Entretien à propos du 1er Festival de Cinéma de Montmirail

Le 8 décembre 2018 s'est tenu le premier Festival de Cinéma de Montmirail où 5 courts-métrages étaient en compétition. L'événement était organisé par l'équipe de l'Espace Loisir Culture de Montmirail dont font partie Joséphine Beal et Baptiste Leroy qui livre dans cet entretien leur témoignage.

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Cédric Lépine : Qui êtes-vous et comment est apparue l'initiative de cette manifestation ?
Joséphine Beal :
Avant de partir sur l'aventure de la création de ce festival, je faisais partie d'une association, Chant’Morin. Son thème : la chanson française. L'association organise un festival qui se déroule les quinze premiers jours de septembre sur une dizaine de lieux différents en présence d'une trentaine d'artistes. L'objectif est, autour de la chanson, de permettre à l'art de se propager dans les campagnes en programmant des artistes qui se produisent à Paris, à Troyes et à Châlons-en-Champagne dans des salles où le coût de l'entrée se situe entre 40 à 60 euros, dans d'autres lieux à la campagne à des prix plus abordables entre 5 et 16 euros. Il s'agit ainsi de donner envie au plus grand nombre de retourner aux spectacles. Le secteur géographique concerné par ces manifestations comprend les communautés de communes de la Brie champenoise et de la Brie des deux Morins. Et cette association travaille en partenariat avec l’ELC, l’association qui porte le festival de cinéma de Montmirail, c’est donc comme ça que j’ai rejoint l’aventure.


Baptiste Leroy : Nous nous situons vraiment à la frontière de trois départements : l'Aisne, la Seine-et-Marne et la Marne et aussi par conséquent à la frontière des régions Hauts de France, Grand Est et Île-de-France.
L'ELC (Espace Loisir Culture) a été créée en 1966 à Montmirail et les fondateurs sont toujours à l'heure actuelle actifs dans le Conseil d'Administration, que je préside. L'ELC se consacre à deux secteurs d'activités. Tout d'abord les activités loisirs actuellement au nombre de 45 avec du théâtre, de la danse, de l'escalade, cours d'anglais, d'italiens, etc. proposés pour tout âge. L'autre secteur est dédié à la programmation qui s'étend de septembre à juin et comprend des concerts, des conférences, des productions de théâtre, des spectacles de danse et depuis cette année un festival de cinéma ! Nous sommes à peu près 80 bénévoles dans cette association avec plus de 900 adhérents qui participent aux 45 activités chaque semaine. Pour une ville de 4000 habitants, on peut dire qu'un habitant sur quatre participe à la vie de l'ELC. Du côté de la programmation, tout dépend des années. L'an dernier nous avons réuni près de 10000 spectateurs. Tout cela se passe dans le contexte d'un milieu rural où l'enjeu consiste à rendre les spectacles culturels accessibles à tous en leur montrant que tout ne se passe pas que dans les grandes villes.
L'idée du festival a germé il y a deux ans avec le constat qu'à Montmirail nous avions une offre culturelle large où le cinéma manquait encore. En parallèle, les frères réalisateurs Wilfried et Stephen Méance et leurs parents, Jean et Martine, proposaient une soirée de projections de leurs propres courts métrages et ceux de leurs amis un samedi soir en novembre dans la mairie du village du Thoult-Trosnay, près de Montmirail. L'idée était alors d'initier un échange entre le public et les équipes des films. Ils étaient arrivés au bout de leur projet et la salle pour accueillir le public commençait à devenir petite. Ils ont eu vent de notre envie de réaliser un festival et nous avons alors décidé d'unir nos forces autour d'un projet commun. Ensemble nous avons déposé un dossier qui a été accepté auprès des fonds européens LEADER. En deux mois, à partir de septembre 2018, nous avons tout organisé, réalisé les démarches pour demander les subventions. Le festival a été au départ lancé par un autofinancement de l'ELC, des fonds européens, la ville de Montmirail et le Département mais pour la Région c'était un peu tard.


J. B. : Jean-Paul Richez et Michelle Gagnaire sont tous les deux membres de l'ELC où ils œuvrent sur la section théâtre qui a proposé cette année sept représentations sur quinze jours et une école de 45 élèves présents toute l'année. Tous les deux ont souhaité rejoindre le projet du festival.
B. L. : Ils ont apporté au projet leur solide expérience dans l'organisation d'événements culturels. Jean et Martine Méance, nous ont également rejoint et nous étions six avec Joséphine et moi-même à construire ce projet, sans que nul n'ait de tâches préalablement définies. Nous n'avions pas de temps pour nous distribuer les rôles : nous avons donc vraiment tout fait ensemble. Nous savions en revanche exactement où nous voulions aller.
On est loin du désert culturel et presque chaque week-end il se passe quelque chose. Les subventions de fonctionnement ne représentent que 5% de notre budget et 95% provient des activités et de notre programmation, ce qui signifie que nous ne sommes pas sous le couperet des chutes de financement de la part des institutions.

C. L. : Où s'est déroulé le festival cette année ?
J. B. : Dans la salle de cinéma de Montmirail qui appartient à la ville mais qui est exploité par Cinéode, société privée basée à Villers-Cotterêts. Non seulement nous avons pu disposer de cette salle pour accueillir le public du festival mais Kévin le projectionniste de la salle nous a apporté son aide pour la soirée et la projection des films. Le cinéma comprend deux salles et nous savons que nous avons beaucoup de chance parce qu'il n'y a pas d'autres salles à moins de 20 kilomètres. Notre intention était aussi de mettre en valeur cette salle de cinéma, notamment auprès d’un public jeune de Montmirail que l'on souhaite ainsi amener à la culture.
B. L. : Notre intention est aussi de valoriser ce cinéma en donnant aux gens, et plus particulièrement aux jeunes qui sont notre public cible, le goût du chemin qui mène à la salle de cinéma.
J. B. : Notre intention, en partenariat avec les cinémas avoisinants et de pouvoir étendre ce festival au-delà de Montmirail. Mais aussi d’accueillir plusieurs projections et ainsi de toucher une plus grande partie de la population de la région.
B. L. : La fibre optique commence à être installée dans notre Région, ce qui nous permettra de faire un festival qui se déroule à la fois à Sézanne, Esternay et à Montmirail en même temps avec des équipes de films dans les trois villes et des retransmissions en direct. Les deux salles réunies de Montmirail peuvent accueillir 296 personnes, ce qui est peu. Les villes seraient ainsi interconnectées autour d'un même événement.
J. B. : Nous souhaitons impliquer les différents publics à travers notamment leurs votes : ils ne sont pas là seulement pour voir des films mais aussi présents pour donner leur avis.
B. L. : Il est essentiel à travers l'initiative culturelle de redynamiser la dynamique sociale et économique locale. Il faut soutenir les dynamiques dans les milieux ruraux et les petites villes. Ces villages ne doivent pas devenir de simples villages dortoirs d'habitants qui donnent tout leur dynamisme à l'extérieur. Nous sommes heureux à l'ELC de pouvoir proposer des spectacles de qualité avec des productions qui sont passées par le Trianon, le Cigale ou l'Olympia.
Nous cherchons à toucher un public qui jusque-là ne se sentait pas légitime à fréquenter les lieux de la culture associée à l'élitisme.

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C. L. : Pourquoi avoir choisi le cinéma et le court métrage comme objets de cette manifestation ?
J. B. :
Pour pouvoir toucher la jeune génération de Montmirail qui peut faire bouger les choses sur ces événements culturels.
B. L. : Le court métrage offre l'avantage de demander un effort de concentration limité dans le temps par rapport à un long métrage. Le court métrage est aussi souvent la première étape dans l'exercice du métier de cinéaste. Si ensuite les jeunes prennent goût au cinéma et souhaitent en faire leur métier, nous serions ravis d'avoir joué ce rôle d'intermédiaire ! Ce festival peut donner envie de découvrir davantage les métiers du cinéma.
En outre, il n'y a pas de lycée à Montmirail. Les jeunes vont donc à Château-Thierry, à Épernay et surtout à Sézanne. Or, comme cela a été annoncé samedi soir lors du festival, le lycée de Sézanne vient de recevoir du Rectorat l'autorisation pour ouvrir sa section cinéma. Ainsi, dès 2019 les cours de cinéma seront une option évaluée au baccalauréat. C'est encore une réflexion à développer mais cela vaudrait la peine de pouvoir ouvrir une section cinéma au sein de l'ELC. Nous pourrions ainsi imaginer un week-end par mois une master class avec des invités pour un groupe de dix à quinze personnes, et également imaginer la réalisation d'un court métrage sur l'année qui serait diffusé ensuite lors du festival. C'est encore à l'état d'ébauche mais cela fait partie de nos envies.
Pour l'édition de l'année prochaine, nous allons bénéficier d'un an d'élaboration à la différence de la durée excessivement courte (deux mois!) cette année. C'est pourquoi nous nous sommes contentés d'une manifestation sur quelques heures un samedi alors que l'an prochain nous envisageons d'étendre le festival sur les deux jours du week-end avec peut-être des rencontres et des conférences sur un thème bien précis, la programmation de longs en avant-premières.
J. B. : Il y avait samedi plus de trois cents personnes réunies dans un moment convivial où tout le monde se connaissait et était heureux de cette manifestation. Pour certains, il s'agissait de leur premier festival de cinéma. C'était émouvant de recevoir les témoignages chaleureux du public venu nous soutenir.

C. L. : Comment avez-vous réaliser la sélection des courts métrages ?
B. L. : Là encore nous n'avions pas assez de temps pour lancer un appel à candidature. Nous avons donc fait appel à nos réseaux professionnels pour trouver des courts métrages, notamment grâce à l'entourage de Wilfried et Stephen Méance. Nous avons visionné une vingtaine de courts métrages professionnels pour en sélectionner cinq, réalisés entre 2015 et 2018. Toutes les équipes des films étaient professionnelles avec des degrés distincts d'expériences dans l'industrie.
Nous avions également un court métrage hors compétition. Quant au long, il a été choisi en fonction du président d'honneur, Pierre Richard. Celui-ci n'a pas pu venir mais a partagé une vidéo où il témoignait de l'importance du cinéma dans les milieux ruraux. Ce soutien pour nous était très précieux.

C. L. : Comment s'est déroulée le festival samedi dernier ?

J. B. : Nous souhaitions vraiment mettre en scène le passage de relais, et pour cela sont montés sur scène Baptiste et les maires de Montmirail et du Thoult-Trosnay. Avant chaque projection il y avait une présentation des courts métrages avec l'équipe. La projection s’est organisée en deux slaves : les trois premiers courts ont d’abord étaient présentés avant d’être visionnés, puis les deux derniers. Les projections des films étaient suivies d'échanges entre la salle et les équipes des films.
Le jury a ensuite quitté la salle lors de la projection du court hors compétition afin d'aller délibérer. Puis, nous avons remis à la fois le prix du public et celui du jury. Parmi les équipes étaient présents les réalisateurs ainsi que certains des acteurs, scriptes, monteurs, chefs opérateur. Si la plupart venaient de Paris, d'autres venaient aussi de Bourgogne, de Belgique.
B. L. : La présence des équipes des films permettait au public de poser toutes les questions techniques qu'il pouvait avoir en tête. Et pour les plus jeunes aussi au sein du public de faire une véritable découverte des métiers du cinéma.

C. L. : Y a-t-il d'autres festivals à l'année à Montmirail ?

B. L. : Oui : le Festival Grange, le Printemps de la Sculpture.
J. B. : Il y a également des manifestations de longue durée organisée à l'Office de Tourisme. Parfois, la même soirée, à Montmirail et à proximité se déroulent plusieurs événements culturels. Nous avons à notre disposition dans cette région tous les éléments pour une vie culturelle réussie, il faut juste savoir s'en servir pour faire de belles choses.

C. L. : Quelles sont vos autres envies pour la prochaine édition ?

B. L. : Après avoir posé les premiers jalons, nous avons la chance de pouvoir réaliser ce que nous voulons.
J. B : Il faut aussi conserver la même exigence dans la qualité de la programmation tout en privilégiant le plaisir du public.
B. L. : Il est important aussi de conserver un tarif attractif pour favoriser l'accès pour tous à la programmation.

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