Agrandissement : Illustration 1
Sortie DVD : Une vie démente d'Ann Sirot et Raphaël Balbon
Ann Sirot et Raphaël Balboni possèdent un univers inédit sur la planète cinéma où leurs personnages au centre de leurs intrigues naviguent avec une dextérité folle entre humour et drame, avec une vigueur unique intégrant les propositions des acteurs et actrices. Dans ce premier long métrage avant Le Syndrome des amours passées (2023), les cinéastes exploraient déjà la thématique du couple sous un angle renversant les attentes initiales. Ainsi, le désir d'enfant se transforme dans la prise en charge d'une mère devenant à la suite d'une maladie dégénérative toujours plus dépendante de son fils. Dès lors, ce sont les attitudes totalement imprévisibles de la mère qui vont mener l'intrigue avec un couple contraint à réagir en conséquence.
Ann Sirot et Raphaël Balboni ont choisi la voix délicate de la comédie avec une pincée omniprésente de drame avec des acteurs et actrices qui viennent sans cesse nourrir de l'intérieur leurs personnages avec des paroles et des expressions corporelles d'autant plus inédites qu'elles leur appartiennent pleinement. Le film devient ainsi une réjouissante découverte de personnages qui n'en finissent pas d'explorer toutes leurs dimensions avec une force de proposition rare au cinéma qui sont autant fascinants en eux-mêmes que l'écriture du scénario est suivie sans le poids de la contrainte et de l'étouffement. Ainsi, le sens de l'improvisation innerve à ce point la mise en scène que celle-ci parvient en retour à célébrer les acteurs et actrices dans leurs merveilleuses forces de proposition.
Quant à la thématique du bouleversement que produit dans un couple l'arrivée de la maladie mentale chez un membre de la famille, elle vient interroger avec une grande perspicacité les constructions contemporaines du couple qui se voudrait seul au monde dans son amour préservé tout en sous-estimant les facteurs périphériques et notamment les liens familiaux dont chaque individu est issu et qui n'est pas sans influer par ses modèles. Si la maladie mentale, type Alzheimer, n'est pas le centre névralgique du film, elle en est l'un des déclencheurs. Le traitement par l'humour permet aussi de se confronter à cette situation bouleversante de ne plus tout à fait reconnaître la personne qui nous a donné la vie, ce qui n'est pas sans conséquence comme on le voit dans le film dans la confiance à vouloir à son tour contribuer à donner la vie.
Une vie démente est une proposition de cinéma particulièrement fructueuse et intelligente, conjuguant le talent de Jo Deseure, Jean Le Peltier et Lucie Debay dans une mise en scène d'une magnifique sobriété dont les décors inédits confinant à l'abstraction dans les scènes d'entrevues avec les thérapeutes et le banquier offrant un humour jubilatoire tout en saine retenue avec un fond où les interprètes par leurs vêtements se fondent eux-mêmes tels des caméléons dans ledit décor. Cela questionne ainsi bien le désir d'appartenir à un espace avec ses problématiques propres qui surgissent inopinément.
Une vie démente
d'Ann Sirot et Raphaël Balboni
Avec : Jo Deseure (Suzanne Merteens), Jean Le Peltier (Alex), Lucie Debay (Noémie), Gilles Remiche (Kevin), Vincent Lecuyer (l'aide-soignant), Joëlle Franco (l'aide-soignante), Annette Gatta (l'aide-soignante), Estelle Marion (RoseMarie Henry (le collègue de Suzanne), Antoine Fallon (Antoine le père de Thelma), Stephanie Roland (la plasticienne), Marie Lecomte (la femme croisée dans la rue), Juliette Grégoire (la jeune voisine), Charlotte Grégoire (la jeune voisine), Claude Neuray (le vendeur magasin de perles), Bérénice Bouregba (la vendeuse Au Bon Repos), Louis Wauters (le père de Noémie), Françoise Wauters (la mère de Noémie), Luc Pelligrini (l'homme à la décapotable), Thelma Balboni (Thelma), Olympe Tandé (Olympe, le bébé)
Belgique – 2020.
Durée : 87 min
Sortie en salles (France) : 10 novembre 2021
Sortie France du DVD : 16 mars 2022
Format : 2,35 – Couleur
Langue originale : français.
Éditeur : Arizona Distribution
Bonus :
Avec Thelma (14 min, 2017) d'Ann Sirot et Raphaël Balboni