Et l’animation devint adulte

Sur la planète Ygam, les Draags à la technologie avancée ont pour animaux domestiques des humanoïdes. Lorsque l’un de ces humanoïdes commence à s’intéresser à leur savoir, une nouvelle prise de conscience de l’humaine condition émerge.

"La Planète sauvage" de René Laloux © ARTE ÉDITIONS "La Planète sauvage" de René Laloux © ARTE ÉDITIONS

Sortie DVD : La Planète sauvage de René Laloux

En 1973, alors qu’Alejandro Jodorowski réalise, sans qu’il le sache encore, son dernier long métrage de la décennie intitulé La Montagne sacrée, film-monde d’une puissance métacinématographique autant que parapsychologique hors du commun, Roland Topor, qui fut avec lui l’un des fondateurs du mouvement Panique, signe une fructueuse collaboration avec le cinéaste René Laloux en œuvrant sur l’un des premiers longs métrages d’animation français intitulé La Planète sauvage. C’est bien la rencontre de Laloux et de Topor qui fait de ce film une œuvre culte ayant traversée le temps. Marqué par une époque où le devenir de la civilisation est radicalement remis à plat, comme l’illustre le succès public de la saga La Planète des singes où il est également question d’êtres humains réduits à l’esclavage, La Planète sauvage marque les esprits et s’impose au festival de Cannes où le film remporte en 1973 le Prix spécial du jury. Le cinéma d’animation à prétention d’auteur était né, poursuivant la réflexion de l’avenir de l’humanité initiée en 1968 par Kubrick dans son 2001, l'Odyssée de l'espace. Le film est réalisé à partir de dessins sur papier découpé dans les studios du maître incontesté de l’industrie du cinéma d’animation en Europe : Jiří Trnka. L’histoire est une adaptation du livre de science-fiction Oms en série (1957) de Stefan Wul, sur un scénario de Roland Topor et René Laloux. La puissance de l’œuvre repose beaucoup sur tout l’univers contextuel de la faune et la flore de ladite planète sauvage, qui est d’autant plus inquiétante pour les minuscules humanoïdes qui semblent sans défense. C’est dans cet univers qu’une nouvelle humanité est contrainte, sous l’assaut d’une politique esclavagiste puis exterminatrice des « Sages » plénipotentiaire de la planète, de s’inventer une nouvelle destinée. Ce film est une ambitieuse science-fiction où se reflètent toutes les contradictions d’une civilisation contemporaine accumulant une somme de savoirs et de compétences comme jamais auparavant et qui poursuit en même temps sa politique de prédation destructrice : les années 1970 sont entachées des massacres perpétrés au Vietnam comme dans les différentes dictatures en Amérique latine.
L’imaginaire qui traverse ici toute l’animation offre enfin au cinéma d’animation sa pleine maturité en se délivrant du poids étouffant du réalisme qu’a imposé notamment l’industrie idéologique disneyenne jusqu’à nos jours encore à l’ère du numérique. La Planète sauvage réalise une fusion réussie avec l’univers de l’inquiétante étrangeté de l’humanité selon Max Ernst et Jérôme Bosch. La révolte de Spartacus n’est pas non plus très loin dans le parcours du personnage principal appelé à réveiller les consciences dans l’esprit d’esclaves endormis sur leur propre condition.
En bonus de cette édition, on trouve les trois courts métrages qui ont précédé la réalisation du long et où s’est développée la collaboration entre Topor et Laloux afin de comprendre l’émergence de La Planète sauvage.

 

 

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La Planète sauvage
de René Laloux
France, Tchécoslovaquie – 1973.
Durée : 68 min
Sortie en salles (France) : 6 décembre 1973
Sortie France du DVD : 7 juin 2017
Format : 1,66 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : français.
Éditeur : ARTE ÉDITIONS
Bonus :
« La Planète sauvage, une œuvre singulière » : interview de Laurent Valière (16’30”)
« Laloux sauvage » : documentaire (26’)
3 courts-métrages de René Laloux :
Les Dents du singe (1960 - 11’07” - DD2.0mono - 1.33 - 4/3)
Les Temps morts (1964 - 9’46” - DD2.0mono - 1.33 - 4/3)
Les Escargots (1965 - 10’47” - DD2.0mono - 1.33 - 4/3)

Galerie de dessins de Roland Topor (71)
Galerie de peintures de René Laloux (50)

lien vers le site de l’éditeur

 

 

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