Nommer les violences faites aux femmes pour mieux les combattre

Une femme sur trois, dans le monde, sera victime de violences au cours de sa vie. Violences verbales, physiques, économiques, sexuelles, psychologiques... Si de nombreux mots peuvent préciser la nature des faits, aucun terme neutre général n’existe actuellement. Une association propose de remédier au problème avec le mot « gynophobie ».

« Excisées, mariées de force, battues, violées, vitriolées, immolées, lapidées, effacées. » Ces mots qui dépeignent la réalité des violences faites aux femmes s’alignent dans le court-métrage de Valérie Lila Barral. Intitulé Pas de mot, il dresse un constat : il n’existe pas un mot unique qui puisse caractériser l’ensemble des violences faites aux femmes. Or, ce qui ne peut être nommé ne se combat pas aisément.

Capture d'écran du court-métrage "Pas de mot" © Valérie Lila Barral Capture d'écran du court-métrage "Pas de mot" © Valérie Lila Barral

Et si ce mot qui nous manque était « gynophobie » ? C’est en tout cas avec lui que s’élèvent des femmes réunies dans une association présidée par Lisa Azuelos, réalisatrice, productrice et scénariste. Ensemble contre la gynophobie entend faire entrer ce terme dans notre dictionnaire. « La gynophobie peut être définie comme l’hostilité, explicite ou implicite, envers les femmes parce qu’elles sont femmes. » Un terme neutre pouvant être universellement utilisé.

Il ne s’agit pas d’une guerre des noms communs accolés aux luttes féministes. « Les mots actuels comme misogynie ou sexisme, bien qu’utiles et rattachés à des combats historiques essentiels, semblent aujourd’hui trop forts ou trop faibles, trop politisés ou galvaudés ou souffrant d’un usage qui n’a plus grand-chose à voir avec leur sens premier. »

« Attendre, c'est être complice »

Pour Lisa Azuelos, la présidente de Ensemble contre la gynophobie, il est urgent de nommer, étudier et éradiquer la gynophobie. « A une époque on trouvait ça normal d’embarquer des Africains avec des chaines aux pieds vers l’Amérique... Aujourd’hui c'est insoutenable cette idée. Je sais que dans quelques années, quand on repensera à la condition de la femme dans le monde on trouvera ça impensable. Alors pourquoi perdre du temps ? Chaque année 14 millions de petite filles mariées de force (de la pédophilie légale, donc...) une femme sur cinq est victime de viol et violences... »

Pour elle, « attendre, c’est être complice. Je ne veux plus être complice. Cette association c’est ma manière a moi de ne plus être complice. Quand on boycottait l'Afrique du sud a cause de l'Aprtheid, le monde disait : "On n'est pas complice de vos valeurs". Aujourd'hui, non seulement on ne boycotte pas la gynophobie, mais on fait des ponts d'or aux pays qui maltraitent les femmes... Le monde est complice de cette situation. »

Un concours de courts-métrages dont les prix seront remis au Festival de Cannes

Pour faire travailler autour de la gynophobie et ainsi diffuser le mot, l’association lance un concours cinématographique international ce 8 mars sur son site. Il récompensera des courts-métrages sur le thème de la lutte contre les actes gynophobes. La remise des prix aura lieu au Festival de Cannes en mai 2016.

D’autres projets verront le jour, comme un livre, à paraître au printemps, et des conférences annuelles. L’association a également en vue la création d’un observatoire de la gynophobie. Enfin, pour financer la plateforme qui accueillera le concours cinématographique, Ensemble contre la gynophobie a lancé un appel au don (financement partifipatif).

 

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