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Billet de blog 7 oct. 2020

Vous avez dit néonicotinoides ? Où ça ? Où ça ? Et bien ...chez vous !!

25 ans de lutte contre les néonicotinoides et on en est toujours au même point. Alors je vais en remettre une couche !

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La bataille des néonicotinoides remonte à 1997 avec l’apparition d’un nouveau mode de traitement insecticide : l’enrobage des semences par un produit phare de cette catégorie, l’imidaclopride, sous le nom de gaucho. Et ce sont les apiculteurs qui ont lancé cette bataille parce qu’ils avaient constaté des pertes importantes de miel sur les tournesols avec pertes d’abeilles bien sûr.

La première remarque que l’on peut faire c’est que ce traitement qui permet des remontées de toxiques dans la plante par la sève et jusqu’au nectar,  -c’est d’ailleurs ce qui fait son interêt-est contraire au principe même du développement durable et de l’agriculture dite raisonnée, qui devrait guider les agriculteurs : ne traiter que quand c’est nécessaire ; or là nous appliquons un traitement insecticide avant de savoir s’il va y avoir attaque par les insectes. Et comme il s’agit d’un produit hautement toxique, persistant dans les sols plus de deux ans donc avec accumulation d’une année de traitement à une autre, et remontée dans toutes les plantes même non cultivées, les risques environnementaux sont importants. .

A la suite de restrictions de l’emploi de l’imidaclopride, ont fleuris d’autres molécules toujours néonicotinoides : le fipronil (alias régent), le thiaméthoxam ou Cruiser, clothianidine ou Poncho…….Pour enfin être interdits en 2018. En plus des mortalités d’abeilles, motif principal de l’interdiction des néonicotinoides en 2018, Il y a le fait que ces substances se retrouvent aussi dans le miel que l'on consomme. Une étude menée en 2017  démontre que 75% de 198 échantillons de miel prélevés dans le monde entier contenaient au moins une des cinq molécules de néonicotinoïdes interdites en France en 2018. Depuis 2013 (année de restriction européennes pour 3 néonicotinoides), jusqu’en 2018, des chercheurs ont analysé du nectar et du pollen prélevés sur 300 parcelles de colza. Résultat : des résidus de ces insecticides ont été détectés dans 48% des parcelles étudiées. 

 Pourtant cette longue bataille - coûteuse pour le contribuable puisque cela a mobilisé de nombreuses équipes de chercheurs, des travaux d’expertises pour les instituts comme l’ANSES -  n’aurait jamais dû exister puisque depuis le départ ces molécules trop persistantes dans le sol auraient dû être éliminées dès la première demande d’AMM. Rappelons que les directives européennes fixent de 3 à  6 mois la limite de persistance dans les sols pour qu’une molécule puisse être inscrite sur une liste positive permettant leur utilisation. La persistance des néonicotinoides aurait du, dès le départ, conduire à leur interdiction .

Vous savez qu’une loi est en passe d’être votée pour  une autorisation dite exceptionnelle d’utilisation de néonicotinoides sur la betterave industrielle Ces pauvres betteraves qui poussent seules c’est à dire en monoculture, sur un sol complètement mort a force d’avoir été gavé de nitrates, de pesticides et la dessus  elles ont subi la canicule , la sécheresse.  Et bien elles n’ont plus aucune défense pour réagir, un peu comme les victimes du covid 19 qui pour la plus grande part sont des individus en état de faiblesse biologique

Bref , le gouvernement s’apprête à autoriser des dérogations au prétexte qu’il « ne faut pas perdre la place de premier producteur européen de sucre, il faut soutenir la filière, Le ministère de l'Agriculture souhaite obtenir une "modification législative" permettant de déroger à l'interdiction de 2018  Et pendant qu’on y est, qu’est-ce qui va empêcher d’ouvrir la dérogation à d’autres cultures.

