Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

2479 Billets

6 Éditions

Billet de blog 17 janv. 2018

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Le temps d’apprendre ou la fin du monopole de l’institution scolaire

Tout a commencé lorsque Clara Bellar, actrice et réalisatrice, en France comme aux États-Unis, a eu un premier enfant : la scolarité mise en question, elle est partie mener son enquête sur la réalité pratique des parents qui ont décidé de ne pas scolariser leur enfant. De cette interrogation est née un film, un DVD et puis un livre.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Éditions du livre et du DVD : Être et devenir de Clara Bellar

Revenons sur ce qui est devenu sur ce long terme, longuement mais durablement un véritablement phénomène de société ou comment des parents commencent à s’impliquer toujours davantage dans la place de chacun des membres de leur famille en laissant la place la plus adéquate à leurs enfants. Ce serait donc là une évolution naturelle vers un goût profond pour l’expérience de la démocratie où chaque individu est considéré à part entière dans sa singularité dans un espace social, fût-il microsocial comme dans un cercle familial. Si l’institution scolaire n’a cessé d’être remise en question depuis plus d’un siècle avec les travaux pratiques et les réflexions théoriques de pédagogues comme Montessori, Freinet, Steiner, etc., c’est que l’humanité a tellement multiplié les génocides durant tout un siècle que le prétendu message humaniste du vivre ensemble et de la découverte émerveillée du monde environnant ne semblaient guère être des réussites d’accompagnement dans les programmes scolaires. Il faut ajouter que depuis les dernières décennies, en France comme dans le monde entier, les notions de service public comme d’État-Providence sont devenus les ennemis voués aux gémonies du sacro-saint triomphant modèle néolibéral. Il en découle beaucoup de souffrance à l’école, du côté des élèves comme du corps enseignant, faute de moyens économiques et humains pour faire vivre une organisation scolaire digne de ce nom, des classes rurales qui ferment, une surcharge du nombre des élèves dans les classes, un discrédit méprisant de la part des élites politiques et médiatiques à l’égard du monde de l’éducation… Il est donc naturel que des parents sensibles au rapport au monde des êtres qu’ils chérissent le plus au monde s’inquiètent quant à la réalité de la prétendue bienveillance de l’institution scolaire. Si l’épanouissement des individus passent par une relation totale avec leur environnement immédiat, cet enthousiasme ne peut plus s’arrêter devant la prise en charge mécanique et automatique de l’enfance par des groupes constitués. L’aventure de l’expérience de la parentalité s’épanouit dès lors à tel point que la conscience de l’enfance permet de découvrir des rythmes et une sensibilité propres à chacun. Il en résulte ainsi par exemple cette évidence que l’apprentissage de l’enfant n’est pas le monopole de l’institution scolaire. C’est là un retour de confiance en soi du côté des parents qu’oser s’affirmer en dehors de la prise en charge du milieu scolaire. C’est ce contexte qu’a su très bien saisir avec une grande sincérité et sans didactisme l’enquête de Clara Bellar soucieuse dans sa démarche de comprendre une pratique sur laquelle repose encore de nombreux a prioris. On ne s’étonnera pas qu’un tel propos reste marginal et que le film a dû être tourné et produit de manière indépendante, de même quant à sa diffusion en salles et son édition en livre. Le film est devenu un véritable phénomène de société en devenant dans les salles aussi un prétexte à lancer de longs échanges citoyens sur le thème de l’apprentissage des enfants et de la scolarité. Le film est ainsi resté plusieurs mois à l’affiche du cinéma le Saint-André-des-Arts à Paris (s'y trouvant encore au moment de la rédaction de cet article) et continue presque quatre ans après ses premières projections à être programmé en salles. La réalisatrice Clara Bellar a vécu une telle riche expérience durant la diffusion de son film qu’elle en a nourri une nouvelle réflexion dont l’ouvrage est l’actuel témoignage.

Être et devenir
Being and Becoming
de Clara Bellar
France, Royaume-Uni, USA, Allemagne – 2014.
Durée : 99 min
Sortie en salles (France) : 28 mai 2014
Sortie France du DVD : 28 mai 2015
Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : allemand, anglais, français, portugais, espagnol.
Éditeur : Éditions l’Instant Présent
Bonus :
Scènes supplémentaires et rencontres au Saint-André-des-Arts à Paris (35 min)

Être et devenir. Faire confiance à l’apprentissage naturel des enfants
Being and Becoming

de Clara Bellar

Nombre de pages : 277
Date de sortie (France) : 13 mai 2017
Éditeur : Éditions l’Instant Présent

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Comment le gouvernement veut rattraper le retard français
Dans un contexte de risque élevé de tension sur le réseau électrique cet hiver, l’Assemblée nationale examine, à partir du lundi 5 décembre, le projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire en France.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Dans les Cévennes, les femmes promises à la misère obstétricale
Le 20 décembre, la maternité de Ganges suspendra son activité jusqu’à nouvel ordre, faute de médecins en nombre suffisant. Une centaine de femmes enceintes, dont certaines résident à plus de deux heures de la prochaine maternité, se retrouvent sur le carreau.
par Prisca Borrel
Journal
Affaire Sarkozy-Bismuth : les enjeux d’un second procès à hauts risques
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert seront rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar