Godard made in Québec

L’arrivée d’un cinéaste français mondialement connu cause une effervescence créatrice qui pousse un trio, Marie, Michel et Paul, à filmer de manière subversive la réalité immédiate qui les entoure.

"La Chasse au Godard d'Abbittibbi" d’Éric Morin © Éditions Montparnasse "La Chasse au Godard d'Abbittibbi" d’Éric Morin © Éditions Montparnasse
Au sujet de l'édition DVD : La Chasse au Godard d'Abbittibbi d’Éric Morin

S’inspirant d’un fait d’hiver (sic), l’arrivée inopinée de Jean-Luc Godard en décembre 1968 dans l’hiver québecois de Rouyn-Noranda, qui propose de détourner la production audiovisuelle jusque-là manipulée par une minorité de la population à destination de la grande majorité. De cet événement qui a réellement eu lieu à un moment où le cinéaste franco-suisse cherchait à réinventer le cinéma à partir du vent révolutionnaire de Mai 68, Éric Morin s’en sert dans son premier long métrage ironiquement intitulé La Chasse au Godard d'Abbittibbi, comme une anecdote qui va infuser la conscience de ses trois jeunes personnages qui vont sans le savoir être portés par la trame dramatique des personnages du Mépris de Godard. Il s’agit de se laisser infuser non seulement par l’esthétique et les idées révolutionnaires du Godard des années 1960 mais encore du renouveau du cinéma-vérité québecois de Claude Jutra, Jean-Pierre Lefebvre et Gilles Carles. Avec un magnifique format Scope, des couleurs vives sur le fond immaculé des paysages enneigés, le cinéaste cultive son goût esthétique du plaisir de la reconstitution d’un univers passé inaccessible sublimé par la mise en scène cinématographique, poursuivant des intentions formelles proches d’un Xavier Dolan. Mais ici, ce sont les icônes du cinéma qui sont convoquées au cœur d’Abbittibbi, contrée reculée où chacun se cherche, se perd dans un travail en n’osant pas témoigner d’un esprit de contestation de crainte de perdre un maigre salaire, tandis que la jeunesse de Marie, interprétée par la charismatique et saisissante Sophie Desmarais, rêve d’ailleurs. Ce désir de se laisser emporter par des histoires périphériques au centre de gravité de la réalité immédiate immuable est soulignée avec ironie par la voix mystérieuse d’un narrateur qui apporte la dimension inattendue d’un conte d’un autre temps. Sans oublier non plus pour narrer ce road movie intérieur de ces trois jeunes personnages épris d’amour et de liberté créative, une bande originale qui accuse encore la portée onirique des expérimentations des personnages, notamment autour des propositions musicales de Philippe B.

En bonus, le court métrage Opasatica d’Éric Morin annonce toutes les intentions le réalisateur a mis ensuite en œuvre dans sa Chasse au Godard d’Abbittibbi. Quant au documentaire de Julie Perron De Mai à décembre (2000) il retrace la venue de Godard à Rouyn-Noranda et les conséquences que sa venue a eu sur plusieurs techniciens de l’époque qui ont pris leur caméra pour questionner la société qui les entoure.

 

 

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La Chasse au Godard d'Abbittibbi
d’Éric Morin
Avec : Sophie Desmarais (Marie), Alexandre Castonguay (Michel), Martin Dubreuil (Paul), René-Daniel Dubois (la voix du narrateur), Jean-Phi Goncalves (JLG), Steve Jolin (Français-slave), Céline Dompierre (la femme de JLG), Dany Michaud (Français), Normand Canac-Marquis (l’animateur de Radio Nord), Manon Charlebois (l’assistante-TV), Olivier Picard (le caméraman du studio), Éric Morin (le caméraman du studio), Adrien Bletton (la voix de JLG), Daniel Laurendeau (le client du cinéma), Jacques Matte (le client du cinéma), Megan Cotnoir Boudreault (la sœur de Marie), Arthur Castonguay (Petit frère de Marie), Eléni Morin-Charlebois (la petite soeur de Marie), Rachelle Lortie (la mère de Marie)
Canada – 2013.
Durée : 96 min
Sortie en salles (France) : inédit
Sortie France du DVD : 2 octobre 2019
Format : 2,44 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : anglais.
Éditeur : Éditions Montparnasse


Bonus :
Opasatica : antépisode au film d’Eric Morin (2010, 18’)
De Mai à décembre : documentaire de Julie Perron sur la véritable histoire qui a inspiré le film (2000, 26’)
Court métrage : La Nuit américaine d’Angélique de Pierre-Emmanuel Lyet et Joris Clerté (2013, 8’)

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