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Billet de blog 18 décembre 2024

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"In the Soup" d'Alexandre Rockwell

Un jeune célibataire qui peine à trouver l'argent de son loyer, rêve de devenir cinéaste. Il a déjà sous la main un scénario de plus de 400 pages et cherche encore des financeurs. Joe, mafiosi occasionnel, souhaite le produire.

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Illustration 1
In the Soup d'Alexandre Rockwell © Urban Distribution

Sortie DVD : In the Soup d'Alexandre Rockwell au sein du coffret DVD « 3 films d'Alexandre Rockwell » comprenant également Sweet Thing (2020) et Little Feet (2013)

Dans cette histoire contant les difficultés d'un jeune candide cherchant à devenir cinéaste à partir d'un scénario personnel tout en vouant un culte au cinéma d'auteur, il y a de toute évidence un sens cathartique de l'autodérision à mettre en scène les difficultés à mener à bien ses projets pour Alexandre Rockwell lui-même cinéaste indépendant.

Cette indépendance dans le cinéma made in USA n'empêche pas au contraire d'appartenir à des familles et il est symptomatique de voir apparaître dans ce film tourné en Noir & Blanc le cinéaste Jim Jarmush interprétant un personnage de fiction louche ou encore dans l'antagoniste réjouissant, Seymour Cassel, acteur fidèle de John Cassavetes depuis ses débuts et sur chacun de ses films. On ne pouvait trouver mieux comme figures iconiques de l'indépendance au cinéma en dialogue avec le cinéma dit d'auteur en Europe.

Comme chez Cassavetes, les compositions des acteurs et des actrices forces de proposition de jeu et les interactions avec les personnages font toute la richesse de la narration. La mise en scène bénéficie également d'un Noir & Blanc qui magnifie chaque plan avec une prédilection pour la lumière plutôt que l'obscurité, soulignant l'humanisme du cinéaste qui voit de la lumière dans chaque être.

La confrontation d'un côté entre le jeune homme candide et introverti au cœur pur qui rêve de devenir cinéaste tout en ignorant complètement la réalité de l'industrie et de l'autre côté le petit chef mafieux bon vivant, extraverti, généreux avec ceux qu'il affectionne est le véritable poumon de l'intrigue. Cela n'empêche cependant nullement les différents autres personnages d'apparaître et d'affirmer leur singularité, remettant sans cesse en question les intentions du jeune héros dans un véritable roman d'apprentissage dans la continuité de la littérature française du XIXe siècle, notamment d'un certain Balzac, où Rastignac et Vautrin dans Le Père Goriot (1835) pourraient très bien servir de modèle à l'apprenti cinéaste et à son financeur. De même, la place du jeune homme ambitieux observant les habitants de son immeuble d'infortune et plus particulièrement sa ravissante voisine dont il est épris, n'est pas non plus sans rappeler cette littérature.

Entre humour et réalisme d'une société en marge, où des truands rencontrent des artistes, In the Soup voisine avec le cinéma de Jim Jarmush, tout en se singularisant pour les chroniques de vie, là où Jarmush préfère la cinéphilie. Il faut ajouter que le film est une opportunité rare de voir Steve Buscemi, acteur sous-estimé par l'industrie au physique d'antihéros discret, toujours à la limite du héros burlesque, dans un premier rôle inoubliable et réjouissant.

Illustration 2

In the Soup
d'Alexandre Rockwell
Avec : Steve Buscemi (Bananas), Jennifer Beals (Suzi), Seymour Cassel (Joe), Pat Moya (Dang), Will Patton (Skippy), Sully Boyar (le vieil homme), Steven Randazzo (Louis Barfardi), Francesco Messina (Frank Barfardi), Jim Jarmusch (Monty), Carol Kane (Barbara), Stanley Tucci (Gregoire), Rockets Redglare (Guy), Elizabeth Bracco (Jackie), Debi Mazar (Suzie), Sam Rockwell (Pauli), Ruth Maleczech (Mrs. Rollo), David Cantler (le fils de Joe), Tessie Hogan (l'ex-femme de Joe), Jaime Sánchez (l'oncle Teo), Svetlana Rockwell (la locataire ukrainienne), Richard Boes (Nietzche), Tony Kitaras (Dostoevsky), Keivyn McNeill Grayes (le fils du policier), Robinson Youngblood (le policier), Michael J. Anderson (Little Man (as Mike Anderson), Edith Belmont (la nièce d'Angelica), Wilson Galarza (le neveu d'Angelica), Ramon O'Neill (le neveu d'Angelica), Anibal O. Lleras ( l'ami de l'oncle de Teo), Paul Herman
USA – 1992.
Durée : 93 min
Durée totale du coffret DVD : 4h04
Sortie en salles (France) : 7 octobre 1992
Sortie France du coffret DVD : 5 juillet 2022
Format : 1,66 – Noir & Blanc
Langue originale : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : Urban Distribution

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