Un hommage juste ou juste un hommage à Blade Runner ?

En 2049, une nouvelle génération de réplicants a été conçue pour répondre docilement aux ordres humains. K, réplicant Blade Runner qui traque et détruit les réplicants rebelles, découvre qu’une réplicante quelques décennies plus tôt a réussi à enfanter.

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve © Sony Pictures "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve © Sony Pictures

Sortie Blu-ray / DVD : Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve

Contrairement au film Alien de Ridley Scott, Blade Runner, l’autre film de science-fiction devenu culte n’avait eu droit à aucune suite ou prequel. Compte tenu de la manie hollywoodienne d’exploiter les succès des années 1980 depuis plus de dix ans, il n’est pas surprenant de voir cette nouvelle version qui n’est autre que la suite, comme le précise la mention en sus du titre initial : 2049 signifie que l’histoire se poursuit 30 ans après les événements du premier film. Les prequel ont tellement été exploités ces derniers temps que le concept de la suite est devenu paradoxalement révolutionnaire, à l’heure où le cinéma est en quête de fausses originalités. En effet, la fin du premier était tellement mystérieuse, que proposer une suite pouvait constituer un crime de lèse majesté : offrir un avenir au récit initial risquait d’effacer le tant appréciable goût de mystère. Il se trouve que le film de Denis Villeneuve est extrêmement conscient du respect qu’il doit au film culte, à tel point que la fidélité dont il fait preuve à celle-ci frise parfois la dévotion aveugle, quitte à faire de son film la réplique (le réplicant) de celui-ci. Or, le réplicant est un être dépourvu d’âme et c’est ce dont souffre à plusieurs reprises le film de Villeneuve qui manque d’un scénario un peu plus étoffé pour surprendre et surtout entrer véritablement dans la réflexion philosophique concernant l’humaine condition. Ce qui n’empêche pas Denis Villeneuve de réussir un véritable et profond hommage au film de Ridley Scott sans pour autant proposer au spectateur contemporain une nouvelle réflexion du monde actuel où les problématiques transhumanistes auraient pourtant trouvé totalement leur place. On peut en revanche saluer l’ambition de ce blockbuster qui se traduit par une lenteur rare dans ce type de production, là encore respectueuse de l’œuvre originale. C’est une gageure de la part du réalisateur qu’il faut saluer, de même un final qui ne sacrifie en rien aux codes des traditionnels films d’action balisés. Denis Villeneuve réussit sa déclaration d’amour cinématographique sans pour autant offrir une renaissance contemporaine à la mythologie Blade Runner.
L’originalité du scénario se situe dans le destin inaccompli d’un héros masculin enfermé dans l’ADN des héros masculins cinématographiques qui le précèdent et qui ne peut à ce titre communiquer avec les femmes. Dès lors, la femme est un objet de désir inaccessible qui prend la forme d’un hologramme d’épouse au foyer soumise ou bien de responsable hiérarchique intouchable. Le héros masculin tout droit issu du polar dans une généalogie où il serait aisé de retrouver l’ombre d’un certain Humphrey Bogart en détective en imperméable, est un homme écrasé par ses désirs qu’il ne peut jamais incarner, à tel point qu’à plusieurs reprises des images de femmes gigantesques représentant des fantasmes sexuels masculins, qu’il s’agisse d’hologrammes publicitaires ou de statues d’un autre âge, viennent réduire à peu de chose dan un élan éminemment castrateur son désir de puissance et de jouissance. On comprend dès lors que pour le héros masculin l’ultime affrontement se fait avec une femme. C’est là aussi une originalité de scénario à souligner puisque plutôt rare, même si elle fait écho à l’audace iconoclaste d’un Nicolas Winding Refn détruisant le sex symbol émanant de son acteur Ryan Gosling symbole de virilité dans son Only God forgives (2013) qu’il avait pourtant contribuer à faire émerger dans Drive (2011). Un film qui propose ainsi une réflexion sur la modernité d’une masculinité incapable d’aimer à l’ère du numérique où l’amour est au bout du clic : il faut être réplicant pour croire à un tel rêve !

 

 

blade-runner-2049
Blade Runner 2049
de Denis Villeneuve
Avec : Ryan Gosling (l’officier K du LAPD / Joe), Harrison Ford (Rick Deckard), Ana de Armas (Joi), Sylvia Hoeks (Luv), Robin Wright (la lieutenante Joshi), Mackenzie Davis (Mariette), Carla Juri (Dr Ana Stelline), Lennie James (M. Cotton), David Bautista (Sapper Morton), Jared Leto (Neander Wallace, le fabricant de réplicants), Mark Arnold (le robot interrogateur), David Dastmalchian (Coco), Barkhad Abdi (Doc Badger), Hiam Abbass (Freysa), Wood Harris (Nandez), Edward James Olmos (Gaff), Tómas Lemarquis (l'employé de Luv)
USA, Royaume-Uni, Canada , 2017.
Durée : 163 min
Sortie en salles (France) : 4 octobre 2017
Sortie France du DVD : 14 février 2018
Format : 2,40 – Couleur
Éditeur : Sony Pictures
Bonus :
« Concevoir le monde de Blade Runner » (HD - 21’52” - VOST)
« Blade Runner 101 » : 6 documentaires inédits (HD - 32’14” - VOST)
« De 2019 à 2049 », 3 courts métrages (HD - VOST) :
« 2022 : Blackout » (15’43”)),
« 2036 : Nexus Dawn » (6’30”)),
« 2048 : Nowhere To Run » (5’47”)

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