Enquête de Libé : 220 femmes tuées parce que femmes, et ignorées par la société

Les titres de presse régionale les ont systématiquement traitées dans la rubrique faits divers, qualifiant l'événement de «crime passionnel», de «différend conjugal» ou de «drame de la rupture». Autant d'euphémismes pour qualifier des homicides qui se produisent le plus souvent dans l'intimité du domicile conjugal, sans témoin.

http://www.liberation.fr/apps/2017/06/220-femmes-tuees-conjoints-ignorees-societe/

Dans les médias, les violences conjugales souffrent d'un très mauvais traitement. Le constat est posé régulièrement par des associations ou des journalistes, et pourtant le changement, ce n'est pas maintenant. Quand un homme violente sa compagne, il a plein de bonnes raisons de le faire (il faut dire aussi, elle était invivable, et puis elle n'assurait plus son "devoir conjugal"). Elle a peu de raisons de se plaindre (il est serviable, quand même).

C'est l'histoire d'un mec bien. Il tue sa femme (ou son ex-femme). Mais c'est un mec bien.

L'enquête de Libération est nécessaire. Pas la première, sans doute pas la dernière, elle met en lumière la façon dont la société et les médias traitent des violences conjugales, jusqu'au meurtre de ces femmes parce qu'elles sont les femmes de ces hommes pourtant bien.

- La grande majorité des 220 femmes que nous avons comptabilisés étaient insérées socialement, avaient un domicile, souvent des enfants. [...] Toutes les tranches d'âge, toutes les régions. [...] A peine une vingtaine de femmes tuées était de nationalité étrangère, selon les articles que nous avons recensés. La consommation d'alcool de l'agresseur n'est évoquée que dans 15 cas.

L'enquête décrit l'emprise, le cycle, les conséquences psychotraumatiques chez la femme, rappelle que les enfants sont des victimes également de ces violences exercées dans le couple. Le mécanisme couramment retrouvé dans les médias reste d'ignorer ces éléments pour insister sur l'homme bien qu'est l'auteur des violences. 

- Le geste semble d’autant plus incompréhensible que l'auteur est souvent présenté comme un homme bien sous tous rapports, qui n'avait rien à se reprocher. [...] Plus la victime est d’un milieu social favorisé, plus l’on parle d’un notable, plus la presse se montre prudente et a tendance à dresser un portrait flatteur du meurtrier présumé, quitte à occulter totalement sa victime.

Une enquête à lire, pour ne plus lire ces "faits divers" comme ils sont livrés, mais avec la conscience des importants biais qui dirigent leur publication. Biais des médias, qui ne sont jamais que le reflet des biais de la société et du système judiciaire.

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