Un conte sombre dans la campagne du Yorkshire

Quinzaine des Réalisateurs 2014 à Cannes : Catch Me Daddy, de Daniel WolfeLaila vit avec son petit ami Aaron dans un mobil home dans le Yorkshire pour échapper à sa famille. Mais son père a engagé des hommes violents pour la retrouver. 

Quinzaine des Réalisateurs 2014 à Cannes : Catch Me Daddy, de Daniel Wolfe

Laila vit avec son petit ami Aaron dans un mobil home dans le Yorkshire pour échapper à sa famille. Mais son père a engagé des hommes violents pour la retrouver.

 

La campagne brumeuse du Yorkshire est belle et mystérieuse. C’est là que se situe cette histoire de « chasse à l’homme ». Les frères Wolfe, Daniel et Matthew, se sont inspirés de faits divers autour de violences entre communautés catholique et pakistanaise pour placer le cadre social de leur récit. Tout commence telle la tragédie de Roméo et Juliette : un amour impossible entre deux jeunes issus de familles qui s’opposent. Et puis en cours de route, le titre prend tout son sens et l’histoire devient un sombre conte pour enfants destiné aux adultes, où le grand méchant loup est un père. Cette course-poursuite se situe pour une large part durant la nuit, renforçant l’atmosphère cauchemardesque dudit conte. Daniel Wolfe a très bien assimilé les images dites de « réalisme social » du cinéma anglais contemporain pour livrer un film noir proche de l’atmosphère poisseuse d’un polar. Parce que le couple traqué sort à peine de l’adolescence, le récit en est d’autant plus effrayant. Elle vient interroger in fine l’amour filial et l’ambiguïté de celui-ci. Refusant la simplicité d’une vision manichéiste propre à ce type de récit, les frères Wolfe prennent le temps d’étoffer la psychologie des groupes d’hommes « en chasse ». Dès lors, tout devient possible, car les uns et les autres ne peuvent répondre à la logique des seuls ordres donnés pour de l’argent. Du côté du couple, la vision n’est pas non plus édulcorée, car l’amour étant questionné entre les personnages, elle n’est pas manifeste entre eux. Ce seront leurs gestes et décisions durant cette course-poursuite, qui définiront leurs liens d’attachement. Le cinéaste réussit à puiser dans la réalité contemporaine anglaise des sujets de récits cinématographiques que l’on suit sans temps mort mais avec de véritables respirations. Une saine respiration également pour le cinéma anglais que de réussir à proposer ce type de film !

 

Catch Me Daddy

de Daniel Wolfe

 

avec : Conor McCarron, Sameena Ahmed, Gary Lewis, Wasim Zakir, Anwar Hussain, Barry Nunney

scénario : Daniel Wolfe, Matthew Wolfe

image : Robbie Ryan

son : Stevie Haywood, Andy Shelley, Stephen Griffiths

décor : Sami Khan

montage : Dominic Leung, Tom Lindsay

musique : Matthew Watson, Daniel Thomas Freeman

Production : Emu Films LLP (Royaume-Uni)

Producteurs : Michael Elliott, Hayley Williams

Vente internationale : Altitude Film Sales

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