Celle qui cadre son esprit libre et sauvage

Un article de MARINE COMBE, mai 2014 / yeggmag.fr

Yegg mai 2014 © Celian Ramis Yegg mai 2014 © Celian Ramis

Le son des talons qui claquent contre le sol, des mouvements langoureux, les poignets qui roulent et jouent de leur dextérité. Il y a quelque chose d’intense dans le regard de la danseuse et chorégraphe flamenco, Cécile Apsâra, quand elle exécute un extrait de son solo. Et pour comprendre sa nouvelle expérimentation, SOL – qu’elle dévoilera, après 3 ans de travail, le 16 mai à 19h30 à l’occasion de sa sortie de résidence au Garage, invitée par le Collectif Danse Rennes Métropole – il faut parcourir les grandes lignes de son existence emplie d’arts et de musique. Sa vie ressemble à un bain de culture, dans lequel elle a plongé dès sa naissance. Issue d’une famille de musiciens, elle goûte très tôt à cette émulation culturelle, à Paris. Petite, elle apprend la danse classique, puis découvre la peinture, la danse africaine et l’aïkido. Elle se souvient des années 80, époque durant laquelle régnait un désir de grande liberté, très plaisant mais dénué de cadre. Sa rencontre avec le flamenco va la transcender et ne plus jamais la quitter. « C’est l’essence même de la liberté. Il y a un esprit sauvage et libre. Mais c’est aussi un art difficile au niveau de la technique, de l’apprentissage, des codes », précise Cécile. Séduite et habitée par la musique et danse flamenco, elle prend des cours pendant un an avant d’aller aux sources. Deux ans à Madrid ne lui suffiront pas à étancher sa soif et en revenant à Paris, elle commence à danser dans les cabarets et au théâtre du Chatelet avec un de ses mentors, Antonio Gades. « Avec Paco de Lucia, musicien révolutionnaire, ils ont universalisé le flamenco. L’ont sorti de son aspect espagnolade pour l’amener vers une expression dramatique, lui donner du sens », raconte-t-elle, animée par la passion. Cécile Apsâra part vivre à Séville et baigne dans un univers qui lui colle à la peau : « C’était la fin de la movida, il y avait une douceur de vivre, une ambiance incroyable, électrique, on vivait et on sortait beaucoup ! » À cette époque, Séville, « ville très traditionnelle », accueille l’exposition universelle, « une manifestation très moderne ». Des extrêmes complémentaires que la chorégraphe ne cessera d’allier dans ses spectacles qu’elle présente avec la structure qu’elle fonde à Rennes, Apsâra Flamenco. Son histoire, ses rencontres, son lien avec le flamenco – expression rêvée pour dire la frustration et la colère, selon la chorégraphe – sa philosophie de vie qu’elle transmet dans ses cours… l’heure est au bilan dans SOL : Je veux renouer avec moi-même. J’ai commencé en étant très libre et la discipline m’a cadrée. L’idée est aujourd’hui de se libérer du cadre.

 

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