Histoire du terrorisme des pays occidentaux contée par Noam Chomsky et Andre Vltchek

Parution du livre "L’Occident terroriste", de Noam Chomsky et Andre VltchekÀ l’heure où en France comme dans nombre d’États d’Occident on clame bien haut que l’ennemi de la société c’est l’Autre caractérisé par sa propension au terrorisme, il est temps de prendre du temps et de réfléchir sur la situation réelle, au-delà des discours de propagande venant aussi bien de puissants médias que d’individus aux responsabilités politiques.

Parution du livre "L’Occident terroriste", de Noam Chomsky et Andre Vltchek

À l’heure où en France comme dans nombre d’États d’Occident on clame bien haut que l’ennemi de la société c’est l’Autre caractérisé par sa propension au terrorisme, il est temps de prendre du temps et de réfléchir sur la situation réelle, au-delà des discours de propagande venant aussi bien de puissants médias que d’individus aux responsabilités politiques. Impliqué à suivre un monde en conflit à travers ses activités de journaliste d’investigation et de documentariste audiovisuel, Andre Vltchek a ressenti la nécessité de prendre le temps de penser. Pour cela, il a fait appel à Noam Chomsky pour lui proposer d’échanger avec lui durant deux jours sur l’état du monde actuel qui prend ses profondes racines dans les décennies antérieures. Noam Chomsky, depuis son opposition à la guerre du Vietnam menée par le gouvernement de son pays d’origine, n’a cessé d’apporter son soutien à travers le monde aux manifestations qui luttaient face au colonialisme et au néocolonialisme qui s’appuie sur l’idéologie néolibérale. Si les discours belliqueux des politiques occidentaux sont depuis plus d’une décennie alimentés par la notion de terrorisme, c’est que cette notion même, comme l’explique Noam Chomsky (cf. conférence de Chomsky au Technology & Culture Forum du MIT prononcée le 24 octobre 2001), concerne implicitement l’Occident lui-même, la figure du terrorisme révélant une identité refoulée et d’autant plus active qu’elle ne se reconnaît pas comme telle. En d’autres termes, le terrorisme est une construction directe de l’Occident et on ne peut s’attaquer réellement au terrorisme sans remettre en cause les politiques étrangères, sociales et économiques des États occidentaux, ce bourreau enfui dans l’inconscient occidental et qui dispose d’une liberté de manœuvre.

Andre Vltchek : « L’Occident a repéré les monstres les plus abominables, leur a donné des milliards de dollars, les a armés, leur a offert un entraînement militaire de haut niveau, puis les a lâchés dans la nature. »

Pour parler du terrorisme qui ne dit jamais son nom mais est toujours dévolu à l’Autre (comme sous l’Antiquité le terme impersonnel « Barbare » servait à désigner l’Autre), Chomsky utilise le concept de « non personnes » qu’il reprend à George Orwell. Si le terrorisme de l’Occident n’est guère mis en avant, c’est que l’histoire officielle considère ceux qui en sont les victimes directes comme des « non personnes ». Ainsi, qu’il s’agisse des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada comme de l’Australie, ces nations se sont imposées en éliminant les populations autochtones qui habitaient le territoire bien avant que les premiers colons anglo-saxons n’y mettent pied. Le racisme viscéral à l’égard des populations roms de la part des responsables politiques européens au premier rang desquels on retrouve souvent les discours d’élus français a des finalités démagogiques et repose sur le concept de « non personnes ». Leur marginalisation ne choque plus les médias qui reprennent sans distance critique ces propos. Noam Chomsky et Andre Vltchek utilisent le terme d’Occident pour désigner ici les États qui ont imposé leur ordre au reste du monde. L’ouvrage résultant de cette conversation a pour but de démontrer que l’Occident est bien terroriste et comment il est arrivé à faire croire que ces deux termes (Occident et terrorisme) ne pouvaient être qu’antinomiques. L’approche des deux intellectuels est historique et géopolitique : ils revisitent l’histoire mondiale du siècle dernier à partir d’un regard alternatif, peu entendu. « D’Hiroshima à la guerre des drones », le sous-titre de cet ouvrage, évoque cette histoire dissimulée dont les meurtres en masse de peuvent cacher la manifestation terroriste, qu’il s’agisse des morts et autres victimes à Hiroshima comme des victimes des guerres menées par des drones : dans les deux cas, il s’agit d’actes belliqueux rendu possible à partir de la puissance économique d’un État qui peut s’accaparer des outils technologiques de pointe et d’une mise à distance de la mise à mort conduisant à des meurtres en masse. Hiroshima comme la présence des drones dans le monde contemporain sont bien expressifs du terrorisme puisqu’à eux seuls ils ont plongé et plongent encore des populations dans un état de terreur permanente (cf. le climat de la Guerre froide). Noam Chomsky et Andre Vltchek n’ont pas le même regard sur les événements, ce qui permet d’alimenter l’entretien sur de manière d’appréhender le monde, allant du plus profond pessimisme aux plus grandes manifestations d’optimisme chez l’un et l’autre auteur, Noam Chomsky ayant foi en un changement du monde qui ira dans le bon sens. Ainsi, celui-ci met en avant les pays d’Amérique latine qui, suite à l’intervention non officielle des États-Unis voulant endiguer et éliminer toute manifestation de politiques sociales, ont sombré dans de sanglantes dictatures au XXe siècle : en ce début de siècle nouveau, ce sont les pays dont l’évolution sociale offre le plus d’espoir, faisant des avancées notables dans l’exercice démocratique au moment même où l’Union européenne a fait le deuil de la démocratie comme moyen de faire vivre et se rencontrer les individus humains. Au final, c’est le nouvel ordre du monde imposé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qui est revisité par Noam Chomsky et Andre Vltchek autour du terrorisme que n’a cessé d’appliquer comme forme de politique étrangère les États occidentaux. Il en ressort quelques clés notables pour comprendre les propos médiatiques, souvent proche de la propagande, autour de la notion de terrorisme.

 

 

L’Occident terroriste. D’Hiroshima à la guerre des drones

de Noam Chomsky et Andre Vltchek

Traduit de l'anglais par Nicolas Calvé

Nombre de pages : 176

Date de sortie (France) : mai 2015

Éditeur : écosociété

 

lien vers le site de l’éditeur : http://ecosociete.org/livres/l-occident-terroriste

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.