Cédric Lépine
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Billet de blog 16 sept. 2020

La face sombre de Mary Poppins par la Hammer

Joey, 10 ans, est de retour d'un centre où il avait été placé après le décès accidentel de sa jeune sœur. Il en veut énormément à sa nounou qu'il considère comme la responsable de cette mort et se met à dos son père et sa mère qui ne le comprennent pas.

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"Confession à un cadavre" de Seth Holt © BQHL

Sortie Blu-ray : Confession à un cadavre de Seth Holt

Bette Davis : un monstre de cinéma ou un cinéma de monstres ? Cette actrice, l'une des rares à poursuivre une longue carrière devant les caméras alors qu'Hollywood avait tendance à rejeter les actrices à partir d'un certain âge (contrairement aux hommes qui ne subissent pas les mêmes lois), a trouvé son registre d'expressivité dans les personnages de méchants au cinéma. C'est à ce titre que la Hammer, fort de ses succès du cinéma d'horreur en redonnant un nouveau souffle aux figures de l'épouvante hollywoodienne des années 1930, invite Bette Davis à tourner en Angleterre pour incarner une très inquiétante nounou, face sombre de Mary Poppins réalisé par Robert Stevenson pour les studios Disney en 1964, un an avant Confession à un cadavre. Le titre français n'est pas le plus subtile, le titre original, plus sobre, The Nanny rendant davantage compte de la complexité psychologique centrale du personnage de nounou. Dès le premier plan du film, le spectateur est plongé dans une réalité sociale en extérieurs qui semble faire le lien avec le Free Cinema, comme un hommage caché alors que le reste du film reste en intérieurs typique d'une production classique de studio. C'est déjà là une promesse de récit, inscrivant un personnage quasi anonyme qui sacrifie sa vie au service des autres. Son costume noir devient celui d'une femme en deuil : on découvrira au fur et à mesure les différentes morts qui peuplent son âme d'ange déchu. Le film ne se contente pas de proposer un film sous-tension : il plonge d'abord le spectateur dans le doute avec un enfant et une nounou dont les témoignages respectifs sont mis à rude épreuve. L'intérêt du film se trouve dans cette subtilité de scénario avec en outre un sous-discours sur une classe sociale qui en détruit une autre en la plongeant dans la folie à force de l'empêcher de vivre sa propre vie (cf. le film chilien La Nana de Sebastián Silva sur ce sujet). Le rapport agresseur-victime se situe ici dans les liens entre les différents personnages où le père n'a rien à envier, dans son rôle destructif à l'égard de son épouse et de son fils, à la nounou. D'ailleurs, si le couperet de la condamnation peut tomber sur la nounou, celle-ci n'est que le prolongement du père froidement mental, sans émotion qui l'a employé pour laisser les personnes qui l'entourent, son fils comme son épouse, sous sa dépendance. Un film moins anodin qu'il n'y paraît.

Confession à un cadavre
The Nanny
de Seth Holt
Avec : Bette Davis (Nanny), Wendy Craig (Virginia 'Virgie' Fane), Jill Bennett (Tante Pen), James Villiers (en) (Bill Fane), William Dix (Joey Fane), Pamela Franklin (Bobbie Medman), Jack Watling (Dr. Medman), Maurice Denham (Dr. Beamaster), Alfred Burke (Dr. Wills), Harry Fowler (Milkman), Angharad Aubrey (Susy Fane), Nora Gordon (Mme Griggs), Sandra Power (Sarah)
Royaume-Uni, 1965.
Durée : 91 min
Sortie France du Blu-ray : 24 juillet 2020
Format : 1,33 – Noir & Blanc
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : BQHL Éditions

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