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Film présenté en section « Découvertes européennes » de la 25e édition d'Arras Film Festival du 8 au 17 novembre 2024 : Julie se tait de Leonardo Van Dijl
Sous le signe du silence d'une jeune joueuse de tennis, Leonardo Van Dijl met en scène un drame en accordant une profonde attention à la composition de ses plans à partir de l'ingéniosité magistrale du chef opérateur Nicolas Karakatsanis. C'est là aussi la force de l'expression cinématographique qui consiste à laisser entendre et voir quelque chose qui est irreprésentable dans une jeune conscience bouleversée par une remise en question de son monde fait de discipline, de sacrifice et d'asservissement du développement de son corps sous la tutelle d'un homme.
Dans le contexte social du #MeToo du sport, où la société commence à peine à découvrir les abus, les harcèlements et la culture de l'inceste avec des figures paternelles abusant de jeunes filles en quête d'elles-mêmes sous la loi agressive des règles de la compétition imposant une hiérarchie opposant vainqueurs et vaincus très peu démocratique, Leonardo Van Dijl développe une mise en scène d'une grande méticulosité autour de sa jeune héroïne éponyme dont la subjectivité est palpable dans chacune des séquences, avec une caméra faussement à distance puisqu'elle est toujours orientée sur les dynamiques sociales en cours.
Les plans fixes privilégient un sens de l'observation, appelant le public à voir ce qui ne peut être explicitement énoncé. Si la figure étouffante du coach oppressif apparaît ainsi qu'une seule fois à l'écran filmée à contre-jour pour garder son image encore dans l'ombre, elle reste omniprésente tout au long du film et l'intrigue repose dès lors sur la tentative de se défaire de la dépendance de cet homme dont l'adolescente pense lui devoir la construction de sa propre révélation au monde en tant que joueuse de tennis douée. Avec une figure mutique, le grand défi du cinéaste consistait à décrire la tension psychologique tout au long du film, ce qui passe par une observation fine où le trouble créé par une position de caméra vient rappeler un lointain héritage de l'expressionnisme qui s'hybride de manière prodigieuse avec une approche documentaire du réel.
Ajoutons à cela la subtile composition musicale de Caroline Shaw pour continuer à nourrir les approches du réel tout autant que l'intrigue inhérente. Ce premier métrage met ainsi tout un savoir faire subtil nourri par une conscience profonde de la mise en scène cinématographique au service d'un sujet dramatique traité avec autant de justesse, pudeur et d'intelligente empathie.
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Julie se tait
Julie zwijgt
de Leonardo Van Dijl
Fiction
100 minutes. Suède, Belgique, 2024.
Couleur
Langues originales : néerlandais, français
Avec : Tessa Van den Broeck (Julie), Ruth Becquart (Liesbeth), Koen De Bouw (Tom), Claire Bodson (Sofie), Laurent Caron (Jérémy)
Scénario : Leonardo Van Dijl, Ruth Becquart
Images : Nicolas Karakatsanis
Montage : Bert Jacobs
Musique : Caroline Shaw
Son : Boris Debackere
Mixage : Gustaf Berger, Arne Winderickx
Assistanat à la réalisation : Joke Pevenage
Direction artistique : Quentin Warzee
Décors : Julien Denis, Quentin Warzée
Maquillage : Michelle Beeckman
Coiffure : Michelle Beeckman
Costumes : Ellen Blereau
Casting : Sien Josephine Teijssen
Superviseur post-production : Bram Versteyhe
Production : Gilles Coulier, Gilles De Schryver, Wouter Sap, Roxanne Sarkozi, Delphine Tomson
Sociétés de production : De wereldvrede, Les Films du Fleuve, Hobab, Film i väst
Distributeur (France) : Jour2Fête
Sortie salles (France) : 29 janvier 2025