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Cécile Ondoa Abeng

Ancienne conseillère humanitaire au ministère des Affaires étrangères, et ancienne conseillère du Président Macron pour l’Amérique et la Prospective internationale.

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Tribune 22 janvier 2026

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Ancienne conseillère humanitaire au ministère des Affaires étrangères, et ancienne conseillère du Président Macron pour l’Amérique et la Prospective internationale.

Jean-Marc Morandini doit quitter l’antenne de CNews

La décision de CNews de maintenir à l’antenne Jean-Marc Morandini, après que la Cour de cassation l’a condamné définitivement le 14 janvier dernier pour corruption de mineurs, est incompréhensible. Quelles leçons d’avenir donner à nos enfants, si nous laissons prospérer à la télévision une personne qui a essayé de faire croire à des adolescents que la réussite professionnelle passe par l’acceptation de l’exploitation sexuelle ? Par Cécile Ondoa Abeng, ancienne conseillère humanitaire au ministère des Affaires étrangères.

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Cécile Ondoa Abeng

Ancienne conseillère humanitaire au ministère des Affaires étrangères, et ancienne conseillère du Président Macron pour l’Amérique et la Prospective internationale.

La décision de CNews de maintenir à l’antenne Jean-Marc Morandini, après que la Cour de cassation l’a condamné définitivement le 14 janvier dernier pour corruption de mineurs, est incompréhensible. La Haute-commissaire à l’Enfance devrait interpeller la chaîne pour qu’elle revienne sur cette décision, et le prochain Président de la République devrait faire de la lutte contre les violences faites aux enfants la grande cause de son quinquennat.

Les données produites par l’UNICEF sont alarmantes : toutes les 3 minutes en France, un enfant est victime d’inceste, de viol, ou d’agression sexuelle. La Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) a également révélé par son travail l’ampleur de ces violences s’agissant d’inceste.

L’actualité médiatique, particulièrement ces dernières semaines concernant le domaine de l’animation périscolaire, résonne en permanence d’histoires d’enfants et de jeunes qui ont été victimes d’abus et d’exploitation sexuelle, parfois à des fins criminelles. Le procès de Joël Le Scouarnec – lequel a finalement été condamné à vingt ans de réclusion criminelle en mai 2025 – a été, plus qu’un simple fait divers, le révélateur de l’incapacité de notre société à protéger des centaines d’enfants contre un prédateur qui a pu exercer ses violences à leur encontre pendant 25 ans.

Le risque, en laissant CNews afficher ainsi qu’elle n’attache aucune importance à la décision de justice condamnant définitivement Jean-Marc Morandini, est que notre seuil de tolérance face aux violences faites aux enfants continue de baisser inexorablement.

Comme nous nous sommes habitués à hocher la tête dans un réflexe d’impuissance en lisant les comptes-rendus médiatiques des féminicides et autres immolations par le feu dont sont victimes les femmes dans notre pays, ainsi nous nous résignerons à retrouver Jean-Marc Morandini à l’écran malgré les graves faits pour lesquels il a été condamné. C’est précisément sur cela que CNews compte, à savoir notre lâcheté et notre indifférence collectives.

Car CNews n’a plus d’excuse pour confirmer son soutien à l’animateur en le maintenant à l’antenne. L’argument de la présomption d’innocence ne tient plus, dès lors que M. Morandini a été définitivement condamné par la justice française. C’est donc un choix assumé et en quelque sorte une provocation délibérée qu’ont décidés la chaîne, comme une manière d’affirmer la toute-puissance que leur confère leur influence médiatique, et leur mépris pour toutes les victimes mineures de violences sexuelles.

C’est donc à nous citoyens, élus, associations, proches des victimes, qu’il revient de dire que le sort de ces enfants abusés ne nous est pas indifférent, et de manifester à haute voix notre désapprobation face à cette décision inique. Les conséquences négatives durables des violences sexuelles sur les mineurs sont connues. L’UNICEF le rappelle : ces violences entraînent des troubles psycho-traumatiques sévères, et peuvent conduire leurs victimes à développer des problèmes de croissance ou des maladies chroniques. Ces enfants sont également plus susceptibles de développer plus tard des addictions (alcool, drogues).

Laisser Jean-Marc Morandini continuer à occuper le haut de l’affiche, serait laisser croire que la société accorde plus de valeur au sort d’une personnalité même condamnée dès lors qu’elle est célèbre et influente, plutôt qu’au destin d’enfants maltraités. « C’est Mozart qu’ainsi on assassine », pour reprendre les mots de Gilbert Cesbron, et plus largement ce sont des vies peut-être durablement brisées, des talents peut-être irrémédiablement gâchés, dont on détourne le visage en laissant CNews faire.

Alors que la perspective d’une interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes est fortement envisagée, quel message envoyons-nous à ces derniers lorsque dans le même temps une personne condamnée pour corruption de mineurs est laissée à l’écran, visible et audible de tous ? Quelles leçons d’avenir donner à nos enfants, si nous laissons prospérer à la télévision une personne qui a essayé de faire croire à des adolescents que la réussite professionnelle passe par l’acceptation de l’exploitation sexuelle ?

La Haute-commissaire à l’Enfance devrait interpeller CNews sur cette décision malheureuse, pour réaffirmer toute la priorité que la République accorde à la protection et à la sécurité de ses enfants.

Rappelons-le : les droits des enfants et des mineurs ne sont pas des droits mineurs, mais des droits humains à part entière. Emmanuel Macron avait fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause de son mandat. Le prochain Président de la République devrait faire de la lutte contre les violences faites aux enfants la grande cause du nouveau quinquennat.

Cécile Ondoa Abeng, ancienne conseillère humanitaire au ministère des Affaires étrangères, et ancienne conseillère du Président Macron pour l’Amérique et la Prospective internationale.