"Hier arrive bientôt" un spectacle de et avec Georgina Vila Bruch

Programmé sur la scène découverte du festival L'été de Vaour, « Hier arrive bientôt » est un spectacle de théâtre gestuel de Georgina Vila Bruch qui joue également seule sur scène avec les démons et fantômes de son personnage.

"Hier arrive bientôt" de Georgina Vila Bruch © Quévin Noguès "Hier arrive bientôt" de Georgina Vila Bruch © Quévin Noguès

Un corps abandonné sur scène sur un triste tapis s'éveille peu à peu malgré lui-même. Une femme au regard de clown, à la tête et aux idées empoussiérées lutte contre l'hier.

Sous le regard médusé d'un public de tous âges, humour burlesque et drame profond se manifestent en même temps à travers la prise de vie du corps d'un personnage qui tente de dépasser son seul statut de marionnette pour retrouver une vie pseudo normée autour d'un homme à accueillir à la maison et d'une table dressée avec la dextérité de tout un corps intégralement dévolu. La comédienne et contorsionniste Georgina Vila Bruch fait de son corps un outil au service du récit qui se développe au fil d'une réappropriation de son personnage. De la marionnette articulée où le corps devient un poids infini pour une âme écrasée littéralement par la traumatisme d'un passé plombé par la mort et l'absence, le personnage de clowne pas drôle mais qui fait rire par l'énergie qu'il déplace pour s'affirmer dans la vie à l'égal d'un Charlot, redevient peu à peu humain après avoir convoqué à la lueur de sa prise de conscience sa propre histoire. Le corps de ce personnage qui déambule et lutte comme il peut dans un espace intérieur réduit est mis à rude épreuve. Au fil de ses chorégraphies, se joue la difficulté pour cette femme de trouver sa place dans le monde vivant humain en singeant les codes de la normalité vis-à-vis du public auquel elle offre son histoire. L'espace intérieur de son foyer marqué par une profonde absence (un mari, un enfant...) devient un lieu d'enfermement total sans issue où la folie est le voisin immédiat avec lequel le dialogue est d'abord le plus aisé.
Georgina Vila Bruch réussit à raconter une histoire de deuil et d'enfermement avec quelques éléments épars du quotidien et son corps qui épouse parfaitement les enjeux de la scène de théâtre : une paire de chaussures masculines qui arrive au rythme de la musique brésilienne avec encore du sable de ce lointain exotique, une veste qu'elle habite de sa propre âme... Dépression, folie, deuil profond et toutes les ressources d'une identité qui tente de reprendre pieds dans le réel sont convoqués dans ce récit touchant, d'une subtilité qui évacue tout mélodrame gratuit. La construction de la mise en scène de Georgina Vila Bruch semble nourrie d'une longue recherche pour que le théâtre, le contorsionnisme circassien et l'écriture du récit d'un enfermement au féminin puisse s'épouser parfaitement en une même osmose. Telle est la force de ce récit de réussir à interroger à chaque instant l'altérité que chacun possède en lui et qui en certains cas tragiques peut mettre à mal l'intégrité même d'un individu. Une fantastique traversée d'une histoire de vie où un corps renaît de sa poussière !

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