L'OCDE et l'Environnement

Un petit rappel sur l’histoire du détournement des politiques environnementales Il y a 10 ans je tenais sur la radio Agora-Côte d’azur une chronique environnementale. Le texte qui suit à 8 ans. Je le publie car ce qui y est dit est toujours d’actualité Et les préconisations de l’OCDE sont aujourd’hui en pleine réalisation

Les chroniques terriennes

Bonsoir et bienvenue dans cette émission dédiée à l’Environnement.  Aujourd’hui nous la consacrerons aux inquiétudes récemment exprimées par des organismes économiques  internationaux comme l’OCDE  Nous allons déguster le rapport de l’OCDE, organisation internationale de coopération économique qui regroupe les pays « avancés » mais pas les pays émergeants, comme la Chine, le Brésil ou l’Inde. Sur le plan environnemental cet organisme jusqu’à présent, était très attentif à ce que les problèmes d’environnement ne viennent pas perturber les affaires Et bien il semble que le ton change, mais méfiance quand même. 

Le rapport intitulé « Les Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2030 » présente des analyses de tendances économiques et environnementales jusqu’en 2030, et attaque bille en tête en dénonçant, je cite «  Les conséquences de l’inaction des pouvoirs publics dans le domaine de l'environnement », rien que cela.

« Si aucune action nouvelle n’est entreprise, nous dit le rapport, nous risquons, au cours des décennies à venir, de modifier de façon irréversible les conditions environnementales sur lesquelles reposent le maintien de la prospérité économique. Afin d’éviter cela, des actions urgentes sont nécessaires pour s’attaquer en particulier aux « feux rouges » que constituent le changement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité, le manque d’eau et les répercussions sanitaires de la pollution et des produits chimiques dangereux. Nous ne gérons pas notre environnement de façon viable.

Faute de mesures appropriées, d’ici à 2030, par exemple :

- Les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient augmenter encore de 37 %, et de 52 % d’ici à 2050. Cela pourrait se traduire, à l’horizon 2050, par une hausse de la température mondiale de 1.7 à 2.4° Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, d’où une augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses, des tempêtes et des inondations, portant gravement atteinte aux infrastructures essentielles et aux cultures.

- Un nombre considérable des espèces animales et végétales actuellement connues vont probablement disparaître, en grande partie sous l’effet du développement des infrastructures et de l’agriculture, ainsi que du changement climatique. La production d’aliments et de biocarburants nécessitera d’augmenter de 10 % la superficie des terres cultivées à l'échelle mondiale, aggravant ainsi la perte d’habitats naturels. La poursuite de l’appauvrissement de la biodiversité risque de limiter la capacité de la Terre de fournir les précieux services écosystémiques sur lesquels reposent la croissance économique et le bien-être humain.

- La pénurie d’eau s’aggravera, en raison d’une utilisation et d’une gestion non durables de la ressource, ainsi que du changement climatique ; le nombre de personnes vivant dans des régions touchées par un fort stress hydrique devrait augmenter d’un milliard, pour atteindre plus de 3.9 milliards

- La pollution de l’air aura des effets croissants sur la santé au niveau mondial : le nombre de décès prématurés liés à l’ozone troposphérique quadruplera et celui des décès prématurés liés aux particules fera plus que doubler. Les quantités de substances chimiques produites dans les pays non membres de l'OCDE augmentent rapidement, et l’on ne dispose pas d’informations suffisantes pour évaluer pleinement les risques liés aux substances chimiques présentes dans l'environnement et dans les produits ».

On se croirait dans un rapport de Greepeace, au cours du Grenelle de l’Environnement

Et l’OCDE poursuit par « Les Principales mesures envisageables ». C’est là que ça se gâte un peu…..

Il est dit : L’occasion est maintenant offerte de mettre en place des réformes ambitieuses pour s’attaquer aux grands problèmes d'environnement et promouvoir le développement durable. Les actions suivantes sont essentielles :

  • Recourir à une combinaison de mesures complémentaires pour s’attaquer aux problèmes d’environnement les plus épineux et les plus complexes, en faisant largement appel à des instruments de marché, comme la fiscalité et les permis négociables, (c'est-à-dire acheter aux pays qui polluent le moins, des droits à polluer plus) afin de réduire les coûts de l’action. Nous y sommes : il n’est bien évidemment pas question de changer nos habitudes dispendieuses vis-à-vis de la Nature. Le rapport dit bien « La protection de l'environnement peut aller de pair avec la croissance économique. Et d’ajouter : le PIB mondial augmentera de près de 99 % entre 2005 et 2030. Si je ne me trompe ça veut dire doubler quasiment les productions c'est-à-dire les consommations donc les prélèvements sur les richesses naturelles et les productions de déchets et polluants divers, c’est bien ce que dit le rapport puisqu’il ajoute « En l’absence de réformes, les conséquences de cette croissance pour l'environnement seront considérables. Or, des politiques de l'environnement judicieuses peuvent se révéler bénéfiques aussi bien pour l’environnement que pour la santé humaine et pour l’économie ». Et Pour le démontrer, une « panoplie de mesures a été prévue par l'OCDE » (panoplie PE) La mise en oeuvre de la panoplie de mesures PE supposerait une réduction d’un peu plus de 1 % du PIB mondial » mais « La mondialisation augmente la taille des marchés et favorise la concurrence, ce qui peut inciter les entreprises à s’adapter et à innover. Certains dirigeants du secteur privé prennent déjà les devants, encouragés par les acteurs concernés et par la demande des consommateurs en matière d’innovations et de produits « écologiques ». L’écoinnovation et la diffusion des techniques éco-efficientes ont non seulement pour effet d’améliorer les performances environnementales, mais peuvent aussi augmenter la productivité économique, et par conséquent la compétitivité des entreprises et des pays les plus dynamiques. Le secteur des biens et services environnementaux est appelé à se développer considérablement ». C’est clair, nous allons continuer à courir après une augmentation du PIB et donc une exploitation persistante des ressources et les préoccupations environnementales vont pouvoir permettre de contribuer à cette augmentation. Donc tout va bien, jusque là, nous maîtrisons !(6mn)

Et encore mieux « Les entreprises ont un rôle central à jouer dans l’éco-innovation, mais il appartient aux pouvoirs publics de mettre en place les cadres d’action appropriés en fonction des circonstances nationales :

  • Des cadres d’action à long terme permettant d’intégrer les coûts environnementaux dans le prix des activités économiques de manière à assurer la compétitivité économique des technologies vertes, et inciter les entreprises à innover.
  • Des aides publiques bien ciblées en faveur de la R-D fondamentale en matière d’éco-innovation lorsque cela se justifie, notamment des partenariats public-privé renforcés.
  • Des cadres stratégiques et institutionnels forts, favorisant la poursuite d’objectifs environnementaux et sociaux parallèlement aux efforts de libéralisation des échanges et des investissements, et harmonisant les règles du jeu de manière à exploiter les synergies potentielles entre la protection de l'environnement et la mondialisation.

La libéralisation des échanges de biens et services environnementaux pourrait contribuer à la réalisation de cet objectif. Tout y est la libéralisation du commerce international c'est-à-dire la privatisation de tout y compris des services publics,  tout en demandant des efforts supplémentaires aux états donc aux contribuables Selon la désormais bonne  règle : privatisation des bénéfices mais partage des coûts avec le contribuable par la voie de soutiens multiples et de subvention des Etats et organismes internationaux.

N'est-ce pas ce que nous vivons à plein aujourd'hui ?

 

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