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Film présenté en section « Vision de l'Est : focus sur le cinéma tchèque » de la 25e édition d'Arras Film Festival du 8 au 17 novembre 2024 : After Party de Vojtĕch Strakatý
Ce focus dédié aux cinémas tchèques au sein de la programmation de l'Arras Film Festival est d'autant plus stimulant qu'il témoigne d'une exigence cinématographique au service de son récit. Ainsi, pour son premier long métrage présenté pour la première fois en section Orizzonti au festival de Venise 2024, Vojtĕch Strakatý met en scène un scénario personnel qui part de l'histoire intimiste d'une jeune femme pour dénoncer plus largement un ordre patriarcal dans un conflit générationnel qui pourrait être la métaphore de tout ce qui passe à l'échelle d'un pays.
En effet, l'histoire de la jeune femme qui revient innocemment d'une fête avec la « gueule de bois » et découvre atterrée que son père a abusé des biens familiaux et qu'il va continuer par son charisme et son art de la séduction à hypothéquer l'avenir de sa fille pour des projets immobiliers fumeux, rappelle la ruée vers l'or du mirage du néolibéralisme autour du marché immobilier dans les pays de l'Europe de l'Est fraîchement sortis du joug soviétique. Cet engouement cynique au gain facile d'une génération après une période de privation n'est pas non plus sans rappeler le contexte d'après Seconde Guerre mondiale où un certain Harry Lime n'avait aucun complexe pour faire fortune dans une Vienne détruite en vendant de la pénicilline trafiquée aux hôpitaux, ce qui conduisait des enfants dans des états mortels dans Le Troisième homme (The Third Man, 1949) de Carol Reed. D'ailleurs, dans ce film il est également question d'une jeune femme tchèque menacée de tomber entre les mains soviétiques victime d'un amant manipulateur. Vojtĕch Strakatý construit aussi une figure de père à l'instar d'Harry Lime interprété magistralement par Orson Welles, aussi séductrice que machiavélique pour abuser de sa fille en la condamnant sans état d'âme. La métaphore de l'abus incestuel est d'autant plus manifeste que la jeune femme, Jindřiška, subit la pression de son père qui l'oblige à contracter de lourdes dettes pour des bénéfices personnels. En outre, le réalisateur met en scène les conséquences de cette pression sur sa vie intime où ses relations amoureuses ne peuvent plus être sereines, comme si la figure masculine devenait pour elle systématiquement menaçante.
Il s'agit là encore d'autant mieux d'une dénonciation du patriarcat et de la « culture de l'inceste » que la mère semble totalement effacée dans le comportement totalement néfaste du père sur l'ensemble de la famille. Jindřiška pourra cependant compter sur le soutien de son amie et complice pour tenter d'y voir clair et prendre conscience avec le recul de la manipulation paternelle. Celle-ci s'étend d'ailleurs à d'autres hommes du même âge que lui qui s'en prendront à Jindřiška pour faire pression sur le père et récupérer le recouvrement de ses dettes.
Vojtĕch Strakatý a en outre choisi des décors qui témoignent d'une société déstructurée avec des maisons modernes ne témoignant pas de communication entre elles et n'aboutissent pas sur des liens sociaux : ce fantasme immobilier sur lequel pense faire fortune cette incarnation de figure paternelle abusive n'est pas un moyen pour construire de la cohésion sociale, ce qui se traduit encore à travers la fragilisation des relations humaines de la nouvelle génération. Le cinéaste compose à cette fin un récit reposant sur l'épure où quelques lieux suffisent à mettre en scène les conflits du personnage principal notamment dans la confrontation psychologique particulièrement marquée avec son père. Les choix de lumière concourent d'ailleurs à cet état brumeux de conscience qui traverse tout le film après un état d'euphorie pour créer sans cesse une communion intime avec la perception de Jindřiška.
Ainsi, After Party est aussi ambitieux par sa radiographie métaphorique dans le contexte précis de la République Tchèque d'une génération hypothéquant l'avenir de la suivante, qu'il est capable de saisir avec méticulosité la subjectivité d'une prise de conscience progressive d'une jeune femme sortant de l'hébétude pour faire face à l'ombre de son père.
After Party
de Vojtĕch Strakatý
Fiction
89 minutes. République Tchèque, 2024.
Couleur
Langue originale : tchèque
Avec : Eliška Bašusová (Jindřiška), Anna Tomanová, Jan Zadražil
Scénario : Vojtĕch Strakatý
Images : Stanislav Adam
Montage : Filip de Pina
Son : Jakub Jurásek, Jan Šulcek
Costumes : Eva Justichová
Production : Xova Film (Marek Novák)
Vente internationale : Film Republic
Contacts :
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