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Billet de blog 8 octobre 2024

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Berck-sur-Mer 2024 : "La Fille aux allumettes" d'Aki Kaurismäki

Une jeune femme, ouvrière dans une usine d'allumettes, exploitée par ses parents, espère trouver son prince charmant qui l'emmènera vivre d'autres horizons.

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Illustration 1
La Fille aux allumettes Tulitikkutehtaan tyttö d'Aki Kaurismäki © DR

Film de la section Aki Kaurismäki de la 20e édition de Cinémondes, Festival International du film Indépendant de Berck-sur-Mer 2024 : La Fille aux allumettes d'Aki Kaurismäki

Avec sa mise en scène unique faite d'une économie de paroles et de mouvements de caméra, pour mieux se concentrer sur l'incarnation des interprètes qui en dit davantage sur la situation sociale de leur personnage que tout discours, Aki Kaurismäki adapte librement le célèbre conte de l'auteur danois Hans Christian Andersen sous l'angle de la lutte contre l'exploitation du prolétariat ainsi que des femmes.

Dans le rôle du personnage éponyme, Kati Outinen, l'actrice complice du cinéaste sur de très nombreux films comme d'ailleurs une grande partie des interprètes présents dans ce film également, compose un personnage mutique passant de la candeur à la révolte personnelle contre un ordre social injuste où l'exploitation se fait de la famille au futur prétendant prédateur sexuel décomplexé jouissant de son statut d'homme et de classe. Le seul personnage positif est le frère de la jeune femme, aux allures de rocker à la manière du cinéaste lui-même. La protagoniste ne peut également ni compter sur le soutien sororal durant le bal comme dans l'usine : le film démontre l'impossibilité de faire révolution faute de collectif et la solitude est d'ailleurs un trait récurrent des films d'Aki Kaurismäki qui démontre ainsi la difficulté de porter des revendications sociales.

La mise en scène documentaire et didactique de filmer la machine en ouverture du film s'inscrit pleinement dans le regard critique du travail à la chaîne de Chaplin dans Les Temps modernes (Modern Times, 1936) tout autant que dans La Classe ouvrière va au paradis (La classe operaia va in paradiso, 1971) d'Elio Petri où les trois films confinent au même constat : le travail à la chaîne rend fou ! Les machines représentant ainsi la soumission de l'individu à une production économique dont la majorité ne jouit pas des bénéfices. Avec un humour sarcastique doux-amer propre à Kaurismäki, la mise en scène réinvente le burlesque avec un rythme qui n'est plus celui de Chaplin, bien au contraire, alors que la lenteur vient décrire une longue et profonde maturation des personnages. Le film est d'une redoutable efficacité en offrant une lecture personnelle d'Aki Kaurismäki sur le sens des luttes contemporaines du prolétariat.

La Fille aux allumettes [trilogie du prolétariat]
Tulitikkutehtaan tyttö
d'Aki Kaurismäki
Fiction
69 minutes. Finlande, Suède, 1990.
Couleur
Langue originale : finnois

Avec : Kati Outinen (Iris), Esko Nikkari (le beau-père d'Iris), Elina Salo (la mère d'Iris), Vesa Vierikko (Aarne, l'amant d'Iris), Reijo Taipale (le chanteur), Silu Seppälä (le frère d'Iris)
Scénario : Aki Kaurismäki, librement inspiré du conte La Petite Fille aux allumettes (1845) d'Hans Christian Andersen
Images : Timo Salminen
Montage : Aki Kaurismäki
Musique : Badding Rockers, Reijo Taipale
Son : Jouko Lumme
Assistant réalisateur : Pauli Pentti
Décors : Risto Karhula
Costumes : Tuula Hilkamo
Scripte : Malla Hukkanen
Production : Katinka Faragó, Aki Kaurismäki et Klas Olofsson
Sociétés de production : Villealfa Filmproductions, Svenska Filminstitutet (SFI)

Sortie salles (France) : 2 mai 1990

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