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Billet de blog 21 oct. 2016

La randonnée en montagne, version accessible

L'association Handicap Randonnées Pyrénées, dans le Béarn (64), a décidé de rendre la montagne accessible aux personnes à mobilité réduite. Avec ses joëlettes et la volonté de ses porteurs bénévoles, elle permet à chacun de profiter des sentiers de randonnée, dans une ambiance familiale géniale. Depuis vingt ans déjà. Et pour encore longtemps, espérons-le.

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C'est un dimanche matin très automnal, à la météo maussade qui donnerait facilement envie de rester au lit. Pourtant, vers 9h30, ils sont une petite quarantaine à se retrouver sur le parking de la gare d'Oloron-Sainte-Marie (64). Puis à partir en convoi pour Issarbe, un peu plus haut dans les Pyrénées, pour randonner. Pour ce qui sera l'une des dernières sorties de la saison, l'association béarnaise Handicap Randonnées Pyrénées emmène trois personnes à mobilité réduite.

L'association, qui fête ses vingt ans cette année, permet aux personnes en fauteuil de profiter des sentiers de randonnée comme tout le monde. De mars-avril à octobre, une à deux sorties sont organisées chaque mois. Le principe est simple : des porteurs valides mettent leurs efforts au service des portés, les personnes à mobilité réduite. De quoi créer des liens uniques, dans des lieux parfois époustouflants. 

Même si ce dimanche-là, les sourires de chacun seront le seul soleil de la journée. Et il faudra compter sur la chaleur humaine sous l'humidité de l'épais brouillard qui ne se dissipera pas du tout, empêchant aussi de profiter du panorama. Mais qu'importe ! Rien n'arrête les porteurs des joëlettes sur lesquelles sont installées Marie-Odile, Michèle et Francine. Et rien ne gâche l'ambiance familiale de la sortie, qui réunit quelques adolescents, des actifs et des retraités. « Difficile de soupçonner les plus de 70 ans de certains », sourit une bénévole.

Porter les joëlettes est parfois physique (*) et demande un peu d'habitude. A l'avant, une personne se charge de tirer et de diriger. Elle peut être soutenue par d'autres, notamment dans les montées un peu raides, sur les côtés. A l'arrière, une personne assure l'équilibre de l'installation et utilise le frein durant les descentes.

Ambiance familiale

Pour chacun des postes porteurs, Jacques, bénévole des premières heures assurant aussi le mitraillage photographique des sorties, a fabriqué des harnais adaptables à tous, avec des... ceintures de sécurité de voitures. Depuis toujours, l'association fonctionne avec les astuces, idées et volontés de chacun. « Le matériel est entretenu par Juan. On pense à lui à chaque sortie, mais il n'est pas là aujourd'hui pour poser sur les photos, il ne vient plus beaucoup avec nous », regrettent les membres de Handicap Randonnées Pyrénées.

L'association ressemble à une grande famille. Pas de celles que l'on subit, mais de celles que l'on se choisit. C'est d'ailleurs cette ambiance qui a plu à Mathieu, qui se joint aux sorties quand il le peut depuis environ un an. « Je les ai connus à la Maison de la montagne, j'ai tenté et je suis resté. On passe de bons moments, on découvre des nouveaux coins, cela satisfait tout le monde. »

A côté de lui, Michèle, qui ne marche pas et ne parle presque plus, acquiesce en riant aux éclats. Avec sa petite tablette pour communiquer encore, et son auxiliaire de vie qui se greffe aux bénévoles quand il en a le temps, elle savoure ses dimanches de randonnée sourire aux lèvres. « Elle a ses petites habitudes, depuis une vingtaine d'années, confirme Tanguy, son auxiliaire. Elle adore venir et c'est pour me faire partager son bonheur qu'elle m'a proposé de l'accompagner depuis six mois. »

