Entretien avec Lawrence Valin à propos de son film "The Loyal Man"

"Aathi est un jeune solitaire, qui travaille officiellement dans une épicerie le jour et fait passer des clandestins la nuit pour le compte d'un chef mafieux tamoul à Paris." Après "Little Jaffna", Lawrence Valin réalise, coscénarise et joue l'interprète principal de "The Loyal Man", film actuellement présélectionné pour la cérémonie des Césars 2021.

"The Loyal Man" de Lawrence Valin © Agat Films "The Loyal Man" de Lawrence Valin © Agat Films
Cédric Lépine : Pourquoi choisir le format du moyen métrage pour raconter cette histoire ?

Lawrence Valin : Après avoir réalisé mon premier court métrage Little Jaffna, j’avais envie de tester mes capacités à tenir un récit plus long avant de passer au long métrage. Ça m’a paru être le meilleur moyen pour continuer à apprendre et à consolider mes acquis.


C. L. : Entre Little Jaffna et le futur premier long métrage, est-ce que The Loyal Man s’inscrit dans des thématiques communes et une approche esthétique similaire ?
L. V. :
La communauté tamoule est au cœur de mes projets, plus particulièrement les jeunes issus des bandes qui sont pour moi les invisibles parmi les invisibles. Ayant grandi parmi eux, j’ai une furieuse envie de les mettre en lumière à travers mes films. Pour ce qui est de l’approche esthétique cela peut varier en fonction des projets, il y a peut-être une chose qui ne bougera pas, c’est le format Scope. Tous les films indiens que j’ai pu voir dans mon enfance étaient tournés en Scope, c’est quelque chose qui est gravé en moi, je n’arrive pas à penser cinéma sans ce format.


C. L. : Sur quelles sources vous êtes-vous basé pour écrire votre scénario ?
L. V. :
Plus jeune, je faisais des traductions de demandeurs d’asile politique pour l’OFPRA et ce fut le parcours d’une jeune femme clandestine qui m’avait marqué. Arrivée en France, elle n’avait nulle part où aller et c’était son passeur qui l’avait hébergée chez lui. De là, j’avais très envie de faire une romance entre ces deux personnages. Avec ma coscénariste Marlène Poste, nous avons voulu mettre l’action au sein d’un réseau de trafiquants d’organes totalement imaginaire, cela nous permettait de rendre l’esclavage moderne de ces jeunes comme quelque chose de normal.


C. L. : Pourquoi avoir décidé de jouer le personnage principal du film ?
L. V. :
Je suis comédien avant d’être réalisateur. L’acting est mon moteur, c’est ce qui me pousse à écrire et à réaliser. Je dois vous avouer que ce n'est pas tous les jours que j’ai l’occasion d’interpréter un personnage principal, c’était un rôle que j’avais très envie de défendre dès l’écriture. Et j’ai également adoré Ryan Gosling dans Drive, je voulais être son cousin indien.


C. L. : Comment définiriez-vous la « loyauté » qui définit votre personnage principal et qui est au centre de votre intrigue ?
L. V. :
Pour moi c’est celle d’un chien à son maître. C’est comme ça que j’ai imaginé la relation entre Aathi et Monsieur. Dans le film, quand Aathi mange, si on prête l’oreille, on peut entendre le bruit d’un chien qui ronge son os.


C. L. : Que signifie pour vous d’être produit par Agat Films ? 
L. V. :
J’avais l’impression d’être entré dans la cour des grands, ça met une pression mais dans le bon sens, ça m’a tiré vers le haut ! Quand j’étais en montage sur The Loyal Man, dans le bureau d’à côté il y avait Sébastien Lifshitz et de l’autre côté il y avait Robert Guédiguian, je peux vous dire qu’à la machine à café, je me faisais tout petit [rires].


C. L. : Le fait de travailler avec l’acteur Jesuthasan Antonythasan, la révélation de Dheepan, le chef mafieux tamoul, est-il aussi un hommage implicite au cinéma d’Audiard qui interroge la masculinité des hommes enfermés dans des communautés masculines comme votre personnage principal dans The Loyal Man ?
L. V. :
Non, pas spécialement ou pas de manière consciente. Le cinéma d’Audiard m’a beaucoup influencé notamment avec Un prophète, ce film m’avait marqué, ça venait des tripes. C’est peut-être ça que j’ai envie de reproduire dans mes films, un cinéma agrippant, qui empoigne les sens et les pensées du spectateurs.

THE LOYAL MAN (Medium-Length Film) - Teaser © Lawrence Valin

 

 

 

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The Loyal Man

France / 2019 / Fiction / 37'00

Réalisateur
Lawrence Valin

Producteurs
Marc Bordure (Agat Films & Cie), Simon Bleuzé (Agat Films & Cie)

Scénaristes
Marlène Poste, Lawrence Valin

Directeur photographie
Maxence Lemonnier

Directeur artistique du son
Thomas Van Pottelberge

Musique
Éric Bentz

Montage
Anaïs Manuelli

Interprète
Antonythasan Jesuthasan, Lawrence Valin, Aurora Marion

Décors
Camille Bodin

Montage Son
Clément Gallice

Mixage Son
Clément Laforce

 

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