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Billet de blog 25 nov. 2015

CA-USA/Femmes de "flics" violents sacrifiées au nom de la réputation de l’institution

[Canada/USA] La violence conjugale concerne 15 fois plus les femmes de "flics" que la population générale. Pour elles, partir est un défi car leurs conjoints ont les moyens de tout savoir. Pire : ces agresseurs ont beaucoup moins de risques que les autres d’être inquiétés. Alex Roslin, dans une enquête réalisée sur 12 ans outre-Atlantique, brise ce tabou édifiant des policiers intimes bourreaux.

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« Une femme battue qui appelle le 911 a deux chances sur cinq » de tomber sur un homme qui, chez lui, est auteur de violences domestiques. « De quel côté pensez-vous qu’il penchera ? » Alex Roslin, journaliste d’investigation, publie une impressionnante enquête réalisée outre-Atlantique : Police Wife, The Secret Epidemic of Police Domestic Violence.

Accompagnée du témoignage fort et bouleversant d’une ex-femme de policier violent, Susanna Hope, cette enquête très documentée découvre un tabou scandaleux : les représentants des forces de l’ordre sont à la fois plus couramment violents dans l’intimité et bien plus protégés que les autres hommes violents.

« Les membres de la Gendarmerie Royale du Canada sont punis plus sévèrement pour avoir menti ou volé quelque chose que pour de la violence conjugale », confie Alex Roslin. Durant ses douze ans d’enquête, il s’est heurté à la loi du silence. La GRC lui a même demandé « 29.000$ de frais » lorsqu’il a souhaité des informations sur le nombre d’hommes qui auraient été réprimandés pour de la violence conjugale.

Quinze fois plus de violences conjugales chez les forcesde l'ordre

A ce sujet, un ancien officier n’hésite pas à dire que l’omerta des forces de l’ordre sur la violence domestique pratiquée dans ses rangs est plus grande encore que celle d’une mafia cherchant à se protéger.

Pourtant, il est désormais connu que dans « chaque pays dans lequel la police a la même structure et le même rôle social –préserver l’ordre public avec la force– on va voir un niveau élevé de violence conjugale parmi les policiers », explique Alex Roslin. Très élevé, en fait : la violence conjugale concerne jusqu’à quinze fois plus de foyers de "flics" que de foyers de la population générale.

Pour les femmes concernées, les obstacles sont immenses. « Comment appeler le 911 ? Que faire si un collègue de son mari répond ? [...] Où se cacher ? Il sait généralement où sont les refuges, [...] peut avoir une formation et des outils pour suivre son utilisation du Web, ses appels et voyages, savoir si elle a cherché de l'aide ou, si elle a fui, où elle est allée. »

De fait, «  les familles vivent dans une terreur silencieuse, abandonnées par la société. Les agresseurs sont des employés du gouvernement dont les actes sont tolérés par les autorités et intimement liés à leur service. »

Si intimement lié que l’épidémie est réelle. 40% des policiers américains reconnaissent avoir été auteurs de violences domestiques dans les six derniers mois ; 8% reconnaissent des violences graves. Mais le phénomène n’est pas qu’intime. « Des recherches ont montré que quand un service de police ne traite pas sérieusement la violence conjugale parmi ses policiers, ce service va aussi malmener des enquêtes sur la violence conjugale dans la population », expose Alex Roslin. De même que des policiers violents dans l’intimité de leur foyer seront plus facilement abusifs avec les citoyens, moins tolérants envers leurs collègues féminines.

Des affaires étouffées

Pourtant, ils restent protégés. Même après une condamnation, l’écrasante majorité restera en service actif : outre-Atlantique, jusqu’à 86% d’agresseurs reconnus par la justice n’ont pas eu à changer de travail. Pire encore, ils ne vont que rarement en justice.

« Les services de police essaient souvent d’étouffer les plaintes en les faisant passer en commission de discipline plutôt que devant une juridiction pénale. Ces audiences internes n’aboutissent généralement à rien de plus qu’une petite tape sur la main de l’agresseur. »

Ainsi, un policier auteur de violences domestiques n’a qu’une chance sur cent d’en répondre devant un tribunal. Un gendarme, une sur plus de six mille. La protection dont ils bénéficient est jouée par leurs collègues autant que par leur connaissance des rouages de la justice : « Généralement à l’aise avec les procédures, [le policier] a peut-être travaillé dans le passé avec le procureur ou le juge. Les agents appelés à témoigner sont connus pour se couvrir l’un l’autre. Dans le jargon policier, cela a même un nom : le testilying (*). »

Avec Police Wife, Alex Roslin commet un travail indispensable, difficile à mener dans le tabou général que représentent à la fois les violences conjugales et le milieu policier. Officiellement, les forces de l’ordre –en France notamment– ne tolèrent aucune entorse au droit familial et aucune violence intime.

Officieusement, les gradés étouffent les affaires et les hommes concernés se couvrent mutuellement lorsqu’une femme ose parler.

Loin de s’en tenir à leur devoir d’être un modèle, de nombreux états refusent même de tenir ou livrer des statistiques sur les violences conjugales commises par leurs policiers et gendarmes. Et au-delà des répercussions individuelles, il convient de rappeler que ces comportements sont nécessairement délétères sur la façon dont seront traitées en général les femmes victimes de violences.

(*) En référence au terme ‘testifying’, qui correspond au fait de promettre de dire la vérité à la Cour. Le ‘testilying’ est un engagement tacite entre agents qui consiste à mentir pour se protéger mutuellement.

Police Wife : The Secret Epidemic of Police Domestic Violence, de Susanna Hope et Alex Roslin, 18 septembre 2015. Voir aussi le blog des auteurs.

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