Mon époux est mon geôlier : un divorce impossible en Israël

Quinzaine des Réalisateurs 2014 à Cannes : Gett, le procès de Viviane Amsalem, de Ronit et Shlomi ElkabetzViviane Amsalem souhaite divorcer de son mari Elisha mais ce dernier s’y oppose. En Israël, le divorce civil n’existe pas et selon la législation en cours, le divorce ne peut être prononcé sans le consentement de l’époux. Mais Viviane est bien décidée à regagner sa liberté après quinze ans de mariage où il ne fut jamais question d’amour.

Quinzaine des Réalisateurs 2014 à Cannes : Gett, le procès de Viviane Amsalem, de Ronit et Shlomi Elkabetz

Viviane Amsalem souhaite divorcer de son mari Elisha mais ce dernier s’y oppose. En Israël, le divorce civil n’existe pas et selon la législation en cours, le divorce ne peut être prononcé sans le consentement de l’époux. Mais Viviane est bien décidée à regagner sa liberté après quinze ans de mariage où il ne fut jamais question d’amour.

 

Après Prendre femme (2004) et Les Sept jours (2008) Ronit et Shlomi Elkabetz poursuivent leurs portraits de femmes israéliennes en lutte pour accéder aux bases vitales de leur bien-être quotidien. Tout comme leur précédent film, il s’agit d’un huis clos. Après la famille, c’est l’État lui-même qui est convoqué et le tribunal qui devait apporter une issue à la requérante, se présente ici comme un lieu d’enfermement. La justice qui devait apporter une digne issue à la crise de ce couple, va en effet se montrer partisane. La religion est ici le fondement de la justice où l’homme a, dans la vie maritale du moins, bien plus de droits que la femme. Peu à peu, le film passe d’une histoire de couple au combat d’une femme face à la fois à un État religieux et à une microsociété où tous se jugent et se surveillent. Au fil des propos, sont révélées toutes les contradictions aberrantes de la morale religieuse qui met l’homme au-dessus de tout et la femme dans des fonctions bien délimitées. Mais ce personnage féminin ne peut se résigner au fatalisme et ce procès se poursuit sans relâche.

En plus de ce combat fondamental pour dénoncer le manque de droits des femmes en Israël et par répercussion le monde entier, le film se double d’une véritable mise en scène où chaque personnage est traité avec suffisamment de soins pour éviter tout manichéisme. Des explications sociologiques et psychologiques sont en filigrane proposées pour comprendre les attitudes de chacun. La puissance du film vient ainsi du soin apporté à la construction de chaque personnage, ce qui empêche de se limiter à un monde binaire : celui d’une femme face à celui de son époux. Le film réussit en outre à éviter le piège du « théâtre filmé » dans lequel tombent nombre de films américains. Cela passe par un montage taillé au cordeau, où les visages, les regards et les gestes de ceux qui se taisent sont aussi éloquents que ceux qui ont droit à la parole. Ceci rappelle d’ailleurs la tragique violence de cet époux qui se tait constamment dans sa vie de couple, rendant d’autant plus terrible l’insignifiance à l’égard de sa femme.

 

Gett, le procès de Viviane Amsalem

de Ronit et Shlomi Elkabetz

langues : hébreu, français

 

avec : Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabay, Eli Gornstein

scénario : Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz

image Jeanne Lapoirie

son : Tully Chen, Itzik Cohen, Stephan Konken

décor : Ehud Gutterman

montage : Joëlle Alexis

musique : Dikla, Shaul Beser

Production : Elzevir et Compagnie

Coproduction : Deux Beaux Garçons Films (Israël), Riva Filmproduktion (Allemagne)

Distribution : Les Films du Losange

Vente internationale : Films Distribution

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