Repérage des lieux obligatoire

Vers 10h30, tout le monde est prêt à s'élancer sur les sentiers d'Issarbe malgré le mauvais temps. Le dénivelé n'est pas très exigeant pour les marcheurs, mais demande vite de bons efforts aux porteurs. Heureusement, le chemin est large et facile à pratiquer hors quelques passages un peu boueux. « Peu avant la sortie, le responsable de la journée vient en repérage, explique Huguette, la trésorière. Même quand on connaît le lieu, c'est très important de venir quelques jours auparavant, pour vérifier l'état des sentiers que l'on veut emprunter et éventuellement ajuster le parcours que l'on avait imaginé. » Pas question de prendre des risques inconsidérés, il s'agit de se faire plaisir.

Départ de la randonnée

En certains lieux, le repérage peut même se faire avec l'aide d'un autre connaisseur. Cet été par exemple, Alain Saint-Loubert, le président, avait fait le repérage de son parcours en compagnie d'un spéléologue. Il faut dire que La Pierre Saint-Martin se prêtait particulièrement à l'exercice. Ainsi, durant la randonnée, chacun avait profité de son passionnant partage de connaissances. Car tout se partage, à HRP.

Les histoires de vacances, les nouvelles de la famille, les blagues. En un dimanche, il est possible de faire travailler ses zygomatiques pour tout le mois. Bien penser aux étirements, comme pour les bras. Car même entre porteur et porté, l'ambiance est à la rigolade. Les uns demandent régulièrement si l'équilibre est correct pour les autres, et les piques humoristiques ne sont jamais bien loin. Ce qui n'empêche pas les porteurs de Marie-Odile de rester attentifs tout au long de la marche, car elle semble parfois ne pas être à l'aise. Faire profiter à chacun de la sortie demande du sur-mesure que les bénévoles donnent sans problème.

Une association ouverte et inclusive

Peu avant 13 heures, l'heure du déjeuner sonne la fin de la boucle matinale. Une fois n'est pas coutume, le groupe ne repartira pas après manger, à cause de la météo. Il s'installe donc pour quelques heures et partage joyeusement ses anecdotes, ses joies et ses peines quotidiennes, autour du vin et du fromage. « Il faut du carburant ! » entend-on à volonté. Dans une ambiance de refuge de montagne à la période de pointe, le repas permet de tisser et renforcer les liens entre chacun autant que de reprendre des forces.

« Pour les personnes à mobilité réduite, il est aussi important de faire des pauses, car l'installation sur les joëlettes peut leur faire mal au dos. Surtout s'il y a eu des passages instables avec des cailloux par exemple », indique Huguette. D'ailleurs, certains anciens membres ont dû arrêter de venir à cause de cet inconfort. L'état de santé des personnes transportées doit de toute façon toujours être compatible avec l'activité : leur inscription, obligatoirement un peu avant la sortie pour des raisons d'organisation, est accompagnée d'un certificat médical.

« Sur la nature du handicap, nous n'avons pas de critère de refus absolu, même si nous nous adressons plutôt à des personnes porteuses de handicaps physiques, précise-t-elle. Nous nous adaptons et nous discutons avec les proches lorsqu'une situation nouvelle pour nous se présente. Si nous ne sommes pas ouverts et inclusifs, qui le sera... » Ce qui confirme que l'association ressemble à une famille que l'on se choisit.

Handicap Randonnées Pyrénées, qui fête ses vingt ans cette année, recrutera volontiers de nouveaux porteurs. Seul critère requis : la bonne humeur (*).

Photos © Cécilie Cordier. L'intégralité des photos est visible ici.

(*) Lorsque les porteurs sont nombreux, ils se relaient dès que l'un d'eux fatigue un peu. Et même sans faire de culturisme (j'ai testé et approuvé), il est possible pour tout le monde de prêter un peu ses bras sur les sentiers. Pas d'inscription nécessaire pour les porteurs : il suffit de se présenter au lieu de rendez-vous renseigné sur le site, rubrique Randonnées.

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