Étrangeté créative : une autre image de l’animation japonaise

"663114" de Isamu Hirabayashi  © Les Films du Paradoxe "663114" de Isamu Hirabayashi © Les Films du Paradoxe

 

Édition Blu-ray : « L’Animation japonaise indépendante volume 1 »

Le cinéma d’animation japonaise depuis quelques décennies a réussi à s’imposer dans le monde auprès du public, des critiques et des grands festivals. Les films les plus connus sont réalisés par Isao Takahata ou Hayao Miyazaki à travers leur société Studios Ghibli. Il est vrai que les œuvres proposées restent inoubliables et s’intègrent totalement parmi les chefs-d’œuvres du cinéma international. Mais la limite des films Ghibli est son animation : issus des mêmes studios, on retrouve des dessins similaires répétés à l’envi également par d’autres sociétés. À tel point que l’animation japonaise semblerait produite par les mêmes animateurs. On peut alors sérieusement supposer que des maîtres comme Miyazaki ait placé ailleurs que dans le dessin toute leur créativité. Ce premier volume consacré à l’animation japonaise indépendante se propose ainsi de montrer une diversité souvent méconnue. Pour chercher la créativité visuelle, il est donc nécessaire de sortir des grands chemins battus et rebattus tracés par les grands studios. Cette effervescente créativité permet d’ailleurs d’offrir des perspectives plus larges au cinéma d’animation japonais en général, alors que l’on aurait pu supposer un monopole indétrônable d’un unique type de dessin. Cette édition en Blu-ray est d’autant plus pertinente, que cette animation japonaise indépendante n’a jusqu’ici pas eu droit à des sorties officielles sur grand écran, du moins en France. Seuls les habitués du festival d’Annecy ont pu avoir l’opportunité de connaître ces animations.

Les 15 courts métrages d’animation réunis ici sont réalisés entre 2006 et 2012 par onze auteurs distincts. Ce programme n’est pas thématique mais vise davantage à offrir un bouquet très coloré par sa diversité de l’effervescence créative de l’animation japonaise indépendante. La plupart sont muets, certains sont dessinés, d’autres travaillés à l’ordinateur, d’autres encore utilisent la pixilation ou des marionnettes. Les thèmes abordés sont souvent destinés davantage aux adultes qu’aux jeunes enfants : on est loin de la mièvrerie disneyenne, mais plus proche par divers aspects étranges de l’univers de David Lynch. Tous les tabous que condensent les animations japonaises les plus connues semblent explosées en toutes pièces dans ces courts métrages, qui pourraient passer ainsi pour le subconscient des studios Ghibli. Les différents cinéastes évoquent explicitement la sexualité, le cinéma d’horreur et de l’étrange. Alors que les films sont souvent muets, la bande-son est magnifiquement travaillée, à la fois pour définir des personnages mais aussi des univers fantastiques et métaphoriques. Ce programme de courts métrages est déstabilisant car nous plaçant en terrain peu connu, ce qui est d’autant plus excitant à découvrir. On peut regretter que cette édition n’offre pas en guise de bonus quelques informations complémentaires extradiégétiques quant au contexte d’élaboration de ces courts : une biofilmographie des cinéastes, la place du cinéma d’animation indépendante au Japon, etc. En revanche, cette absence d’informations accentue l’étrangeté de l’ensemble, car on ne dispose pas de mots pour cadrer ces œuvres qui nous bouleversent profondément.

 

L’Animation japonaise indépendante volume 1

de Shin Hashimoto, Isamu Hirabayashi, Kawai/Okamura, Mirai Mizue, Yoriko Mizusiri, Kei Oyama, Keiichi Tanaami, Nobuhiro Aihara, Takeshi Nagata, Kasue Monno, Atsushi Wada

Japon – 2006.

Durée : 92 min

Sortie en salles (France) : inédit

Sortie France du DVD : 10 septembre 2013

Format : 1,85 – Couleur

Langue : musique - Sous-titres : aucun.

Éditeur : Les Films du Paradoxe

 

Liste des épisodes :
01. Beluga de Shin Hashimoto (2011 - 5’30” - 16/9 - ordinateur)

02. Sougiya to inu de Shin Hashimoto (2010 - 4’ - 4/3 - ordinateur)

03. 663114 de Isamu Hirabayashi (2011 - 7’25” - 16/9 - dessin et ordinateur)

04. Columbos de Kawai/Okamura (2012 - 9’14” - 16/9 - marionnettes et ordinateur)

05. Modern No.2 de Mirai Mizue (2011 - 4’9 - 16/9 - dessin)

06. Tatamp de Mirai Mizue (2011 - 5’38” - 16/9 - dessin)

07. Futon de Yoriko Mizusiri (2012 - 6’2 - 16/9 - dessin et ordinateur)

08. Kappo de Yoriko Mizusiri (2006 - 4’35” - 4/3 - dessin et ordinateur)

09. Hand Soap de Kei Oyama (2008 - 16’ - 16/9 - ordinateur)

10. Dreams de Keiichi Tanaami et Nobuhiro Aihara (2011 - 6’ - 4/3 - dessin)

11. Red Colored Bridge de Keiichi Tanaami (2012 - 5’40” - 16/9 - dessin et ordinateur)

12. Pika Pika de Takeshi Nagata et Kasue Monno / Company Tochka (2006 - 4’ - 16/9 - pixilation et peinture de lumière)

13. MAze de Takeshi Nagata et Kasue Monno / Company Tochka (2012 - 2’10” - 16/9 - pixilation)

14. Gureto rabitto de Atsushi Wada (2012 - 7’12” - 16/9 - dessin et ordinateur)

15. Haru no shikumi de Atsushi Wada (2010 - 4’20” - 4/3 - dessin et ordinateur)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.