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Billet de blog 15 août 2016

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La croisière s'amuse à l'ombre du champignon atomique

Un groupe d'aventuriers issus des quatre coins du monde, cherche à faire fortune par l'acquisition en Afrique de terres riches en uranium. Mais pour le moment, tout ce beau monde est contraint à un long séjour dans un port italien. La suspicion et le doute ne font que croître, surtout avec l'implication d'un couple anglais dans leurs affaires.

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Illustration 1
"Plus fort que le diable" de John Huston © Rimini

Sortie combo Blu-ray / DVD : Plus fort que le diable de John Huston

Il n'y a pas que Woody Allen, parmi les cinéastes notables de l'histoire du cinéma américain, à avoir eu une « période européenne » ou plus largement hors des États-Unis en particulier : c'est le cas notable aussi de John Huston. D'après le témoignage de Patrick Brion présent dans les bonus de cette édition signée Rimini, il est fort probable que John Huston ait voulu maintenir sa liberté en « s'exilant » volontairement tout en maintenant ses liens avec les grands studios, au moment où le maccarthisme était le plus virulent à Hollywood comme dans au sein de la société en général. On peut ainsi considérer Plus fort que le diable comme un film prétexte au vagabondage cinématographique de John Huston, où il reprendrait les ingrédients des films qui l'ont imposé comme un cinéaste majeur à Hollywood, puisant à la fois dans le film noir (Le Faucon maltais), le film d'aventures (Le Trésor de la Sierra Madre) ou encore la romance, où Humphrey Bogart fait se pâmer Gina Lollobrigida et surtout Jennifer Jones. Le film est au confluent de tous ces genres avec un assaisonnement où le goût dominant est sans aucun conteste l'ironie. Comme souvent chez Huston, la « quête d'un trésor » ou de tout moyen d'enrichissement rapide, n'est qu'un prétexte à fiction où ses personnages sont amenés à se dévoiler en se confrontant. Dans le lourd contexte historique et idéologique de la guerre froide, ce film de Huston peut paraître étonnamment léger, même si la mort rôde et la quête de l'uranium sous-entend aussi la tension géopolitique de la bombe atomique. De même, cette histoire d'aventuriers témoignent bien de la nouvelle forme de colonialisme prédateur proprement américaine en Afrique à l'heure où les États sont en quête d'indépendance en brisant le joug colonial de la vieille Europe. En cela aussi, ce scénario contient une propension à la critique du capitalisme néolibéral en cours où les banquiers sont des individus sans scrupules s'appropriant de nouveaux territoires de par le monde au mépris du respect des Droits humains élémentaires.
Dans cette « récréation extra hollywoodienne », John Huston s'entoure d'une équipe fidèle, notamment avec ses acteurs complices que l'on retrouvait déjà dix ans plus tôt dans Le Faucon maltais. Ce qui accentue d'autant plus l'aspect « troupe de théâtre » capable de jouer une même pièce délibérément existentialiste, d'un pays à un autre, se moquant allègrement des justifications idéologiques permettant le plein exercice de l'avidité et de la cupidité individuelles. Il en ressort de ce film à l'aspect faussement léger qui pourrait le placer comme une œuvre mineure dans la filmographie de John Huston, une sorte de « Croisière s'amuse à l'ombre du champignon atomique ».

Illustration 2

Plus fort que le diable
Beat the Devil
de John Huston
Avec : Humphrey Bogart (Billy Dannreuther), Jennifer Jones (Madame Gwendolen Chelm), Gina Lollobrigida (Maria Dannreuther), Robert Morley (Peterson), Peter Lorre (Julius O'Hara), Edward Underdown (Harry Chelm), Ivor Barnard (le Major Jack Ross), Marco Tulli (Ravello), Bernard Lee (Jack Clayton, l'inspecteur de Scotland Yard)), Giulio Donnini (l'administrateur), Saro Urzì (le capitaine), Aldo Silvani (Charles), Juan de Landa (le conducteur), Mario Perrone
Royaume-Uni, USA, Italie – 1953.
Durée : 89 min
Sortie en salles (France) : 13 août 1954
Sortie France du DVD : 4 juin 2016
Noir & Blanc
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions
Bonus :
« Découvrir John Huston » (45’) : un portrait du cinéaste illustré d’extraits de ses plus grands films
Interview de Patrick Brion (33’)
Bande-annonce

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