La Corse: l'urgence d'une solution

Le visage de la Corse, vu du Continent où je me trouve,  quand on est corse soi-même, est riche en ce moment d'un certain nombre d'enseignements, source tantôt d' agacement, tantôt de satisfaction.

Le visage de la Corse, vu du Continent où je me trouve,  quand on est corse soi-même, est riche en ce moment d'un certain nombre d'enseignements, source tantôt d' agacement, tantôt de satisfaction. Ne revenons pas sur le constat, accablant, désespérant d'une île qui vit désormais au rythme des "exécutions". On peut s'étonner , par parenthèse, de ce terme, employé par le Journal Nice -Matin Corse -le mot assassinat serait davantage le mot juste-; mais  les journalistes nous habituent  assez vite à cette sorte de sémantisme qui a l'art, voudrait l'avoir en tout cas, de voiler, sinon euphémiser la réalité ( Les hommes politiques ne sont d'ailleurs  pas en reste quand il s'agit de ne pas employer les mots qui font mal : exemple cette semaine, suite aux violences à Gaza,  l'invitation  faite à  Israël à" plus de retenue" dans la riposte... A l'aune des massacres qui se déroulent, l'expression est proprement obscène ).

Je reviens à la Corse: agacement devant cette propension, déjà signalée dans un billet précédent, à narrativiser , mettre en récit, avec parfois "photos " virtuels à l'appui -comme dans Détectrive !- les événements, technique fort prisée quand il s'agit de la Corse, et propre à mythologiser , assurer un arrière -plan familial, psychologique, sociologique, voire mystérieux, à ce qui ressortit à des motifs à la fois plus complexes mais justiciables - c'est le cas de le dire!-d'une explication dont on évacue subrepticement la dimension rationnelle-pas toujours la plus glorieuse: comme s'il fallait entretenir, quand il s'agit de lîle de beauté, je ne sais quel conglomérat de croyances qui échapperaient à l'analyse objective. Mais satisfaction aussi: celle à écouter aujourd'hui l'émission consacrée par Yves Calvi à la mafia corse, avec des interventions précises, informées, se refusant à toute complaisance, véritablement pédagogiques, et même suggérant des solutions, via la reprise en mains de la situation par l'Etat,  celles -là mêmes que dans l'émission de Frédéric Taddéi, consacrée il y a quelques jours  au même sujet, s'était  dédaigneusement empressé de récuser un avocat corse plaidant pour ce que j'appelerai "les petits arrangements  entre soi".... 

J'ai tiré pour ma part deux enseignements sur une corsitude mise à mal,  depuis déjà un certain temps, par les dérives d'une île qu'évidemment j'aime plus que tout: la décentralisation ne "va pas bien à la Corse": cette province est moins une région qu'une entité singulière qui a besoin d'être confrontée à une loi-et à ses représentants- aussi abstraite que possible : les corses font d'excellents serviteurs de l'état sur le continent; en Corse, les pressions du "terrain" trop proches, trop familières,  risquent toujours de paralyser une gestion qui voudrait faire le ménage; de la même façon qu'elles dissuadent  les habitants -rien à voir avec cette antienne de "l'honneur corse empêche" - de faire leur  devoir de témoignage, celui que  réclame à juste titre le ministre de l'Intérieur.

  Plus grave, et Hélène Constanty, l'a dit avec beaucoup de force et de courage, une Corse  dont "le modèle de la jeunesse est Orsoni "est bien mal en point; il fut un temps où l'on disait, pour se moquer gentiment des faibles ressources économiques de l'île: "La Corse n'exporte que l'intelligence de ses sujets"...Des sujets qui s'intéressaient bien sûr au foot, et mêrme, paraît-il, avec  assez de bonheur (la légende- c'est peut-être trop beau pour être vrai!- dit qu'un certain entraîneur corse ne terminait jamais une harangue à ses joueurs sans leur citer une maxime latine pour leur donner du coeur à l'ouvrage..). La multiplication aujourd'hui indécente des clubs de foot est peut-être le mal endémique de la Corse: quel maire oserait refuser une subvention "sportive" au motif qu'il faudrait une bibliothèque, un studio d'art et d'essai, et l'on sait bien le noeud de liens, jusqu'ici inextricables, entre le sport et l'argent .

Dans tous les cas, si l'actuel gouvernement veut enfin tenter quelque chose de sérieux pour arracher la Corse à cette affreuse spirale, il lui faudra les encouragements et l'appui de tous les corses de bonne foi, nationnalistes compris,  sans oublier les corses  de la diaspora qui, j'espère, ne se résignent pas à revenir dans une Corse où se joue, au-dessus de leur tête, un jeu de mort et d'argent d'une brutalité aussi  humiliante .   

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