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Billet de blog 10 août 2025

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FIFI 2025 : "Le Loup de Tancarville" de François-Régis Jeanne

Un homme gérant avec une main de fer et non sans cruauté son entreprise, se retrouve frappé par une quinte de toux au moment de sa retraite. Un magnétiseur lui annonce alors qu'il n'a d'autre alternative que de traverser le pont de Tancarville ou bien de mourir dans six mois.

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Illustration 1
Le Loup de Tancarville de François-Régis Jeanne © Stranger Film

Court métrage en compétition de la 11e édition du Festival international du film insolite de Rennes-le-Château, de la haute vallée de l'Aude et du Limouxin 2025 : Le Loup de Tancarville de François-Régis Jeanne

Dans un Noir & blanc atemporel, ce récit fantastique adapté d'une histoire vraie se confronte à des mythologies contemporaines en sollicitant la mise en scène d'un film noir. Là encore, le court métrage s'inscrit dans une exploration des parts d'ombres chez des hommes qui ont le contrôle total de leur monde que François-Régis Jeanne a développé notamment avec les making of Qui veut la peau d'Olivier Marchal? (2005) et Fucking Kassovitz (2011). Ainsi, cet étrange mal de cet homme d'affaire tyrannique qui laisse son business à sa fille avec non moins de violence à son égard, vient certainement questionner un chemin de vie où le corps finit par se rebeller. Par là aussi et avec l'atmosphère d'un film noir flirtant avec le fantastique, il est ici question de foi, dans le contexte d'une crise où le patriarche finit par rendre concrètement insupportable la vie des trois femmes qui l'entourent : sa fille, sa campagne et sa mère. La foi au cartésianisme du capitalisme sauvage est ainsi mis en balance face à la menace de mort avec la foi en un miracle possible inattendu, offert de la main d'une victime du management inhumain du Loup.

En parallèle de l'histoire du fameux Loup, François-Régis Jeanne met en scène l'histoire d'un père inspecteur et de sa fille initiée au kung fu, comme une relation de relation de transmission filiale qui vient soigner la transmission toxique du héros éponyme. Le mal dont souffre ledit loup suivrait ainsi un chemin de réaffiliation humaine et de territoire sur un espace magique de transition, le tout à partir de la renaissance d'un homme qui a subi les foudres du capitalisme (par son licenciement) et qui a découvert une nouvelle naissance en assumant un pouvoir de magnétiseur qui l'enracine à un espace géographique comme inscription curative quotidienne.

Ainsi Le Loup de Tancarville remet en cause à travers les codes du film de genre la violence sans contradiction de l'esprit de management entrepreneurial déconnecté du bien-être humain au profit d'une réinscription locale comme source de résurrection fantastique.

Illustration 2

Le Loup de Tancarville
de François-Régis Jeanne
24 minutes. France, 2017.
Noir & Blanc
Langue originale : français

Avec : Laurent Bateau (Henri Dewars, le Loup), Pierre Bihel (Jérome Biffault), Jonas Dinal (Didier, l'inspecteur), Aaliya Nadhoine (Kung Fu Princess), Tania Garbarski (Caroline Dewars), Sylvain Jouret (le rebouteux), Sélène Assaf (la pneumologue), Catherine Solignac Lecomte (la mère d'Henri), Salomé Talaboulma (Charline Dewars), André Tihy (le médecin)

Scénario : François-Régis Jeanne
Images : Sébastien Biget, Raphaël Dallaporta
Montage : Florent Vassault
Musique : Dan Danyelski
Son : Simon Jouteau, Renaud Perret, Colin Prum
1er assistant réalisateur : Hugo Duvergey
Cloriste : Youri Borg
Production : Nicolas Duval Adassovsky, Anne Gourdon
Société de production : Stranger Films

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