Les Vies de Thérèse © DR Les Vies de Thérèse © DR

Thérèse a fait appel à Sébastien Lifshitz, qui l'avait filmée dans son documentaire Les Invisibles, pour qu'il recueille ses derniers moments avant de mourir. Ce choix est militant puisqu'il s'agit de rompre avec le tabou de la représentation de la vieillesse et de la mort. Une fois encore, comme elle l'a toujours fait en devenant une militante active dans les années 1970, Thérèse fait de son corps une arme politique. Elle sent qu'il est urgent pour elle de transmettre ses expériences de vie et de lutte à la nouvelle génération. L'urgence est aussi bien de son côté que de celui de la société qui a tendance à se refermer sur elle-même en nourrissant la haine de l'autre ces derniers temps en France. Il ne faut plus s'endormir sur ses acquis sociaux mais lutter fermement pour protéger les droits élémentaires de l'individu humain à la base de toute sociabilité et de l'art du vivre ensemble.

Sébastien Lifshitz filme les enfants de Thérèse réunis autour d'une table pour évoquer les différentes Thérèse que chacun a connu. Sa caméra sait toujours se faire discrète et d'une absolue pudeur en s'arrêtant sur le visage endormi de Thérèse qu'en enregistrant les longues conversations des enfants. Elle montre ainsi que la mémoire d'un individu se poursuit dans la conscience des proches pour encourager aussi de véritables prises de positions sociales. L'émancipation d'une femme nommée Thérèse en 1968 en France est représentative de toute une société. Comprendre ce contexte permet aussi comment il peut se renouveler au temps présent. C'est pourquoi les multiples aller-retour dans le temps permettent de constituer autant de lien de communication entre les individus. Un film au format télévision (près de 52 minutes) d'une intelligente subtilité !

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