Entretien avec Paolo Moretti pour le festival de cinéma de La Roche-sur-Yon

Le festival international de cinéma de La Roche-sur-Yon se déroule pour sa dixième édition du 14 au 20 octobre 2019. Pour le présenter, Paolo Moretti, le délégué général de la manifestation, également délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs et directeur de la salle de cinéma Le Concorde de La Roche-sur-Yon, a accepté de répondre aux questions suivantes.

Paolo Moretti © DR Paolo Moretti © DR
Cédric Lépine : Quel est votre rôle en tant que directeur artistique du festival ?
Paolo Moretti :
Tout d’abord celui de concevoir le projet artistique dans son ensemble, ainsi que celui de chercher, visionner et sélectionner tous les films que nous présentons. Mais je suis également le délégué général du festival, et à ce titre je suis impliqué dans tous les choix d’organisation, de gestion et de développement. Charlotte Serrand, directrice artistique adjointe du festival, travaille avec moi sur la programmation et Antoine Heude, directeur adjoint de l’EPCCCY (l'Établissement public de coopération culturelle cinématographique Yonnais, la structure qui gère le festival), est en charge de l’organisation.


C. L. : Pouvez-vous rappeler le contexte dans lequel a été créé le festival ? Par qui et avec quelles intentions ?
P. M. : Un festival qui s’appelait “En Route vers le monde” existait depuis 2001 à La Roche-sur-Yon. Après un an d’interruption en 2009, la première édition du festival avec l’actuelle dénomination a eu lieu en 2010, impulsée par Yannick Reix, directeur de l’EPCCCY, et programmée par Emmanuel Burdeau. Je ne peux pas répondre pour mes prédécesseurs, mais j’imagine que l’intention était celle de construire un rendez-vous cinéphile de haut niveau dans une ville qui a toujours été particulièrement sensible au cinéma tout en lui donnant un rayonnement national grâce à la qualité de la programmation.


C. L. : Quelles ont été les grandes lignes d'évolution et de construction du festival au fil des années ?
P. M. : Le festival dirigé par Yannick Reix et programmé par Emmanuel Burdeau de 2010 à 2013 était un festival construit essentiellement autour d’hommages, rétrospectives et programmes thématiques, avec des invités prestigieux et un nombre restreint de nouveaux films sur l’ensemble de la programmation. Depuis 2014, et sans renoncer aux invités, aux hommages et aux rétrospectives, le focus du festival est celui de l’actualité cinématographique. Nous présentons environ une quarantaine de premières françaises et d’avant-premières, exclusivement de films qui n’ont pas eu la chance d’une exposition cannoise et qui sont apparus dans d’autres grands événements internationaux (Venise, Berlin, Toronto, Sundance, San Sebastian, Rotterdam).


C. L. : Quel est le lien entre La Roche-sur-Yon et le cinéma ? Manquait-il à cette ville une manifestation de cinéma ? La cinéphilie y est-elle développée ?
P. M. : La Roche-sur-Yon apparaît souvent dans les classements du CNC comme l’une des villes les plus cinéphiles de France. Il est donc naturel à mon sens d’imaginer un événement annuel qui puisse célébrer et fêter cette cinéphile en construisant un “point d’orgue” de l’année de cinéma, avec une grande densité de présentations en présence des équipes. Le public de La Roche-sur-Yon est particulièrement sensible aux nouveautés et demandeur de rencontres avec les équipes des films - que nous organisons par ailleurs tout le long de l’année au cinéma Le Concorde. Avec le Festival nous souhaitons permettre aux publics de découvrir des films et de participer à des rencontres qui ne sont pas souvent accessibles dans une ville de notre taille.


programme-2019
C. L. : Quel est le public du festival ?

P. M. : D’après une enquête que nous avons mené l’an dernier, environ 70% du public vient de La Roche-sur-Yon et de son agglomération. Les 30% qui restent viennent autant des villes limitrophes (Nantes, Angers, La Rochelle) que de Paris. Il est difficile d’identifier une tranche d'âge ou une typologie dominante car ça change beaucoup selon les films. Ce qui nous réjouit par ailleurs, car le projet était précisément celui de construire un festival qui sache s’adresser à tous les publics, du cinéphile acharné au spectateur occasionnel, en répondant ainsi à la mission de service public qui est confiée à l’établissement que je dirige et qui organise le festival.


C. L. : Comment est financée la manifestation ? Quels sont vos partenaires autres que financiers ?
P. M. : Le principal financeur est la ville de La Roche-sur-Yon, suivi par la région Pays de la Loire, par la DRAC Pays de la Loire et par le département de la Vendée. Nous recevons également le soutien de plusieurs sponsors et mécènes privés, notamment BNP Paribas, Acuitis et Ciné+. Nous pouvons aussi compter sur une très belle synergie avec les autres établissements culturels de la ville, notamment avec Le Grand R, scène nationale, dont nous investissons les espaces pendant la semaine du festival, avec le Fuzz’Yon, scène de musiques actuelles, avec qui nous organisons les concerts, et avec le Musée de La Roche-sur-Yon, qui est notre complice sur les expositions.


C. L. : Quelles sont les activités du festival de La Roche sur Yon tout au long de l'année ?
P. M. : Le Festival est organisé par l’EPCCCY, qui gère également le cinéma Le Concorde, une salle avec deux écrans, classé Art et Essai, qui est ouverte tous les jours de l’année. Avec Morgan Pokée, programmateur de la salle, et Hélène Hoël, programmatrice jeune public et scolaires, nous proposons plus de 3350 séances par an. Nous collaborons avec environ 50 associations du territoire et organisons 2 à 3 rendez-vous par semaine dans nos salles, en veillant ainsi à ce que la curiosité et la passion cinéphile du public restent bien vivantes, jusqu’à la prochaine édition du festival.

 

 

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