Cédric Lépine : Pouvez-vous préciser vos responsabilités au sein de l’Académie des Lumières?
Barbara Lorey de Lacharrière : En tant que présidente, mon rôle est d’abord celui, classique, de porter la mission que s’est donnée l’Académie des Lumières et de la représenter légalement, en étroite collaboration avec le trésorier et le secrétaire général.
Compte tenu de la spécificité internationale de notre Académie — qui rassemble aujourd’hui une centaine de journalistes issu.es de 36 pays — je vois aussi mon rôle comme celui d’une présidente fédératrice, attentive à la grande diversité culturelle, professionnelle et parfois générationnelle de nos membres. Cela suppose une forme de “médiation interculturelle”, si l’on peut dire, afin de favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle et une dynamique collective sereine.
Par ailleurs, au sein du conseil d'administration, nous travaillons de manière collégiale sur les grandes orientations de l’Académie : réflexion sur notre mission, amélioration de la communication interne, et mise en place de dispositifs permettant de stimuler la participation active des membres tout au long de l’année.
C. L. : Quels sont les enjeux des prix décernés lors de la cérémonie?
B. L. L. : Les enjeux sont, au fond, ceux de tout prix cinématographique : mettre en lumière l’excellence, distinguer des œuvres qui, selon l’appréciation de nos membres, se démarquent au sein de la riche production française et des coproductions portées par la France.
Les Lumières ont une spécificité forte : les films primés sont choisis par des journalistes de la presse internationale, dont le regard est à la fois extérieur et profondément informé. Les prix permettent ainsi de faire rayonner ces œuvres au-delà des frontières, à travers les articles et recommandations de nos membres dans leurs pays respectifs.
Ils participent aussi à une forme de cartographie sensible du cinéma français contemporain : un cinéma multiple, traversé par des esthétiques, des récits et des préoccupations très diverses, que nous cherchons à refléter dans nos choix.
C. L. : Selon quels critères les films sont-ils choisis pour devenir lauréats?
B. L. L. : Les prix Lumières portent sur des longs-métrages éligibles — fiction, documentaire et animation — sortis en salles en France entre le 1er janvier et le 31 décembre de l’année précédente.
S’agissant des coproductions, l’éligibilité repose sur un apport français significatif, conformément aux règles établies par l’Académie. Nous avons également fait le choix d’inclure, dans la catégorie des coproductions, des films entièrement tournés à l'étranger, par un.e cinéaste étranger et un casting étranger en langue étrangère , même lorsque la participation française à leur production est substantielle.
Les prix sont ensuite attribués à l’issue d’un vote en ligne, secret, en deux tours, auquel peuvent participer tous les membres de l’Académie à jour de leur cotisation. Ce processus garantit à la fois la démocratie interne et la liberté d’appréciation individuelle.
C. L. : Quels sont les liens entre la FIPRESCI et l’Académie des Lumières?
B. L. L. : Il n’existe pas de lien institutionnel direct entre la FIPRESCI et l’Académie des Lumières. La FIPRESCI est une fédération internationale de critiques de cinéma, tandis que l’Académie des Lumières réunit des correspondants étrangers de la presse internationale basés en France — dont les profils ne se limitent pas exclusivement à la critique de cinéma.
En revanche, il est vrai que plusieurs membres de l’Académie sont également journalistes de cinéma et membres de la FIPRESCI. Il existe donc des recoupements individuels, mais pas de lien entre les deux structures.
C. L. : En dehors de l’organisation de la cérémonie, quelles sont les activités de l’Académie des Lumières tout au long de l’année?
B. L. L. : L’activité principale de nos membres consiste, tout au long de l’année, à découvrir — autant que possible en salles — les nouveaux films qui sortent en France, ce qui représente un engagement tout à fait conséquent compte tenu de la densité de la production!
Nous nous réunissons régulièrement à Paris pour échanger autour des films vus et établir progressivement des listes de présélection. Celles-ci sont ensuite soumises, à l’automne, à l’ensemble des membres de l’Académie pour le vote en ligne secret des nominations, puis, dans un second temps, des lauréat.es.
En parallèle, nous disposons d’outils de communication plus informels — notamment un groupe de discussion — qui permettent aux membres d’échanger tout au long de l’année, en dehors des réunions en présentiel.
