De la révolte des corps: adolescence et zombi

En 1962 à Haïti, un homme est zombifié : alors que tout le monde le croit mort après l'avoir enterré, il est drogué et réduit à l'esclavage dans les champs de canne à sucre. Un demi-siècle plus tard, sa descendante directe fait connaître le vaudou à ses nouvelles amies du prestigieux pensionnat de la Légion d'honneur près de Paris.

"Zombi Child" de Bertrand Bonello © Ad Vitam "Zombi Child" de Bertrand Bonello © Ad Vitam
Sortie DVD : Zombi Child de Bertrand Bonello

Pour son huitième long métrage après plusieurs réalisations, au casting et au budget conséquents, Bertrand Bonello, figure emblématique du cinéma d'auteur français contemporain retrouve un projet financièrement moins imposant avec notamment 1,5 millions d'euros. Ceci pose d'emblée la question souvent tabou dans le milieu de la création française : quelle somme d'argent pour partager avec son public une œuvre ? Changer d'économie pour changer de manière de faire un film, notamment ici sans acteurs professionnels « bankable », ce qui n'empêche pas le cinéaste de pouvoir réaliser son film. Cela fait également sens dans la réflexion posée sur le film de zombie appartenant originellement à la marge de l'industrie du cinéma dans la catégorie que d'aucuns appellent série B.


L'auteur Bonello se réapproprie la figure du zombie en allant puiser dans ses origines notamment haïtiennes de la pratique du vaudou et de l'esclavagisme. Le zombie anglo-saxon perd alors son « e » final et le cinéaste mêle aussi ce qui lie sa France d'origine à Haïti : le colonialisme, l'esclavagisme, le désir de liberté de la première république noire à proclamer son indépendance en 1804 avant d'être sauvagement écrasée par la fausse flamme de la révolution et le vrai dictateur des peuples qu'est Napoléon Bonaparte. C'est notamment à l'initiative de ce personnage historique que dans un souci idéologique de propagande est créée la Maison d'éducation de la Légion d'honneur qui accueillent les enfants et descendants des porteurs de la Légion d'honneur encore de nos jours.


C'est en ce lieu que se déroule la partie de l'histoire autour de la constitution d'une sororité secrète entre jeunes filles de 15 ans qui sont éduquées à l'excellence tout en étant traversées par les affres amoureux de leur âge et la fascination par la figure du zombie. De ces différentes confrontations d'univers, Bertrand Bonello propose ici des éléments qui s'entrechoquent dans une ambiance notamment musicale qui vise avant tout à entrer dans les problématiques d'une adolescente de 15 ans.


Le film s'affirme à travers une fausse simplicité des enjeux en cours : derrière chaque séquence présentée, le cinéaste laisse infuser la réflexion du spectateur en le laissant associer un cours d'histoire sur le même plan qu'un groupe d'adolescente en train de se constituer. On retrouve ici profondément ancrée la problématique de la révolte du corps face à une société rationalisée et étriquée propre à Bonello. La révolte des corps se situe d'ailleurs ici durant des scènes oniriques comme durant le rituel vaudou dans une forêt comme la révolte des corps dans De la guerre. L'adolescence prend alors son sens dans cette dynamique au-delà du zombi de la prise de possession d'un corps en devenir.

 

 

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Zombi Child
réalisé par Bertrand Bonello
Avec : Wislanda Louimat (Mélissa), Louise Labeque (Fanny), Sayyid El Alami (Pablo), Saadia Bentaïeb (la surintendante), Mathilde Riu (Adèle), Mackenson Bijou (Clairvius), Ninon François (Romy), Adilé David (Salomé), Néhémy Pierre-Dahomey (le baron Samedi), Patrick Boucheron (le professeur d'Histoire), Ginite Popote (Francina), Katiana Milfort (Mambo Katy)
France, 2019.
Durée : 99 min
Sortie en salles (France) : 12 juin 2019
Sortie France du DVD : 15 octobre 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Ad Vitam
Bonus :
Entretien avec le réalisateur Bertrand Bonello

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