L'écoféminisme avec Starhwak

Il y a plusieurs éco-féminismes ;Voici une déclinaison par Starhwak

Ecoféminisme *

Moi j’ai envie de vous parler  d’éco féminisme. En particulier grâce à un livre « Rêver l’obscure.  Femmes, magie et politique » de Starhawk.

Et d’abord qu’elle définition donne t on à l’éco féminisme. L’écoféminisme est un mouvement et un courant de pensée né en 1974, sous la plume de Françoise d’Eaubonne qui écrit ce terme pour la première fois dans son ouvrage “le Féminisme ou la mort”. Cependant l’américaine Rachel Carson, avec Silent Spring (“Printemps Silencieux”)en 62 a été la première à dénoncer les atteintes à l’environnement en particulier par les pesticides.

Les éco féministes expliquent qu’il existe un lien entre l’écologie et le féminisme, parce que les comportements de domination et d’oppression que subissent les femmes sont les mêmes que ceux que subit l’environnement de la part des Hommes, Parmi les eco féminismes, il y a plusieurs lignes d’actions , divergentes : les écoféministes qui prône l’action politique. C’est le cas de Starwak Pour elles ce sont les femmes qui pourront apporter le changement nécessaire de la politique mondialisée et financiarisée parce que le capitalisme est né quand femme et nature ont été mis sous domination masculine

 Et il y a l’autre mouvement écoféministe pour qui nature et femme ont un lien spirituel, résumé dans le concept de la terre-mère et qui entraine sur les chemins de la spiritualité voire de l’ésotérisme, chemin qui a le même but cependant : renverser les valeurs actuelles de l’exploitation tous azimuts.

Avec Starhwak, la plus grande difficulté pour en parler, et essayer de résumer sa pensée , du moins à mon sens, c’est l’utilisation de termes comme « magie », culte, rituels, sorcières,  et ne confondre son discours avec une quelconque nouvelle religion  car ce que propose Starhwak ce n’est pas un culte de la Déesse - comme une lecture rapide pourrait le suggérer, remplacer une religion , par une autre - Non, elle propose des techniques pour agir efficacement sur la politique et renverser nos paradigmes.

J’adore ce mot, en voici une définition : Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base de règles définies Et voici une autre définition pour compléter «  Paradigme : Conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d'explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée. » ce qui veut dire que le paradigme débouche sur un conformisme qui filtre la réalité, On peut changer communauté scientifique par communauté économique ou financière, domaines dans lesquels, vous en conviendrez, un Changement de paradigme s’impose et urgemment !

D’ailleurs Starhwak précise bien ce qu’elle entend quand elle parle du culte de la Déesse « il est clair que quand je dis déesse je ne parle pas d’un être se tenant quelque part en dehors de ce monde ; j’entends opter pour une autre attitude : je propose d’appréhender le monde , les gens et les créatures qui l’habitent comme le sens principal et but de la vie ; de voir le monde, la terre et nos vies comme sacrés

Qui est Starhwak ?. C’est une américaine qui dès la fin des années 60 s’est engagée dans des luttes écologiques, et politiques, en participant à des manifestations, contre la guerre au Vietnam, contre la construction de centrales nucléaires, contre l’exploitation minière, en créant et participant à des mouvements de femmes pour un changement de société

Que nous dit Starhwak ? Elle analyse dans un premier temps les ressorts de notre culture  notre enfermement  et elle rejoint en partie, avec d’autres mots, ce qu’Isabelle Stenghers ,  appelle la Sorcellerie capitaliste. Elle,  elle appelle cela le pouvoir-sur

Pour Starhwak la chasse aux sorcières  est le signe, au  XVIe et XVIIe siècles, du passage de la société féodale à l'économie de marché, un changement de paradigme donc. Tout bascule alors - l'économie, la société, les valeurs – Ainsi, l'éradication des sorcières est inséparable des « enclosures » – ce vaste mouvement d'expropriation des terres et des ressources naturelles collectives, peu à peu transformées en propriétés privées. Cette privatisation a détruit le système de droits et d'obligations mutuels du village médiéval et empêché l'accès aux pâturages, bois, abris, herbes thérapeutiques…

Les femmes, qui étaient souvent en charge des « communs », furent les premières à souffrir de leur disparition, La terre, est désormais propriété privée, liée, redit Starhwak, à la nouvelle vision du monde qui coupe l'homme de la nature, et permet l'exploitation de cette dernière à un degré inconnu jusque-là. Et C'est la fin du monde vu comme interdépendant et interactif, où chaque élément porte en lui une valeur sacrée et qui avait survécu au catholicisme à travers la culture des sorcières.

