Un polar sur fond de crise économique portugaise

Dans le Portugal de la crise économique du début du XXIe siècle, des sociétés de recouvrement de dettes utilisent des méthodes musclées pour arriver à leurs fins. Jorge, boxeur au chômage, travaille pour l’une de ces sociétés afin de subvenir aux besoins de son fils et de la mère de celui-ci dont il est séparé.

"Saint Georges" de Marco Martins © Damned Films "Saint Georges" de Marco Martins © Damned Films

Sortie DVD : Saint Georges de Marco Martins

Faut-il rappeler que la crise économique à l’ère du néolibéralisme sans limites laisse des populations entières exsangues au profit du maintien en vie du sacro-saint marché ? Fruit de plusieurs années d’investigation sur la réalité sociale de la crise économique du Portugal livré à cette invasion barbare sans précédent que constitue l’excroissance massive des sociétés de recouvrement de dettes, Saint Georges de Marco Martins est tout d’abord un film de fiction, un polar sombre dans la lignée de Sang et or de Jafar Panahi. La fiction n’est ici qu’un prétexte à embrasser l’univers documentaire de citoyens portugais abandonnés à eux-mêmes, sacrifiés par l’Europe économique même. Le marché crée ainsi une nouvelle dictature où les responsables de l’assassinat de la démocratie se situent en situation de totale immunité, inaccessibles par l’entendement humain immédiat. Pour rendre compte de cet état de fait, le réalisateur choisit donc d’introduire et de clore son film sur les données statistiques de la réalité documentaire de cette crise. Entre les deux, il y a cette histoire de Jorge dont le saint patron protège la chevalerie et par là les divers dragons destructeurs de sociétés humaines. Il se trouve que Jorge est un combattant, plus précisément un boxeur, mais paradoxalement non violent. Son cheminement est celui d’un pays acculé à payer ses dettes au prix de sa propre intégrité humaine. Rien de gratuit dans cette histoire éminemment politique où le personnage masculin est décrit à travers ses liens avec sa famille asphyxiante chez qui il est contraint de partager le logement, son fils pour lequel il porte une véritable attention, la mère de son fils qui tente de fuir sa misère, son milieu professionnel auprès duquel il doit moralement se positionner… Le scénario, riche d’une profonde expérience de terrain, articule toutes ses données documentaires autour du personnage principal qui possède une présence physique qui porte aussi bien le drame que l’ensemble du dynamisme du film. Le film est aussi bien incarné à travers lui que le Portugal en crise. Marco Martins donne à penser le monde comme il va mal soumis au diktat antidémocratique du marché et renouvelle ainsi le cinéma politique, ouvrant une nouvelle voie d’un cinéma qui partage les intentions d’un cinéaste comme Ken Loach mais avec des moyens distincts, notamment le cinéma de genre, la recherche esthétique des plans, la présence omniprésente des corps comme matière de réflexion politique, au sens où un corps occupe un espace et réclame à cet égard la légitimité de se trouver dans l’espace public. Après les Mille et une nuits de Miguel Gomes, voici à travers un tout autre style cinématographique, un nouveau témoignage de ladite crise au Portugal dans laquelle divers pays à travers le monde pourront également y trouver ici et là plus qu’un pâle reflet.

 

 

 

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Saint Georges
São Jorge
de Marco Martins
Avec : Nuno Lopes (Jorge), Mariana Nunes (Susana), David Semedo (Nelson), Jose Raposo (Vitinho), Jean-Pierre Martins (Albano), Ricardo Fernandes (Mauro), Beatriz Batarda (Beatriz), Gonçalo Waddington (Cardoso)
Portugal, France – 2016.
Durée : 112 min
Sortie en salles (France) : 17 mai 2017
Sortie France du DVD : 7 novembre 2017
Format : 1,78 – Couleur
Langue : portugais - Sous-titres : anglais, français .
Éditeur : Damned Films

 

 

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