Cédric Lépine
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Billet de blog 9 sept. 2019

Entretien avec Camille de Casabianca, réalisatrice du film "Ça marche !?"

Le nouveau film documentaire de Camille Casabianca "Ça marche !?" sort en salles en France à partir du mercredi 11 septembre. Une opportunité pour parler avec elle des enjeux de son film où elle a suivi les militants du parti au pouvoir "En Marche" en 2018 autour de la pré campagne pour les élections européennes.

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Camille de Casabianca © DR

Cédric Lépine : En dehors de l'accord officiel venant de la direction du parti, quelle présentation de votre documentaire avez-vous fait auprès des personnes que vous avez filmées, des militants comme des autres ?
Camille de Casabianca : Nous avons fait deux projections en juin pour présenter le film aux personnes filmées. Comme c’est la règle, tous avaient signé des accords individuels qui ont permis de faire le long métrage indépendant que je souhaitais.
C. L. : Avez-vous partagé vos opinions politiques sur le tournage ou bien avez-vous décidé de vous l'interdire pour conserver une hypothétique « neutralité » du regard de la caméra ?
C. de C. :
Vous avez raison, je ne crois pas qu'il y ait de « neutralité » du cinéaste. Les personnes qui suivent mon travail depuis le début retrouvent dans Ça marche !? le ton personnel de mes autres films.
Dans l'histoire du cinéma, il y a eu beaucoup de films sur des campagnes électorale (certains cultes comme sur Kennedy ou Giscard) mais très peu sur des mouvements ou des partis. Pourquoi ? Parce qu'en général ces derniers se méfient et n'accordent pas d'autorisation de tournage.
Sur le tournage, je ne suis pas intervenue dans la vie des Marcheurs. Comme je le souhaitais, ils m'ont permis d'être présente. Je suis restée discrète et j'ai eu une liberté totale.
C. L. : Comment se sont décidées les séquences à tourner ?
C. de C. :
Résumer En Marche en une heure et demie n'était pas évident. Quand je suis arrivée, j'ai été témoin de nombreux ateliers qui menaient des expériences dans tous les domaines, ça allait de la formation professionnelle à l'écologie en passant par le yoga. Mais, assez vite, un thème m'est apparu et il résume l'ADN d'En Marche, c'est l'Europe.
Par ailleurs, il était évident pour moi qu'il fallait tourner dans tout le pays. J'ai l'impression d'avoir fait un film davantage sur un mouvement de fond de la société française que sur un parti politique. Et la France, ce n'est pas (que) Paris.

Ça marche !? Bande-annonce VF (2019) Camille de Casabianca © Bientôt au Cinéma


C. L. : La figure d'Emmanuel Macron est à la fois omniprésente (En Marche porte ses initiales) et absent : vous n'avez pas incorporé ses interventions ni fait d'entretien avec lui. Cela signifie-t-il qu'il ne doit pas être considéré comme un leader dans la mobilisation des militants d'En Marche ?
C. de C. : Dans mon travail, j'alterne films de fiction et cinéma direct. Pour moi, il n'y a pas de différence, on raconte une histoire. Du coup, il n'y a pas d'interview ni de commentaire.
Ce mouvement de fond de la société française, les gens, à l'extérieur, ne s'en rendent pas forcément compte parce qu'il est beaucoup question du président de la République, c'est normal, et parce qu'il y a très peu d'images d'En Marche. Ils se focalisent sur le Président (tout le monde veut le rencontrer, soit pour obtenir des faveurs, soit pour lui donner des conseils ou encore pour l'attaquer). Constater cette tendance à réduire la politique à un seul homme – et les autres ? tous des faire-valoir qui suivent ? – a renforcé mon envie de suggérer aux spectateurs que ce Président est aussi le produit direct d'une société qui bouge et qui a besoin de se renouveler.
C. L. : Qu'est-ce qui anime et mobilise les militants d'En Marche ?
C. de C. :
On le voit dans le film, le désir de s'emparer de la politique après avoir été déçus par les partis traditionnels, le désir de changer les codes, de faire exister davantage la vie citoyenne.
C. L. : Comment avez-vous vu apparaître En Marche et qu'est-ce qui vous intriguait dans ce mouvement ?
C. de C. : Fin 2016, par pur hasard, j’occupais un bureau dans un immeuble parisien dans lequel étaient aussi installés, provisoirement, les jeunes Marcheurs. On se croisait dans le hall ou le jardin, on a commencé à sympathiser. Dans leur rapidité, leur fougue, je voyais du cinéma. Du romanesque. Ma motivation était une attirance cinématographique pour du neuf, qui bouge, qui élabore.
C. L. : Vers la fin du film alors que les mouvements des gilets jaunes apparaissent, les militants d'En Marche considèrent qu'il s'agit d'un mouvement citoyen similaire : avec le recul, quel constat faites-vous à ce sujet ?
C. de C. :
Avant les gilets jaunes, 315 députés, dont l’immense majorité naissait en politique, ont balayé les anciens. Les relations entre les gens changent, l'enseignement à l'école et en fac change, le rapport des gens à leur santé, à leur corps, les relations au travail, tout change, mais les institutions ne changent pas. Il est donc normal qu'il y ait des secousses violentes et c'est très bien, elles font avancer.
J'ai entendu des Marcheurs penser qu'il fallait faire de l'Élysée un musée et installer la Présidence dans des locaux plus fonctionnels. Ceci est un détail, mais révélateur.
Maintenant, tout cela est fragile, il me semble qu’il faut un petit peu plus de recul pour voir ce qu’il va se passer.
C. L. : Quels dialogues s'opèrent entre vos deux films Ça marche !? et C'est parti ? Une décennie plus tard, la société, la politique et l'implication politique des citoyens a-t-elle notablement changé ?
C. de C. : Oui, la société a changé et change à un rythme qui s’accélère.
Avec C’est parti, le monde politique, de la droite à la gauche, trouvait Olivier Besancenot « très sympathique », peut-être parce que l’enjeu était limité. Ici, traitant d'un mouvement au pouvoir, la mise en place du film est, comment dire, « délicate » (rires) ! Mais j'assume.
"Ça marche !?" est loin d’être mon premier long métrage et la sortie des films à beaucoup changé en dix ans. Le cinéma indépendant lutte pour exister face aux films américains, et heureusement les spectateurs arrivent à trouver le chemin des salles qui le propose ! On compte sur eux pour qu’ils viennent se faire leur propre idée d’En Marche.

Ça marche !?
de Camille de Casabianca

Documentaire
91 minutes. France, 2019.
Couleur
Langue originale : français
Scénario : Camille de Casabianca
Images : Camille de Casabianca
Montage : Sandie Bompar
Son : Camille de Casabianca
Production : FELIX Films (Patrick Blossier), Archipel 35 (Denis Freyd)
Distributeur (France) : Dean Medias

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