Mais  bon est-ce si grave ? Si déterminant pour notre  contamination ? Et bien non, car il y a une autre source de contamination par les néonicotinoides bien plus répandue : il s’agit des colliers et pipettes anti puces pour chien et chat

Agriculteurs conventionnels, c’est enfin une bonne nouvelle pour vous

 Réjouissez-vous, . Vous en avez marre de vous faire agresser par des irresponsables qui, bêtement, pour préserver notre santé et la votre, s’élèvent contre l’utilisation des pesticides. Et bien il faut le dire, vous n’êtes plus les seuls coupables . Savez vous que ces molécules, les néonicotinoides,  qui ont fait l’objet de tant de polémiques, et bien, elles sont largement distribuées à tout un chacun sous la forme de colliers ou de « pipettes » anti puces pour nos chers compagnons chiens ou chats. Ainsi ces produits, hautement toxiques, à très faible dose, sont régulièrement à portée de mains de nos chères, « têtes blondes »

On se demande si la cellule Demeter va vouloir intervenir. Elle a été crée pour protéger les agriculteurs. Vous avez entendu parler de Démeter ? : la création  de la cellule Demeter  a été proposée par Castaner :  « Créée au sein de la Gendarmerie nationale, la cellule Demeter va permettre :

  • d’améliorer notre coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements ;
  • de mieux connaître les groupes extrémistes à l’origine des atteintes et de pouvoir anticiper et prévenir leurs actions ; 
  • de pouvoir gagner en efficacité par des actions et des enquêtes mieux coordonnées. 

Cette cellule est un signal fort envoyé aux agriculteurs : les forces de l’ordre se tiennent à leur côté et sont là pour les aider ». Donc cellule de protection  des agriculteurs face aux vandales qui se battent pour une diminution de l’utilisation des pesticides voire le remplacement de ces pesticides par des solutions alternatives : une autre agronomie, un autre traitement des sols, l’utilisation de produits naturels dits « peu préoccupants » etc

Avec les colliers antipuces, y va peut être y avoir des remous Est-ce que nous allons assister à une nouvelle vague d’attaques mais dirigée contre qui, les utilisateurs de colliers anti puces ?  Comment « Demeter », va-elle pouvoir gérer ces nouvelles, potentielles, victimes des irresponsables sus-cités ? On ne sait pas !

Mais revenons aux traitements anti puces des chiens et chats. Vous avez peut être besoin de précisions sur la composition de ces produits, on va pouvoir les comparer aux doses recommandées pour les cultures

 Voyons donc quelques produits, SERESTO par exemple « Le collier Seresto est efficace pendant 8 mois contre les puces et les larves de puces ». Chez le chat la composition est la suivante : Imidaclopride (néonicotinoide) 1250 mg et comme une résistance à cette molécule est apparue, alors on ajoute de la flumethrine (qui est un pyrethrinoide tout aussi toxique). Et comme on le sait depuis quelques dizaines d’années, l’association de deux ou plusieurs molécules en un même lieu multiplie la toxicité…..et pas que pour les puces. Avec ADVENTIX, « pipette » pour chien, là aussi le mélange est à l’honneur : 250 mg d’imidaclopride et 1250 mg de permethrine (un autre pyrèthrinoide) il y a même 2,5 mg de Butylhydroxytoluène (E321) oui du TOLUENE Ouah ! Un hydrocarbure aromatique reconnu pour ses propriétés cancérigène, mutagène, reprotoxique. Quel courage !

Et comme on aime bien avoir des infos pratiques, explicitant le sujet, je suis allé rechercher dans mon dossier « Gaucho » des précisions intéressantes pour faire des comparaisons entre ce qui est mis en champ  et dans les colliers ou les pipettes antipuces. Or donc, on part de semences traitées soit par exemple le tournesol (oui je sais, l’imidaclopride n’est plus autorisée sur tournesol mais c’est ce qui avait été accepté lors de la délivrance de l’AMM) Les recommandations des techniciens des cultures (chambre d’agriculture du Gers par exemple) c’est 65000 à 70000 graines par ha. Les préconisations des fabricants c’est  une utilisation de 0,7 mg par graine Si on fait le calcul ça veut dire 45,5 à 49 g d’imidaclopride par hectare. Pour faire simple on va dire que la surface moyenne d’un chat ou d’un chien  c’est 1 m2.  Les cultures reçoivent 45 mg d’imidaclopride par m2, votre chien ou chat en reçoit 28 fois plus + la flumethrine (là , j’ai pas la dose) Pour Adventix( les pipettes) c’est 5 fois plus d’imidaclopride et 114 fois plus de permethrine. Est-ce bien raisonnable ? Quand on sait que la toxicité chronique de ces produits est de l’ordre du nanogramme voir du picogramme

J’arrête là, et vous laisse à vos réflexions. Vous pouvez trouver la suite facilement sur internet, chez les vétérinaires, les distributeurs de produits agricoles et en pharmacie.

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