Au sein de l'actualité cinématographique du festival de Cannes, Audrey Clinet, présidente de l'association EROÏN, vient présenter un programme de courts métrages exclusivement par des réalisatrices en leur présence le 16 mai 2015. Une opportunité pour présenter cette association et s'interroger comment est rendue possible la place des femmes dans l'univers majoritairement masculin du cinéma.

Audrey Clinet © DR Audrey Clinet © DR

Dans quels contextes social et cinématographique Eroïn est né ?

Je suis scénariste et réalisatrice. En 2012 je voulais que le premier court métrage que j’avais écrit, Parallèle, soit diffusé dans le cadre du Jour le Plus Court. Je me rends donc à une réunion d’informations Jour le Plus Court organisé par Sylvain Girault, à l’époque chargé de coordination du Collectif Prod et Sonia Jossifort, coordinatrice artistique du Jour le plus Court. Ils m’expliquent que les films doivent être inscrits à l’Agence du Court Métrage pour avoir l’opportunité d’être diffusé dans une projection Jour le Plus Court. Mais ils me poussent à organiser ma propre projection : finalement, c’est le but de cette initiative du CNC. J’avais donc un peu plus d’un mois pour trouver la salle et les films ! Il fallait que je mette en avant une « thématique », afin que je me distingue des autres projections. Je n’avais qu’une idée en tête, c’était de mettre en avant les réalisatrices que j’ai tout de suite appelé des héroïnes. Je me rendais à 3-4 projections de courts métrages par mois et c’était très rare que je vois un court métrage de réalisatrice. Pourtant, il y en a ! Et c’est d’ailleurs toujours le même constat que je fais aujourd’hui lorsque je suis en festival ou à une projection de courts métrages… Le 21 décembre 2012 naissait Eroïn à l’Élysées Biarritz avec 9 courts métrages de réalisatrices qui ont su me faire confiance pour cette première édition.

 

Quelles sont vos actions à l'année ?

Dans un premier temps, nous avons la grande soirée événement EROÏN qui est le rendez-vous annuel parisien lors duquel je présente les 9 sélectionnées de l’année. Ensuite, tout au long de l’année, je présente le catalogue via un échantillon de 4 ou 5 films à travers d’autres événements. Cela peut être un lieu, une autre projection partenaire, un festival, une chaîne de télévision.

 

Qui sont les personnes qui font vivre EROÏN ?

Depuis le début, je suis seule à faire vivre financièrement EROÏN. J’ai eu l'énorme chance d’avoir été accompagnée par quelques bénévoles et des structures partenaires qui m’ont aidée chaque année à mettre en place l'événement. Aujourd’hui, je peux dire qu’une équipe se met progressivement en place. J’ai le soutien de l’émission Libre Court de France 3 depuis décembre 2014. Pour cette quatrième année, j'espère vraiment que des partenaires financiers nous rejoignent. C’est en tous les cas les objectifs que je me suis fixée avant la fin de l’année.

 

Quelles seront vos actualités à Cannes ?

Grâce à l’association La Jeune Chambre Économique de Cannes, nous avons une projection le 16 mai à 16h30 à l’Hôtel Eden de Cannes. Ce sera l’occasion de découvrir 5 courts métrages labellisés EROÏN, ainsi que les réalisatrices qui m’accompagneront : Reality+ de Coralie Fargeat, film de science-fiction Audi Talent Awards 2013, I’m Your Man une comédie avec Vincent Macaigne de Keren Ben Rafael, C comme couteau une comédie dramatique d’Amandine Maugy, l’américain Bittersweet Sixteen de Clara Leac et l’anglo-espagnole Con buenas intenciones de Virginia Romero.

 

Quels sont pour vous les facteurs qui aboutissent à peu de longs métrages de réalisatrices ?

J’aimerais bien le savoir…Il y a deux ans au Festival de Cannes, la SACD avait organisé une rencontre avec Najat Vallaud-Belkacem, à l’époque Ministre des droits des femmes. La Ministre avait organisé un débat sur la question. Plusieurs réponses fusaient et notamment que cela était dû au fait que les hauts décisionnaires étaient des hommes. Mais l’élection de Delphine Ernotte [à la présidence du groupe France Télévision] nous montre que cela est en train de changer, alors patientons.

 

Les réalisatrices de courts métrages sont-elles plus représentées que les longs ?

Oui j’ai l’impression. Mais peut-être parce qu’il y a aussi plus de courts que de longs ? Donc le ratio est différent. Il y a aussi plus de facilité financière à réaliser un court qu’un long, moins de barrières à passer. Mais d’ailleurs cela aussi est en train de changer...

 

Y a-t-il ou non de la misogynie dans le cinéma français ?

Et oui il y a de la misogynie dans le cinéma français, mais je dirai qu’il y en a partout… J’ai parfois des réflexions concernant ma sélection, des hommes qui ne comprennent pas le concept de mettre en avant des réalisatrices. Ils trouvent cela sexiste (rires). Mais ils ne se rendent pas compte que c’est ce que ressentent constamment les réalisatrices quand elles regardent les sélections en festival ou les films à l’affiche. Et ce n’est pas forcément « voulu » c’est comme « ça ». J’ai plein d’anecdotes à rapporter comme l’ont fait dernièrement les journalistes dans leur manifeste "Bas les pattes" paru dans Libé. Un acteur un jour m’a dit : « je ne pensais pas qu’une réalisatrice pouvait parler de ce sujet ou tourner de cette façon ». Malheureusement, on pense qu’une réalisatrice ne sait que parler de problèmes de femmes, ce qui est archi faux et c’est ce que j’essaie de montrer dans ma sélection. Parler de « film de femme » c’est déjà rentrer dans la caricature et ça n’intéresse pas les hommes, et je les comprends. Avec ma sélection, j’apporte un souffle nouveau. Je fais très attention à choisir des films très différents. Il ne faut pas tomber dans l’extrême. Ce que je dis souvent, c’est que je ne mène pas un combat, mais j’œuvre pour la paix.

 

 

Quelles sont vos attentes à Cannes cette année en 2015 ?

Des partenaires solides, une exportation du concept à l'étranger et une marraine !

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