La préadolescence ou le drame de la normalité

Fille et petite-fille de sorcière, Verte n’a pas encore mis en pratique les talents héréditaires. Sa mère s’en alarme d’autant plus que Verte affirme un penchant certain pour la normalité ! Face au drame générationnel de l’impossible communication, la grand-mère a encore un rôle déterminant à jouer.

À propos de l’album Verte de Marie Desplechin et Magali Le Huche

Avant Le Journal d’Aurore, Marie Desplechin avait écrit le roman Verte, édité en 1996 à L’École des Loisirs. Dans cette nouvelle édition Rue de Sèvres, l’auteure s’est associée avec Magali Le Huche pour offrir une présence physique sous la forme d’un dessin à son héroïne éponyme. Vingt ans sépare la première édition de la présente, et l’histoire est toujours d’une fraîche actualité. Verte est à l’âge qui précède celui d’Aurore et l’on sent chez les deux une véritable détermination à se confronter avec ses parents pour prendre entre ses mains l’identité qu’elle recherche. Verte et Aurore ont également en commun une relation privilégiée avec une grand-mère, véritable relation familiale alternative lorsque la relation mère/fille est au bord de l’implosion. La sorcellerie n’est ici qu’un prétexte pour représenter les enjeux de la transmission des valeurs d’une génération à une autre. La mère de Verte est une célibataire qui a porté avec force et conviction l’éducation de sa fille mais à 11 ans, c’est le moment de la confrontation brutale : les goûts de Verte ne sont pas forcément ceux de sa mère qui considère sa fille rien moins que commune, conservatrice voire rétrograde. Au final, la grand-mère prend une place déterminante dans cette histoire, réussissant à établir un dialogue avec sa petite-fille là où celle-ci s’était détachée de sa mère. Dès lors, le calme de Verte rejoint l’apaisement de sa grand-mère, facilitant la compréhension, alors que la mère est une boule d’énergie progressiste impatiente de voir changer le monde. Marie Desplechin accentue le besoin élémentaire chez une préadolescente de ne désirer rien de plus que d’être bassement commune, de se fondre dans la masse. L’histoire est simple, peut-être un peu trop pour ceux qui aurait attendu une complexité dans les relations intergénérationnelles et les problématiques propres à l’adolescence, mais cette simplicité se prête bien à l’intention initiale de cette histoire : dédramatiser cette période nouvelle dans la relation mère/fille. Magali Le Huche, côté dessins, se prête complètement aux enjeux du récit, portant son attention dans le caractère des personnages, limitant ses décors aux enjeux de l’action dans un choix de traits d’une grande discrétion.

 

couv-verte-ok-bdef
Verte
de Marie Desplechin (auteure) et Magali Le Huche (illustratrice)

Nombre de pages : 72
Date de sortie (France) : 22 mars 2017
Éditeur : Rue de Sèvres

lien vers le site de l’éditeur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.