Rohmer à Madrid

Au mois d’août à Madrid, alors qu’une grande partie des habitants a fui la ville en raison des fortes chaleurs, Eva a décidé de rester en occupant l’appartement d’un ami. En quête d’elle-même, plusieurs rencontres vont accélérer son cheminement.

"Eva en août" (La Virgen de agosto) de Jonás Trueba © Arizona Films "Eva en août" (La Virgen de agosto) de Jonás Trueba © Arizona Films
Sortie nationale (France) du 5 août 2020 : Eva en août de Jonás Trueba

Pour son cinquième long métrage en tant que réalisateur, Jonás Trueba se concentre pour la première fois sur un personnage féminin coécrit avec l’actrice du personnage principal Itsaso Arana sous l’influence tutélaire du Rayon vert (1986) d’Éric Rohmer. Le film de Trueba est une écriture à l’envers du film de Rohmer puisqu’Eva préfère rester en ville plutôt que partir comme la majorité du moment. Dès lors, son choix permet au réalisateur de faire un portrait quasi documentaire de la ville madrilène avec la réalité sociologique précise d’un été où différentes processions religieuses et des concerts de musiques laïcs occupent l’espace public. Eva est dès lors aussi cette ville et les deux portraits, la ville et la jeune femme, sont interdépendants l’un de l’autre. Ainsi, Eva qui semble isolée socialement, ne se rattachant pas à une famille ou encore à un ensemble de personnes qui l’enracine dans un quotidien, fait d’elle un être en errance comme un être vierge de toute expérience locale à l’instar de l’innocence supposée d’un touriste. Derrière cette fausse innocence, Eva livre peu à peu ses carences émotionnelles, ses blessures profondes et notamment cette identité paradoxale d’être une comédienne pudique comme le souligne l’un des personnages. Pourtant Eva ne cesse d’aller vers les autres mais toujours en cachant au plus profond d’elle sa personnalité qui tarde toujours à s’épanouir franchement. Le saisissement de cette personnalité inédite inscrit dans le décor documentaire de Madrid est la réussite toute en humilité des choix de mise en scène du cinéaste. Même si la lenteur participe à cet état d’esprit, le montage aurait gagné à être plus synthétique pour réduire ces 129 minutes qui ne sont pas toujours justifiées. Un beau film intimiste à découvrir précisément et de manière opinée en ce mois d’août !

 

 

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Eva en août  
La Virgen de agosto
de Jonás Trueba

Fiction
129 minutes. Espagne, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Itsaso Arana (Eva), Vito Sanz (Agos), Isabelle Stoffel (Olka), Joe Manjón (Joe), María Herrador (María), Luis Alberto Heras (Luís), Mikele Urroz (Sofía), Naiara Carmona (María), Simon Pritchard (Simon), Violeta Rebollo (Violeta), Sigfrid Monleón (le propriétaire de l’appartement), Francesco Carril (Francesco), Lucía Perlado (Lucía), David López, Julen Berasategui, Soleá Morente, Alonso Díaz, Lorena Álvarez, Pablo Peña
Scénario : Jonás Trueba, Itsaso Arana
Images : Santiago Racaj
Montage : Marta Velasco
Musique : Soleá Morente
Son : Amanda Villavieja, Eduardo Castro
Directeur artistique : Miguel Ángel Rebollo
Costumes : Laura Renau
Production : Los Ilusos Films
Producteur : Javier Lafuente
Distributeur (France) : Arizona Distribution

 

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