Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

3820 Billets

6 Éditions

Billet de blog 17 mars 2015

Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

Anges déchus et torturés dans l’Espagne des attentats de Madrid

Sortie DVD de "Pas de répit pour les salauds", de Enrique Urbizu

Cédric Lépine (avatar)

Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
© TF1 Vidéo

Sortie DVD de "Pas de répit pour les salauds", de Enrique Urbizu

Un homme aux allures de cow-boy traîne de bar en bar en quête d’un dernier verre. Dans une boîte de nuit colombienne, alors que la serveuse est en train de ranger, il justifie son dernier verre en tant que policier. La rencontre finit dans un bain de sang. Afin d’effacer toute preuve de sa présence, il poursuit un mystérieux témoin. Le juge Chacón intervient sur les lieux de la fusillade et commence à entrevoir une affaire mêlant terrorisme international et cartel de la drogue colombien. 

Un film inédit dans les salles françaises mais qui avait en son temps marqué l’Espagne en remportant plusieurs Goyas en 2012 : Meilleur film, Meilleur Réalisateur, Meilleur acteur, Meilleur scénario original. Et après avoir vu le film, force est de constater que ces prix ne surévaluent pas le film : chacun de ces prix est mérité. En commençant son récit par un homme mystérieux, as de la gâchette, mine pitoyable d’habitué de la bouteille et apparemment policier, capable sur un coup de sang d’assassiner plusieurs personnes, tous les éléments du polar sont bien installés dès les premières scènes. L’histoire aurait pu se limiter à l’univers sombre, chaotique et hyper masculin du flic Santos Trinidad, mais la très bonne idée du scénario et de conduire un récit à deux voix avec le personnage féminin du juge Chacón. S’il est difficile de s’identifier à Santos Trinidad, son alter ego Chacón est bien plus positif, solaire, très bien inscrit dans la société, capable d’assumer une vie professionnelle et familiale. En outre, ces deux personnages sont mis au même niveau par le réalisateur, comme s’ils incarnaient au final deux faces d’une même monnaie : celle du prix à payer pour que la sécurité et l’ordre soient maintenus dans un pays sous le joug d’attentats islamistes meurtriers. Car la toile de fonds du contexte sociohistorique est celle des attentats de Madrid du 11 mars 2004. Ceci permet d’établir un dialogue avec le spectateur, surtout s’il est espagnol. Pour les autres, le film est un polar d’une réelle efficacité, tant par son histoire, les interprétations que la mise en scène. Enrique Urbizu jongle très bien avec les univers opposés des personnages principaux, stimulant en permanence l’intérêt pour ceux-ci. Même s’il y a un contexte historique précis, le film n’est en aucun cas réaliste et se situe parfaitement dans le cadre du film de genre pleinement assumé. Dans ce cadre, le film est tout à fait réussi. Il est en outre intéressant de voir un polar, viril et souvent machiste, bénéficier d’une autocritique : les hommes qui savent mener une enquête et éliminer leurs obstacles avec leurs armes, sont animés d’un désir d’autodestruction manifeste. Alors que la femme a une action plus réfléchie et incarne plus aisément les valeurs humanistes du respect de l’intégrité de l’autre. Or, il semble apparaître un certain désaveu au bout de cette histoire où c’est la violence d’un représentant de la loi hors-la-loi qui seule peut permettre d’éviter un acte terrorisme dont les déflagrations devaient toucher toute la société espagnole sans discernement, ni d’âge, ni de sexe, ni d’opinion politique. Est-ce le pessimiste du réalisateur observant un État de droit confronté au terrorisme de ce début de XXIe siècle ? Au-dessus de la morale, Santos Trinidad par son nom même vient s’affirmer comme un ange exterminateur qui n’a aucun compte à rendre à la société humaine. Santos Trinidad est en quelque sorte un Inspecteur Harry espagnol déchu mais toujours actif dans la société, allant jusqu’à sacrifier son « âme damnée » pour le bien commun, sans qu’il n’ait pour autant une claire conscience de cet enjeu. Le film s’achevant sur lui, c’est bien ce personnage qui est soumis à l’interrogation du spectateur.

Illustration 2

Pas de répit pour les salauds

No habrá paz para los malvados

de Enrique Urbizu

Avec : José Coronado (Santos Trinidad), Rodolfo Sancho (Rodolfo), Helena Miquel (Chacón), Juanjo Artero (Leiva), Pedro Maria Sánchez (Ontiveros), Younes Bachir (Rachid)

Espagne – 2011.

Durée : 110 min

Sortie en salles (France) : inédit

Sortie France du DVD : 18 février 2015

Format : 1,85 – Couleur

Langues : anglais, français, espagnol, portugais - Sous-titres : français.

Éditeur : TF1 Vidéo

Collection : Polars du Monde

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.