Pour l’année à venir, j’aimerais également proposer de nouvelles initiatives destinées à accompagner et enrichir ces échanges, et à offrir à celles et ceux qui le souhaitent davantage d’occasions de s’impliquer dans la vie de l’Académie. Ce projet sera soumis à la discussion lors de notre prochaine réunion.
C. L. : Comment voyez-vous l’évolution de la place de la presse internationale ces dernières années pour soutenir et promouvoir la diversité des nouvelles voies artistiques du cinéma?
B. L. L. : La place de la presse internationale a profondément changé ces dernières années, dans un paysage médiatique marqué à la fois par la fragmentation des publics et par l’accélération à la fois des publications en ligne et la circulation d'images et de récits à minima dans des réseaux sociaux.
Dans ce contexte, le rôle de la presse écrite reste essentiel : celui de faire circuler les œuvres, de les inscrire dans des contextes culturels différents, et de mettre en perspective les nouvelles formes artistiques au-delà des cadres nationaux. La presse internationale peut offrir aux films un espace de lecture moins normatif, parfois plus attentif aux singularités, aux marges et aux œuvres qui prennent des risques esthétiques ou narratifs.
Elle contribue ainsi à soutenir la diversité des voix et des regards, en favorisant la découverte de films qui ne correspondent pas toujours aux logiques dominantes du marché, mais qui participent pleinement au renouvellement et à la richesse du cinéma contemporain.
C. L. : De quels soutiens dispose actuellement l’Académie des Lumières dans la réalisation de ses activités?
B. L. L. : L’Académie des Lumières bénéficie depuis de nombreuses années du soutien fidèle de l’école de cinéma et de l'audiovisuel 3IS, et de son président, Jean-Claude Walter, qui en est un partenaire essentiel. Les étudiantes et étudiants de 3IS accompagnent chaque année la cérémonie avec beaucoup d’enthousiasme et de professionnalisme, aussi bien en amont, lors des phases de préparation, que le soir même, en coulisses. Leur engagement est précieux et contribue concrètement à la réussite de l’événement.
Nous sommes également soutenus par Unifrance, le CNC, ainsi que par plusieurs partenaires publics et privés, parmi lesquels la SACEM par exemple. Ces soutiens nous permettent d’assurer le bon fonctionnement de l’Académie et l’organisation de la cérémonie dans des conditions professionnelles, tout en respectant notre indépendance.
L’Académie des Lumières est avant tout une association de journalistes, sans but lucratif et sans autre ambition que celle d’organiser, chaque année, une célébration 'lumineuse' et joyeuse d’un cinéma français que nous aimons, que nous défendons et que nous souhaitons faire découvrir au plus grand nombre.
À ce titre, la cérémonie est d’ailleurs retransmise dans son intégralité sur la chaîne YouTube de l’Académie, afin d’en garantir l’accessibilité la plus large possible, en France comme à l’international.
Agrandissement : Illustration 2
PALMARÈS - 31e CÉRÉMONIE DES LUMIÈRES
MEILLEUR FILM
L’ÉTRANGER de François Ozon
MEILLEURE MISE EN SCÈNE
Richard Linklater pour NOUVELLE VAGUE
MEILLEUR SCÉNARIO
Stéphane Demoustier pour L'INCONNU DE LA GRANDE ARCHE
MEILLEUR DOCUMENTAIRE
PUT YOUR SOUL ON YOUR HAND AND WALK de Sepideh Farsi
MEILLEUR FILM D'ANIMATION
ARCO de Ugo Bienvenu
MEILLEURE ACTRICE
Léa Drucker pour DOSSIER 137
MEILLEUR ACTEUR
Benjamin Voisin pour L'ÉTRANGER
RÉVÉLATION FÉMININE
Nadia Melliti pour LA PETITE DERNIÈRE
RÉVÉLATION MASCULINE
Guillaume Marbeck pour NOUVELLE VAGUE
MEILLEUR PREMIER FILM
NINO de Pauline Loquès
MEILLEURE COPRODUCTION INTERNATIONALE
L'AGENT SECRET de Kleber Mendonça Filho
MEILLEURE IMAGE
Manu Dacosse pour L'ÉTRANGER
MEILLEURE MUSIQUE
Warren Ellis, Dom La Nena et Rosemary Standley pour LE CHANT DES FORÊTS