Cécilie Cordier
Journaliste pigiste, blogueuse
Abonné·e de Mediapart

19 Billets

3 Éditions

Billet de blog 13 avr. 2016

Maman est malade ? Un livre pour donner la parole aux enfants

Que ressentent les enfants dont la mère est malade ? Quand il s’agit de vivre avec la pathologie au quotidien, dans l’impuissance, la colère peut se mêler à l’amour. Il faut aussi trouver des soutiens. Aurélie Marchal publie 'D’un soleil à l’autre' pour aider les enfants à accepter leurs ressentis. Et leur montrer que la vie est belle.

Cécilie Cordier
Journaliste pigiste, blogueuse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« Soudain, mon magnifique soleil se mit, très étrangement, à rayonner en gris. » D’un soleil à l’autre(*) est l’histoire d’une jolie petite fille qui se perd dans sa relation à sa mère. Et se retrouve en construisant sa vie autour d’autres beautés et d’autres repères. Sans explication et sans diagnostic médical, elle est confrontée à tous les ressentis ambivalents des enfants dont un parent est malade : l’amour, l’envie de sauver, la honte, la culpabilité, le rejet de ce parent insuffisamment bon, la culpabilité.

Couverture 'D'un Soleil à l'autre' © Aurélie Marchal, Marie Flusin

Aurélie Marchal, l’auteure, raconte son vécu. Ses mots, très imagés, sont illustrés par Marie Flusin, qui offre des dessins ancrés dans le concret. Destiné d’abord aux enfants de mère malade psychique, D’un soleil à l’autre revêt finalement une portée assez universelle.

Son livre est thérapeutique.Pour obtenir une reconnaissance de sa souffrance, lui donner un sens et une utilité, Aurélie Marchal l’a transformée en un message d’empathie, de soutien et d’optimiste destiné aux enfants dont la mère est malade : il les encourage à verbaliser, à écouter leurs ressentis, à chercher un refuge affectif ailleurs qu’auprès de leur mère s’ils en ont besoin.

 « La meilleure fin possible », celle de la vie

« J’ai écrit en pensant à mes enfants, explique Aurélie Marchal. J’avais acheté pour eux un livre sur les moments difficiles de la vie. L’une des histoires laissait un petit garçon guérir son père dépressif. J’ai été très choquée par cette fin, fausse, qui laisse entendre qu’un enfant peut porter une telle responsabilité. Je me suis interrogée sur la meilleure fin possible à donner à une telle histoire. »

C’est l’une de ses amies qui lui a fait comprendre que la fin adaptée, celle de la vraie vie, Aurélie Marchal la connaissait déjà. Sa mère, bipolaire, l’avait obligée à elle-même trouver des solutions pour grandir. Auprès de sa grand-mère, de son père, de sa famille élargie puis de son compagnon. Si le soleil de sa mère, malade, n’avait pu la réchauffer constamment comme elle l’aurait souhaité, elle avait trouvé ailleurs la chaleur de la vie et la beauté du monde.

D’un soleil à l’autre suit la petite fille qui grandit... un sac sur le dos. Les voyages lui permettent d’alléger le poids du passé. Elle rencontre un homme et fonde une famille. Ses deux garçons respirent la vie.

« As-tu des rêves ? »

Le livre s’achève sur des questions destinées aux plus jeunes lecteurs : « Et toi, que ressens-tu ? Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui te fait du bien ? Qui prend soin de ta maman ? As-tu des rêves ? Lesquels ? Qui pourrait t’aider à les réaliser ? » Autant de questions que l’on oublie souvent de poser aux enfants dont la mère est souffrante.

Extraits 'D'un Soleil à l'autre' © Aurélie Marchal, Marie Flusin

La mère de la narratrice ne réapparait pas dans les images chaleureuses de la fin du livre. « Je n’ai pas vu ma mère pendant longtemps, je ne peux pas laisser croire aux enfants qu’un jour ils seront apaisés en présence de leur mère. Voir ou ne pas voir leur mère leur appartient, ce choix ne doit pas être jugé. J’ai moi réussi à revoir ma mère après avoir finalisé ce livre», confie Aurélie Marchal.

Si aujourd’hui elle a fait la paix avec son enfance, elle a aussi conscience que sa vie entière est influencée par l’absence, le manque, l’incompréhension. Pour autant, pas question de noircir le tableau. Son écriture poétique sert de support à des dessins tout sauf sinistres. « Le but est de délivrer un message positif et d’espoir. » Les planches sont claires et elles laissent le lecteur, petit ou grand, respirer tranquillement.

Un financement participatif

Auto-édité en format numérique pour le moment, D’un soleil à l’autre attend des fonds en financement participatif, à partir de 5 euros, pour prendre son envol. Il a été relu par des professionnels de l’enfance, qui en ont validé le contenu. Des aperçus sont disponibles sur le compte twitter animé par Aurélie Marchal. Le livre est aussi présenté au prix ORCIP Handicap. La cérémonie de remise de prix aura lieu le 6 juin 2016 à la Maison de la Radio.

(*) D’un soleil à l’autre, texte Aurélie Marchal & illustration Marie Flusin

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin
Journal
Franquisme : des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Amérique Latine
Au Chili, la menace d’un refus plane sur la nouvelle Constitution
Face aux crispations sur certains points de la nouvelle Constitution, le gouvernement chilien prévoit déjà des réformes au texte en cas d’adoption par référendum le 4 septembre. Une position défensive qui témoigne de l’étroitesse du chemin vers la victoire du « oui ». 
par Mathieu Dejean
Journal — Amériques
Le jeu dangereux du Parti des travailleurs avec les militaires
Créé par Lula en pleine dictature, le PT, une fois au pouvoir, a malgré tout entretenu des relations cordiales avec l’armée brésilienne. Puis des tensions sont apparues, jusqu’à faire revenir officiers et généraux dans l’arène politique, en faveur de Jair Bolsonaro.
par Jean-Mathieu Albertini

La sélection du Club

Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·e·s, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart