1966, l'année faste du western européen

Un chasseur de primes traque imperturbablement les têtes mises à prix de l'Ouest. Un jour, il se trouve sur la route de José Gómez, un bandit notable que les habitants d'un village soutiennent.

"Les Tueurs de l'Ouest" (El Precio de un hombre) d'Eugenio Martín © Artus Films "Les Tueurs de l'Ouest" (El Precio de un hombre) d'Eugenio Martín © Artus Films

Sortie du combo Blu-ray / DVD : Les Tueurs de l'Ouest d'Eugenio Martín

Présenté comme le premier western de Tomás Milián, acteur d'origine cubaine devenue une référence incontournable du cinéma italien dans différents genres et plus particulièrement le western, Les Tueurs de l'Ouest d'Eugenio Martín est un film qui vaut le détour pour son scénario, ses choix de mise en scène, sans oublier ses acteurs et sa bande originale. C'est peu dire que le film est porté pleinement par la présence et l'interprétation forte tout en ambivalence de Tomás Milián ! En effet, c'est d'abord à lui que le spectateur s'attache avant de se voir trompé par la sympathie du personnage, à l'instar des habitants d'un village, parce que le prétendu Robin des Bois au grand cœur se révèle être un infâme et cruel hors-la-loi sans scrupules à l'égard des innocents. C'est tout l'enjeu du scénario du film de créer une fausse piste pour saisir toute l'attention du spectateur. C'est là qu'apparaît la richesse d'une histoire qui est d'abord celle du roman de l'Américain Marvin H. Albert qui a attiré l'attention des producteurs européens avant d'être confié à un réalisateur espagnol qui a tourné le film en Espagne. Le réalisateur qui n'a pourtant pas laissé une filmographie mémorable, signe ici des propositions ingénieuses de mise en scène notamment avec des cadrages subtiles avec divers jeux de miroirs à l'intérieur du cadre. Pour un réalisateur méconnu, ce sont des choix qui ne sont pas anodins et qui participent pleinement au récit. Certaines prises de vues sont d'ailleurs proche du comique au sein d'un film qui est pourtant clairement dramatique : on ne s'étonne pas d'apprendre que se trouve derrière la caméra en qualité de chef opérateur Enzo Barboni qui réalisa la plupart des films de la série Trinita sous le nom E. B. Clucher ! Le film est à ce point de vue une totale réussite.
On peut juste s'interroger sur les intentions idéologiques du récit qui vient au bout du compte condamner le soutien d'une population à l'égard d'un rebelle au détriment du chasseur de primes. Est-ce un appel à la condamnation de l'activisme de gauche puisque le bandit joué par
Tomás Milián est un Mexicain opprimé et stigmatisé par les représentants de l'État (notamment un soldat américain raciste à son égard qu'il assassine et qui fait de lui un hors-la-loi) ? Cette proposition de lecture est surprenante de la part de l'auteur de l'histoire originale, Marvin H. Albert, qui a été sympathisant communiste aux États-Unis. De même, la désertion d'une armée semble condamnée à travers le choix du nom du personnage qui joue un sous-chef du méchant : Déserteur. Doit-on également prendre en considération le contexte d'un tournage dans une Espagne franquiste peu apte à avoir de la sympathie pour le porteur de potentielles revendications sociales ? L'ambiguïté du personnage du bandit doit beaucoup à Tomás Milián qui lui offre un abord sympathique par ses sourires, sa fausse candeur et ensuite ses rires inquiétants et les yeux en pleurs qui précèdent la décision de l'assassinat prémédité d'un innocent. Mais le traitement du prétendu « bon » de l'histoire, à savoir le chasseur de primes qui aboutira à un nouvel ordre à la fin du film, n'est pas non plus sans ambiguïté. En effet, ce personnage n'exprime aucune humanité à travers une expression figée d'un visage sans émotion tout au long du film. Même la dernière séquence qui clôt le film est plutôt amère et ne construit en rien une figure héroïque malgré sa geste. Un film éminemment subtil qui contribue encore à redécouvrir une histoire foisonnante du cinéma européen, à l'heure où le western était en effervescence en cette année 1966 où les trois Sergio (Leone, Corbucci, Sollima) réalisaient conjointement un de leurs chefs-d'œuvre : Et pour quelques dollars de plus, Django, Colorado !

 

 

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Les Tueurs de l'Ouest
El Precio de un hombre
d'Eugenio Martín
Avec : Tomás Milián (José Gómez), Richard Wyler (Luke Chilson), Mario Brega (Miguel), Halina Zalewska (Eden), Hugo Blanco (Déserteur), Lola Gaos (Ruth Harman), Luis Barboo (Luis), Manuel Zarzo (Marty Hefner), José Canalejas (Juan Valdez), Chiro Bermejo (Dade), Antonio Cintado (Max), Frank Braña
Espagne, Italie, 1966.
Durée : 93 min
Sortie en salles (France) : 12 décembre 1968
Sortie France du DVD : 4 juin 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langues : français, espagnol - Sous-titres : français.
Éditeur : Artus Films
Collection : Western européen
Bonus :
livret de 64 pages intégré à l’étui : « Les westerns de Marvin H. Albert au cinéma » par Lionel Grenier
Présentation du film par Curd Ridel
Diaporama d’affiches et de photos
Bande-annonce originale

 

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