L'Europe à la dérive dans sa politique d'exclusion

Dans un grand immeuble désaffecté de Bruxelles, des réfugiés des pays de l'Est, du Moyen-Orient et d'Afrique séjournent, le temps d'un refus de papier ou d'une tentative de suicide ou de passage clandestin pour l'Angleterre.

"Problemski Hotel" de Manu Riche © Wayna Pitch "Problemski Hotel" de Manu Riche © Wayna Pitch

Au sujet de l'édition DVD : Problemski Hotel de Manu Riche

Avant d'écrire La Merditude des choses (2006) adapté au cinéma en 2009 par Felix van Groeningen, Dimitri Verhulst avait écrit Problemski Hotel en 2003, alors que les centres d'accueil étaient encore un sujet tabou. Dix ans plus tard, le réalisateur Manu Riche décide de l'adapter au cinéma sous la forme d'un récit de fiction surréaliste. Le film épouse alors la réalité contemporaine de la « crise migratoire » et les décisions pour accueillir ou non accueillir les migrants. Dans cet immeuble désaffecté qui avait servi auparavant de banque sous l'insigne BNP, on parle plusieurs langues et diverses origines se croisent parmi les réfugiés. Quant aux fonctionnaires belges chargés de l'accueil, ils sont tous déconnectés de la réalité, souhaitant fuir la réalité plutôt que d'accepter de jouer un semblant d'harmonie. Ainsi, une responsable ne cesse de déambuler avec des écouteurs sur les oreilles en marche à pied accélérée parmi les longs couloirs de l'immeuble, une psychologue se met à danser en plein entretien, un sapin de Noël doit être juché sur le toit alors qu'il ne passera pas les escaliers ni l'ascenseur... Les situations sont globalement surréalistes et tout en étant pleinement ancrées sur la base d'un point de vue documentaire de la réalité sociale. Le constat le plus criant c'est l'irresponsabilité des pays d'accueil quant aux réfugiés qui ont fui les pires drames dans leurs pays d'origine et cet hôtel est une métaphore de l'ensemble de l'Europe dans ce contexte politique. Le film suit le point de vue d'un personnage principal, Bipul, réfugié qui a perdu la mémoire en même temps que ses papiers mais parce qu'il est polyglotte, il est devenu l'interprète officiel des autres réfugiés dans ce centre d'accueil. Il est un personnage clé qui permet de découvrir les différentes histoires humaines du lieu comme s'il en était l'âme dudit lieu. Cela ne l'empêche pas d'être incarné et de vivre une histoire amoureuse qui va le mettre en face de ses propres contradictions. Plutôt qu'un brûlot politique face à une réalité sociale, Manu Riche pour son premier long métrage de fiction après plusieurs documentaires sur des thèmes de la réalité belge, livre une fable métaphorique sur l'état de l'Europe qui a perdu ses valeurs d'humanisme et se retrouve totalement à la dérive. Les réfugiés se retrouvent alors dans ce centre d'accueil comme un bateau à la dérive sur une eau incertaine en espérant prochainement toucher terre. La métaphore est assez réussie comme la mise en scène qui offre une place aux divers personnages secondaires et ses problématiques propres. Un film qui fait vivre l'absurdité du monde actuel en matière de non liberté des êtres humains à franchir des frontières tandis que les marchandises, elles, puisqu'elle génèrent du profit, continuent à circuler sans limites.

 

 

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Problemski Hotel
de Manu Riche
Avec : Tarek Halaby (Bipul), Gökhan Girginol (Mahsun), Evgenia Brendes (Lidia), Lydia Indjova (Martina), Kristien De Proost (Annick), Ilyas Mettioui (Shaukat), Gorges Ocloo (Olugbenga), Jean-Benoît Ugeux (le psy), Pieter Verelst (Wim), Michael Cambier, Carlo Ferrante, Jean-Claude Soetens
Belgique, France, 2017.
Durée : 107 min
Sortie en salles (France) : 29 novembre 2017
Sortie France du DVD : 18 septembre 2018
Format : 2,35 – Couleur
Langues : anglais, russe, arabe - Sous-titres : français.
Éditeur : Wayna Pitch
Bonus :
Making of

 

 

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