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Billet de blog 6 févr. 2019

Demain, j’irai témoigner devant la 17ème chambre du Tribunal de grande instance

Je ferai demain ce que j'estime être mon devoir de femme : parler pour soutenir celles qui ont eu le courage de parler.

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Paris, le 6 février 2019. 

Demain, j’irai témoigner devant la dix-septième chambre du tribunal de grande instance de Paris. 

J'ai envoyé le texte ci-dessous sur les listes internes du parti EELV il y a près de quatre ans, en mai 2015, bien avant #metoo, un an avant «l'affaire Baupin» mais juste après la publication d'une tribune de journalistes politiques puis d'une interview que j'avais donné au JDD à ce sujet. Cela a été pour moi le début d’une réflexion profonde, y compris sur ce que j'avais vécu personnellement et occulté, tenu à distance par obligation pendant toutes ces années d’engagement politique. C’est dans cet esprit que je me suis rendue à la convocation de la police il y a trois ans et que je me rendrai à celle de la justice, demain matin, au tribunal.

Je me suis longuement exprimée sur ces sujets en 2016, y compris sur mon rôle en tant que secrétaire nationale, dont le 13 mai 2016 sur Mediapart, interrogée sans complaisance et c'était normal. 

Pour ce qui concerne mon témoignage personnel devant la police, rendu public dans la presse il y a quelques jours, pour des raisons qui me sont intimes je ne souhaite pour le moment rien en dire dans un autre cadre que judiciaire. Je m'étais engagée auprès de celles qui sont aujourd'hui - et c'est détestable - obligées de comparaître en tant que prévenues à témoigner à leurs côtés, y compris sur ces faits, et je tiendrai parole. Je serai là aussi car j'aurais aimé que la femme de quarante-trois ans que je suis devenue ait pu protéger celle de trente-deux ans que j'étais.

Je ferai donc demain ce que j'estime être mon devoir de femme : parler pour soutenir celles qui ont eu le courage de parler.

Cécile

Paris, le 6 mai 2015. 

Comment j'ai changé la fin d'une interview (ou le sexisme expliqué à moi-même) 

Hier après-midi, j'ai donné une interview à un journaliste du site internet du JDD pour faire suite à la tribune des femmes journalistes dénonçant le sexisme dont elles sont victimes dans l'exercice de leur métier. A la dernière question sur le sexisme dans mon parti, je fais une réponse construite sur la parité et la fermeture éclair qui font que chez les écologistes, c'est pas pareil. A la lecture de cette interview, on comprend que notre parti est un îlot préservé de ce qui pourtant semble être largement partagé ailleurs et dans la société.

Et puis le lendemain matin, je reçois un message un peu acide me disant en substance que je suis bien magnanime avec certains en les «blanchissant» ainsi. La personne qui m'a envoyé ce message m'a secouée et elle a eu raison. Si j'avais dû donner des «anecdotes» me concernant directement, en fait, j'en avais plein à raconter. Ce chef de mon courant d'alors devisant de ma candidature au collège exécutif et disant de moi, sans voir que j'étais dans son dos, «oui, elle a pas l'air débile mais on va quand même pas foutre au CE une mère de famille nombreuse» [NDLR je n'avais que 3 enfants...]. Ce grand ami, pilier des Verts, auprès de qui je craque en disant «tu sais bien que son seul problème «politique» avec moi c'est que je lui ai dit non et qu'il ne le supporte pas» et lui de me répondre «je sais» et de me consoler en disant qu'il n'y avait rien à faire.

Je suis celle qui a dit à Yop (Stéphane Sitbon-Gomez) à la fin d'une négociation : «j'ai aucun problème pour y aller mais je pense qu'il préférera si c'est un mec, pour lui ce sera plus facile que de devoir me dire oui à moi». 

A cet instant je ne parle - volontairement - que de trois petites histoires qui me concernent personnellement, j'en connais bien d'autres, dont certaines plus douloureuses. Alors pourquoi donc avais-je dit si simplement que «pas de ça chez nous», par discipline de ne jamais dire de mal du mouvement ou de ses membres ou bien est-ce plus profond, refoulé comme on dirait, pour pouvoir avancer.

Sans doute un peu des deux mais si la tribune de ces journalistes est salutaire c'est que ce ne peut pas être un combat personnel et c'est aussi parce qu'il est toujours actuel. Pourquoi le monde politique est-il si concerné ? Parce que le monde politique est nécessairement infusé de la question du pouvoir qui elle-même est très liée à celle de la domination. Pour certains, domination et séduction se confondent et se nourrissent de cette caractéristique millénaire des relations entre hommes et femmes.

Oui, je suis une femme émancipée, assez à l'aise avec la question du pouvoir, mais je suis aussi une femme prise dans les rets du sexisme et qui ne sait pas toujours agir avec la clarté nécessaire, parce que c'est difficile de dire, parce qu'on s'habitue, parce que l'on craint le procès en «c'est elle qui est dans la séduction» parce que l'on veut être jugée sur autre chose que sur son genre.

Alors j'ai fait rajouter quelques phrases à la fin de cette interview, qui en sont devenues le titre mais surtout j'écris ce message pour celles - et ceux - qui me liront.

J'ai été aidée, soutenue, éclairée même pendant toutes ces années par des femmes et aussi des hommes lucides et bienveillants sur ces sujets, je ne l'oublie pas et je sais ce que je leur dois. Je voudrais donc que ceux - et surtout celles - qui me lisent sachent qu'il ne faut pas se taire, qu'il faut se serrer les coudes et ne pas tolérer. On est vite tentée de dire que c'est pas si grave un SMS tendancieux (souvent suivi d'un deuxième puis d'un troisième...) mais en fait si : c'est s'habituer à être sur la défensive, à être sans cesse ramenée à un potentiel statut d'objet de fantasmes plutôt qu'à une égale. Alors si j'ai décidé de vous raconter l'histoire de cette interview et si je fais cet exercice désagréable c'est pour que nous osions ne plus subir sans honte ni crainte.

Avec toute mon amitié,

Cécile

l'interview du JDD est ici : in le JDD : Duflot "j'ai parfois été désarmée face à cela et je me suis tue

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