans le secteur du spectacle où les employeurs ne sont pas représentés à la table des négociations. Les compagnies de théâtre et maisons de production de l’audiovisuel indépendantes subiront de plein fouet cette mesure dont le gain pour le budget de l’UNEDIC sera négligeable.

C’est absolument inacceptable. Je suis intermittente du spectacle et chorégraphe, danseuse dans ma compagnie, en lutte depuis ce jour.

De nombreuses voix se sont coordonnées depuis dix ans, dans le cadre du Comité de suivi de notre coordination, et ont fait des propositions justes, qui reviennent moins cher, oui, moins cher, à l’UNEDIC que la réforme proposée.

Notre coordination porte des valeurs mutualistes, défend un modèle de société solidaire, et sans négliger par ailleurs les nécessités économiques qui pèsent sur cette réforme.

Ces propositions, alors soutenues par les socialistes, et en particulier par François Rebsamen, n’ont même pas été étudiées dans le cadre des négociations paritaires.

Devenu Ministre du travail, M. Rebsamen veut maintenant agréer cet accord et n'envisage aucune nouvelle négociation.

Malgré les nombreuses lettres qui lui sont envoyées. Le premier secrétaire du PS Jean Christophe Cambadélis, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, la maire de Paris Anne Hildalgo, et bien d’autres acteurs politiques lui demandent le non-agrément.

Malgré les actions nationales, les interventions aux Molières, les questions qui lui sont posées au gouvernement à l’Assemblée Nationale, il n’y a rien à faire…

Et donc, depuis quelques jours, la lutte est entrée dans une phase bien plus dure et douloureuse : la grève dans les festivals à Montpellier, à Toulouse, sur le tournage à Marseille de "plus belle la vie"…

Quel dommage d’en arriver là. Bien sûr, nous sommes solidaires de nos compagnons en grève et je salue leur courage.

Alors, si vous voulez nous soutenir, envoyez la carte postale !

Pour nous joindre et suivre nos actions : Facebook (pas besoin d’être abonné) CIP Bretagne https://www.facebook.com/pages/Cipbretagne/535077256612277?fref=ts et CIP Ile de France : http://www.cip-idf.org/ et https://www.facebook.com/CipIdf?fref=nf

 Et pour finir, je citerai ces quelques lignes d’Edwy Plenel :

« La politique, ce n’est pas seulement  une pédagogie, des élus au peuple, mais une conversation, entre le peuple et ses représentants. C’est cet imaginaire démocratique qu’il nous faut retrouver, le seul à même de restaurer la confiance, ce climat aussi précieux que mystérieux sans l’avènement duquel il n’y aura jamais de sortie de crise.

Cet imaginaire démocratique a un nom, et c’est l’égalité. 

(…) L’égalité, ce mot qui est au centre et au nœud de la devise républicaine.

Égalité des droits, égalité des possibles, égalité devant la loi, égalité devant la santé, égalité devant l’éducation, égalité dans le travail, égalité des territoires, égalité de l’accès aux services publics, égalité dans l’accès à la culture,

égalité dans la représentation politique,

égalité des origines, des races et des religions,

égalité des cultures et des civilisations,

égalité des hommes et des femmes, égalité des sexes, égalité des genres, etc.

On n’en finirait pas d’énumérer les potentialités libératrices de l’exigence d’égalité pour rassembler et renforcer une société, la nôtre, dont l’expression politique a délaissé plusieurs parties de son peuple qui ne se sentent ni représentées ni écoutées. »

http://www.mediapart.fr/journal/france/040614/l-alarme-de-dire-non?page_article=5

Ce que nous faisons, nous le faisons pour tous !

 Et maintenant : RESISTANCE FAROUCHE !

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