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Billet de blog 8 juin 2023

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"La Ballade des sans-espoirs" (Too Late Blues) de John Cassavetes

John Wakefield dit « Ghost », un compositeur et musicien de jazz, s'éprend de Jess Polanski, jeune femme à la dérive. Il lui propose de rejoindre son groupe pour en devenir la voix chantante mais les failles de ces deux humanités en déshérence ne tardent pas à se faire jour.

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Sortie du combo Blu-ray + DVD : La Ballade des sans-espoirs de John Cassavetes

Après la réalisation ambitieuse de son film réalisé en complète indépendance Shadows (1958), John Cassavetes se voit ouvrir les portes des grands studios d'Hollywood. Il y réalisa deux films dont le premier est La Ballade des sans-espoirs (Too Late Blues) avant de retrouver sa liberté créatrice avec Faces sorti en 1968. Si l'expérience des studios est douloureuse pour le cinéaste notamment dans ses désirs d'expérimentation et ses choix de casting, le film s'intègre pleinement dans sa filmographie autour de ses thématiques, qu'il s'agisse du jazz et surtout de la veulerie masculine qui préfère fuir dans la régression enfantine en bande masculine qu'affronter la remise en cause des codes de la virilité rétrograde.

Illustration 1
La Ballade des sans-espoirs Too Late Blues de John Cassavetes © Rimini

Le chanteur Bobby Darin joue un personnage peu attachant avec une interprétation falote qui fait regretter la connivence que le cinéaste sait développer avec sa famille d'acteurs et d'actrices dans ses films indépendants. Cependant, il se révèle parfait dans ce rôle d'une masculinité en crise face à une femme blonde qui incarne la fragilité d'une Marilyn Monroe à l'image de son rôle dans Les Désaxés (The Misfits, 1961) de John Huston film réalisé au même moment. Si le film est bien plus modeste dans son ambition que celui de Huston, c'est que Cassavetes n'a pas les mêmes marges de manœuvre à Hollywood. Quand bien même, il est aisé de voir dans le portrait de l'artiste ambitieux qui ne parvient pas à trouver sa voix et qui se laisse tenter par un producteur au détriment de son amitié pour les membres de son groupe, un portrait des déchirements de John Cassavetes dans un milieu de production qui ne lui fut guère fertile, nourrissant davantage de frustration que d'épanouissement.

La réflexion sur la vulnérabilité masculine en crise est toujours d'une grande pertinence même s'il manque un véritable développement du personnage féminin à l'instar des rôles par la suite incarnés par Gena Rowlands. Le film souffre encore d'une certaine théâtralité autant dans les performances d'acteurs avec leur dialogue travaillé à la manière dramatique d'un Elia Kazan, que dans l'enfermement dans des décors en studios. La seule séquence en extérieur qui pourrait apparaître futile apporte au final une véritable respiration. Il faut avouer que les scènes dans les bars où les personnages boivent et jouent, illustrent bien leur enfermement et leur absence d'horizon. Un film modeste dans la filmographie de John Cassavetes mais qui n'a rien de déshonorant par son propos et ses choix de mise en scène toujours au service de ses thématiques humanistes.

Illustration 2

La Ballade des sans-espoirs
Too Late Blues
de John Cassavetes
Avec : Bobby Darin (John Ghost Wakefield), Stella Stevens (Jess Polanski), Everett Chambers (Benny Flowers), Nick Dennis (Nick), Vince Edwards (Tommy), Val Avery (Frielobe), Marilyn Clark (la comtesse), James Joyces (Reno), Rupert Crosse (Baby Jackson), J. Allen Hopkins (Skipper), Cliff Carnell (Charlie, le saxophoniste), Richard Chambers (Pete, le trompettiste), Seymour Cassel (Red, le bassiste), Dan Stafford (Shelley, le batteur), Allyson Ames (Billie Gay), June Wilkinson (la fille du bar), Mario Gallo (Bot Part)
USA, 1958.
Durée : 96 min
Sortie en salles (France) : 7 novembre 1961
Sortie France du combo Blu-ray + DVD : 6 juin 2023
Format : 1,78 – Noir & Blanc
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions

Bonus :
Entretien avec Quentin Victory Leydier auteur du livre « Avec John Cassavetes », éditions Lettmotif, 2023 (19’)

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