Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

3828 Billets

6 Éditions

Billet de blog 11 novembre 2024

Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

La Flûte de roseau (Mest) d'Ermek Shinarbaev

Un enfant est conçu et élevé par son père afin de venger l'assassinat de la fille de celui-ci. Devenu adulte, de Corée à la Russie extrême orientale, son parcours est fait de multiples rencontres le conduisant entre appréhension poétique du monde et le poids ancestral de la vengeance.

Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
La Flûte de roseau Mest d'Ermek Shinarbaev © Carlotta Films

Sortie Blu-ray : La Flûte de roseau d'Ermek Shinarbaev au sein du coffret « World Cinema Project »

Ce dernier film du coffret World Cinema Project est le plus récent mais se retrouve aussi dans la même dynamique d'être sauvé de l'oubli par la restauration dont il bénéficie autour d'une histoire méconnue mais lourde en conséquences pour des milliers d'êtres humains.

En toile de fonds de ce récit d'une production cinématographique kazakhe, il est question de la Corée du début du XXe siècle. Le film débute ainsi quelques siècles plus tôt dans ce que l'on peut considérer comme la Corée médiévale où un monarque a été élevé pour devenir un homme sanguinaire épris de pouvoir. Il se trouve que c'est là une introduction à un récit qui comporte plusieurs chapitres chronologiques autour d'un homme de milieu humble qui lui aussi comme le monarque a été élevé sous le signe de l'exercice de la violence.

Peu à peu le décor sociohistorique vient rappeler la déportation en 1937 sous ordre de Staline et Molotov de plus de 172000 Coréens et Coréennes soviétiques vers le Kazakhstan. Il est suffisamment rare qu'une telle violence de l'Histoire soit si peu évoquée à la fois dans l'histoire du monde tout autant que dans le cinéma kazakh pour qu'elle aboutisse à un film. Car cette déportation méconnue et ainsi méprisée par le pouvoir devient ici la raison d'être de ce film ambitieux par son souffle épique et poétique par son rapport à la fois à la nature et aux tragédies humaines sur la base d'une résilience profonde. La question de la vengeance qui était le titre initial du film original rappelle la nécessité de fermer les plaies du passé en le soignant plus qu'en provoquant d'autres blessures sur d'autres corps et populations.

Ermek Shinarbaev choisit de confier l'écriture du scénario au romancier Anatoli Kim dont les origines familiales coréennes viennent en outre largement inspirer le goût pour développer un récit aux multiples ramifications faites de mystères, de flirts doux avec le fantastique, du sens de la tragédie classique avec ce poids des générations précédentes sur les nouvelles pour perpétrer la violence destructrice. Si le scénario est l'ossature solide du film, le cinéaste a développé une mise en scène qui ne cesse de dialoguer avec le texte, rappelant même sa nature écrite avec une progression sous la forme de chapitres, tout en offrant un horizon plus large quasi mystique avec un art d'interroger la nature humaine dans la longue portée de sa destinée qui convoque le cinéma d'Andreï Tarkovski. Le rythme contemplatif associé à une véritable mise en scène du drame sous forme d'une tragédie qui est cependant moins inéluctable que ce qu'elle pourrait laisser supposer, offre un récit inédit capable de s'enraciner dans les diverses couches de l'histoire des populations du Kazakhstan.

Illustration 2

La Flûte de roseau
Mest
d'Ermek Shinarbaev
Avec : Aleksandr Pan (Sungu Tsai, le poète), Valentina Tyo (l'épouse de Yan Ge), Kasym Zhakibayev (le père de Sungu Tsai), Lyubov Germanova (Elza), Oleg Li (le vieux roi / le vieux moine), Zinaida Em (la mère de Sungu), Maksim Munzuk (le vieux Yan Ge), Yerik Zholzhaksynov (le roi jeune), Nikolai Tacheyev (le jeune Yan Ge), Oleg Fomin (Lyosha), Olga Yenzak (la vieille femme), Baiten Omarov (Mr. Gu), Pyotr Yan (le jeune Sungu), Juozas Budraitis, Chun Seb Pak, Kham Dek Lee, Khe Suk Tsoi, Khe Bon Tsoi, Galina Pak, Gennadi Lyui, Shakhan Musin, Yana Kan, Aleksandr Lee, Aleksandr Kim
Kazakhstan – 1989.
Durée : 99 min
Sortie en salles (France) : inédit
Sortie France du coffret Blu-ray : 15 octobre 2024
Format : 1,66 – Couleur
Langues originales : anglais, russe - Sous-titres : version française, audiodescription et sous-titres pour sourds et malentendants
Éditeur : Carlotta Films
Bonus :
Introduction de Martin Scorsese (HD, 1’48”, VOST)
« La Force de la poésie » : Rencontre avec Ermek Shinarbaev (2012, 29’45”, VOST)

Film inclus dans le coffret Blu-ray intitulé « World Cinema Project » comprenant :
BLU-RAY 1
Les Révoltés d’Alvarado de Fred Zinnemann et Emilio Gómez Muriel (Mexique, 1936, restauration 2K, N&B, 60’20”, VOST) 
Prisonniers de la terre de Mario Soffici (Mexique, 1939, restauration 2K, N&B, 87’, VOST)
BLU-RAY 2
La Loi de la frontière de Lütfi Ö. Akad (Turquie, 1966, restauration 2K, N&B, 76’35”, VOST)
La Femme au couteau de Timité Bassori (Côte d’Ivoire, 1969, restauration 4K, N&B, 78’12”, VF)
BLU-RAY 3 & 4
Huit coups mortels de Mikko Niskanen, en 4 parties (Finlande, 1972, restauration 4K, N&B, 327’, VOST)
BLU-RAY 5
Muna moto de Jean-Pierre Dikongué-Pipa (Cameroun, 1975, restauration 4K, N&B, 90’, VF)
Transes d'Ahmed El Maanouni (Maroc, 1981, restauration 2K, Couleurs, 89’16”, VOST)
BLU-RAY 6
La Flûte de roseau d'Ermek Shinarbaev (Kazakhstan, 1989, restauration 2K, Couleurs, 99’41”, VOST)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.