Exotisme érotico-gore de la saga alternative Emanuelle

La célèbre journaliste Emanuelle part en Amazonie avec un anthropologue en quête de la dernière tribu anthropophage.

"Emanuelle et les derniers cannibales" (Emanuelle e gli ultimi cannibali) de Joe D'Amato © Artus Films "Emanuelle et les derniers cannibales" (Emanuelle e gli ultimi cannibali) de Joe D'Amato © Artus Films
Sortie du combo collector Blu-ray/DVD : Emanuelle et les derniers cannibales de Joe D'Amato

La série lucrative des Emmanuelle en France a eu droit en Italie à son pendant sous la forme d’une « Black Emanuelle » (ainsi présentée sans le m et sans complexe pour se libérer du copyright) interprétée par Laura Gemser d’origine indonésienne. Joe D’Amato, l’homme qui réalisa près de 200 films est ici à la réalisation de ce film mêlant à la fois érotisme et gore dans le cadre d’une aventure exotique. L’écriture du scénario est ici expédiée à une rapidité hallucinante pour insérer les séquences gores et érotiques, séparées les unes des autres, même si elles sont étroitement liées : ainsi, ce sont avant tout ici les seins et le sexe féminin qui subissent les atrocités cannibales du titre. Les enjeux sociétaux du film pourraient être inexistants si l’on omettait la décennie sanglante des années de plomb en Italie pour contextualiser l’attrait pour la confrontation immédiate au gore. Quant à la sexualité, Emanuelle affiche son émancipation sexuelle en couchant avec qui elle veut, sans être amoureuse et surtout sans avoir à rendre compte à ses partenaires comme cela est souligné dans un dialogue, pour prendre en considération la révolution sexuelle au féminin alors en cours en Italie comme ailleurs dans les années 1970. C’est ce qui caractérise ce personnage même si cette promesse de singularité forte n’est pas maintenue au fil du récit. En effet, finalement, chaque personnage est présenté en une seule et unique fois et sa psychologie est réduite à néant, comme si chacun d’eux était déjà réduit par les choix du réalisateur à un simple corps destiné au spectacle de sa propre éviscération. Cependant, tous les personnages ne sont pas tous condamnés et l’on voit apparaître les enjeux de la moralité du réalisateur scénariste qui ne mène au pilori non pas la liberté sexuelle féminine mais bien plutôt le mensonge dans le couple ainsi que la cupidité. La moralité est ici présente dans le cinéma bis comme dans le cinéma américain mainstream auquel le film se réfère ouvertement. C’est le fond sur lequel le scénario a été écrit en ajoutant le cahier des charges de l’érotisme et du gore dans un film « deux en un ». Quoi qu’il en soit, malgré les irrégularités dans la reconstitution de la forêt amazonienne tournée en Italie, de la psychologie au degré zéro des personnages qui ne portent jamais ou presque le danger auquel ils sont confrontés, un montage décousu mais qui réserve malgré tout quelques bonnes idées, le film conserve une structure qui se suit d’un bout à l’autre sans ennui, avec des considérations racistes autour d’un faux regard anthropologique qu’il ne faut donc pas prendre au premier degré, le tout étant au service d’un produit de cinéma d’immédiate consommation. La plus belle surprise dans ce film est l’utilisation de la bande sonore qui ne souffre nullement des années et participe au contraire rétrospectivement au charme vintage du film.

Cette édition est mise en valeur à la fois par un mediabook contenant un livret de 64 pages écrites par un passionné de la cinéphilie bis : David Didelot. On le retrouve d’ailleurs en supplément vidéo expliquant en un plan-séquence la filmographie foisonnante de Joe D’Amato, véritable stakhanoviste infatigable de réalisation. Quant aux pages du livret, elles permettent de découvrir à travers des analyses extrêmement documentées et fouillées les différents genres qui traversent Emanuelle et les derniers cannibales, le contexte des sagas Emmanuelle, la carrière des différents interprètes du film, etc. Voilà donc des bonus extrêmement soignés servis par des passionnés du genre !

 

 

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Emanuelle et les derniers cannibales
Emanuelle e gli ultimi cannibali
de Joe D'Amato
Avec : Laura Gemser (Emanuelle), Gabriele Tinti (le professeur Mark Lester), Nieves Navarro (Maggie McKenzie), Donald O'Brien (Donald McKenzie), Percy Hogan (Salvadore), Monica Zanchi (Isabelle Wilkes), Annamaria Clementi (sœur Angela), Geoffrey Copleston (Wilkes), Dirce Funari
Italie – 1977.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 6 septembre 1978
Sortie France du combo collector Blu-ray/DVD (mediabook) : 7 juillet 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langues : français, italien - Sous-titres : français.
Éditeur : Artus Films
Bonus :
Joe d’Amato, par David Didelot
Galerie d’affiches et de photos
Bande-annonce originale
livret (64 pages) rédigé par David Didelot Emanuelle au pays du sexe… et du sang

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