Cannes 2021, sélection ACID - «Soy libre» de Laure Portier

Sur près d’une décennie la réalisatrice Laure Portier filme son frère Arnaud et l’interroge sur un chemin entre la France, l’Espagne et le Pérou où sa certitude principale est son désir d’être libre.

"Soy libre" de Laure Portier © Perspective Films "Soy libre" de Laure Portier © Perspective Films
Programmation ACID au festival de Cannes 2021 : Soy libre de Laure Portier

Que peut le cinéma ? Tout ! Et en l’occurrence, créer autant une histoire que l’accompagner comme le démontre avec la subtile intelligence de sa mise en scène réduite à l’essentiel, Laure Portier dans ce premier long métrage tourné tout au long des années 2010. La réalisatrice possède une foi profonde dans la capacité du présent à raconter des histoires d’une profonde densité. Dès lors, inutile de se plonger dans le passé à travers des archives pour saisir l’histoire qui se joue au présent.

En filmant son frère au fil des ans, seul devant sa caméra en plan-séquence et en l’interrogeant dans son rôle assumé de grande sœur bien plus que de réalisatrice même si c’est elle qui filme et conçoit ses images en toute indépendance, Laure Portier offre à voir et à penser une trajectoire de vie. Au centre de l’image, l’existence d’Arnaud s’écrit dans un mouvement permanent qui le conduit à changer de pays, comme à marcher dans un cadre désertique avec un scooter volé qui refuse de démarrer. De la juxtaposition de toutes ces séquences, Laure Portier transcende pleinement le traditionnel film de famille pour en faire une œuvre cinématographique capable de partager un regard politique sur le monde d’aujourd’hui. Nul regard voyeur ici puisque le protagoniste Arnaud assume sa mise en scène avec le regard aimant de sa grande sœur qui cherche sans cesse à stimuler chez lui son désir d’écrire sa propre histoire. C’est là que les dessins d’Arnaud qui rythment le film jusqu’à son dénouement, prennent toute la force d’une expression tournée vers l’extérieur avec toute une sensibilité assumée.
Laure Portier poursuit avec Soy libre l’exploration documentaire du récit familial qu’elle avait mené dans son moyen métrage Dans l’œil du chien (2019) où elle mettait en scène l’adieu à sa propre grand-mère. Et entre les deux films se situe au cœur de Soy libre une séquence poignante qui enracine durablement Arnaud dans sa propre généalogie.
La force du cinéma de Laure Portier est de savoir sans cesse positionner sa caméra au bon endroit en s’emparant et en assumant sa propre place en tant qu’individu qui continue à vivre de manière active avec les personnes qu’elle filme. La liberté affichée par son frère et dont Laure Portier en fait son propre porte étendard à travers le choix de son titre, s’acquiert et se conquiert sans cesse en allant dépasser des frontières d’une vie qui semblait condamnée d’avance comme au sein des quatre murs d’une prison. Dès lors, si la vie est ailleurs pour Arnaud alors qu’elle est sans cesse ici et maintenant pour sa sœur, la résolution de ce dialogue fraternel se situe dans l’affirmation forte que la vie crée à chaque instant de l’ailleurs.

 

 

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Soy libre
de Laure Portier

Documentaire
78 minutes. France, Belgique, 2021.
Couleur
Langues originales : français, espagnol

Scénario : Laure Portier
Images : Laure Portier
Montage : Xavier Sirven
Musique : Martin Wheeler
Son : Mikaël Barre
Production : Perspective Films
Coproduction : Need Productions
Productrice : Gaëlle Jones

Contact :
Perspective Films
12 Rue Calmels
75018 Paris France
+ 33 (0)9 73 64 60 87
contact@perspectivefilms.frperspectivefilms.fr

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