En s'attaquant aux femmes paysannes qui prennent (souvent) la tête des mouvements contestant l'autorité et l'Eglise, aux femmes âgées qui incarnaient le savoir et la mémoire de la communauté  bref à celles qui défient l'ordre nouveau,  les persécuteurs anéantissent l'idée d'une révolution qui pourrait bénéficier aux femmes, aux pauvres et aux non-propriétaires. Notons que cette chasse aux sorcières a connu une amplification dramatique avec l’apparition d’une médecine « scientifique » enseignée dans des universités et uniquement masculine, Il n’était pas question que les femmes guérisseuses qui étaient plus efficaces que cette médecine balbutiante et c’était pourtant le cas, continue à exercer leur art. Des milliers de femmes ont ainsi été exécutées à tel point que dans certains villages il n’y avait plus une seule femme.

 

Cette nouvelle vision du monde qui date du  XVI e siècle construite par les hommes, mettant l’humanité, en position dominante par rapport à la nature, est toujours en action « Les expropriateurs se déplacent dans le tiers-monde dit Starhawk,(aujourd’hui on peut dire qu’ils se déplacent partout) , détruisant les cultures,  pillant les ressources de la terre et des gens » et ajouterons nous, empoisonnant tout ce qui vit

L'antidote, pour Starhawk, consiste précisément à se nommer. Et se nommer sorcière, c'est rendre aux femmes le droit d'être puissantes et même dangereuses, faire d'elles les héritières des guérisseuses et des sages-femmes. Et ouvrir de nouveaux possibles, politiques, artistiques.

Et Starhwak insiste :« C’est se réapproprier un terme qui a été une insulte et la cause d'un immense massacre de femmes »

Strarhwak parle du pouvoir-sur et du pouvoir-du–dedans ; le pouvoir-sur, c’est ce qui nous est imposé et a été intériorisé « la conscience » bonne ou mauvaise qui nous paralyse ..le pouvoir-du-dedans ce sont les forces que nous pouvons trouver en nous pour nous libérer . 

Starhwak est pragmatique. Pour elle créer des rituels. Ce n’est pas se laisser entraîner vers une spiritualité désincarnée mais le moyen de lier entre eux les individus et suffisamment pour qu’ils osent penser autrement, rêver, entrer en empathie et agir pour la réalisation d’une utopie  commune … »le territoire de notre quête va au-delà du soi individuel et de la nature sauvage., il est aussi dans la rue, vers les usines nucléaires, les laboratoires militaires, les prisons. «  pour changer la culture, dit elle, nous devons nous relier à l’aide de nouvelles manières, nous devons changer les structures de nos organisations et de nos communautés » Starhwak utilise les mots qui justement nous défrisent et plutôt que de se bloquer sur leur signification usuelle on peut essayer de comprendre autrement, de les définir pour nous. La signification usuelle, nous dit elle, vient du « pouvoir-sur ». nous les redéfinissons pour nous, avec le pouvoir-du-dedans. Par exemple parler de magie c’est parler de changement, de techniques qui permettent le changement. et c’est aussi ce que font « les sorciers » les chamans. on dit qu’il font de la magie, ce qu’ils font c’est de provoquer un changement de point de vue chez ceux qui viennent les consulter. « Pour nous libérer, pour invoquer le pouvoir du dedans nous devons être prêts à aller au-delà de nos intérêt personnels ; dans une communauté nous avons le pouvoir de nous guérir et de nous aider l’un, l’autre 

Dans la deuxième partie de son livre Starhwak décrit les pratiques , les rituels utilisés dans les cercles de femmes , appelés « les cercles des sorcières néo-paiennes », et ce pour créer cette connexion entre les individus , se retrouver sur une pensée commune et créer une énergie qui permette d’agir ensemble, avec une plus grande efficacité et qui peut conduire au changement dans l’action politique…et le changement de politique.

*Ce texte a été écrit pour l'émission "Barachattes", une émission de femmes sur Radio Saint Affrique

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