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Billet de blog 19 avr. 2020

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Nouveaux témoignages de membres de la plateforme Docariv face au Covid 19

Dans ce nouvel entretien faisant suite à la présentation, dans une publication précédente, du dispositif Docariv constitué de médecins proposant des interventions à domicile dans la métropole lyonnaise, deux médecins partagent leur réalité de terrain face à la gestion de la pandémie.

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Un mois après les premières mesures annoncées de confinement national, l'activité des médecins généralistes a été bouleversée pour répondre aux nouvelles urgences et les consultations habituelles ont en grande partie disparu, laissant craindre le développement d'autres maladies non diagnostiquées suffisamment en amont.
Yann Sestier, médecin au sein de Docariv et Michaël Loeb, fondateur de la plateforme Docariv, dressent ici un rapide état des lieux.

Cédric Lépine : De quelle formation disposent les médecins pour gérer cette situation de pandémie ?

Yann Sestier : Les médecins ne disposent pas de réelle formation organisée pour gérer cette situation de pandémie. Ils s’informent en autodidactes.

Les sources sont diverses :
- articles dans des revues professionnelles
- courriels diffusés par la direction générale de la santé
- courriers du Conseil National de l’Ordre des Médecins
- notifications de la CPAM
- reportages et débats dans les médias
- expérience personnelle sur le terrain au contact des patients.

Michaël Loeb : Afin d'assurer la meilleure prise en charge possible des patients atteints du Covid 19, les médecins ont à leur disposition les sources émanant de l'Avis du Haut Conseil de la Santé Publique ainsi que les Protocoles mis en place dans divers CHU, en particulier les Hospices Civils de Lyon.

Cédric Lépine : Quelles sont les journées et le temps de travail type du personnel soignant dans ces circonstances exceptionnelles ?
Yann Sestier :
Les praticiens hospitaliers (services d’accueil des urgences, services de réanimation, services de médecine) ont une activité très soutenue, intense avec des plages horaires étendues.

En médecine ambulatoire, le rythme de travail est plus variable. Il y a des pics d’activité avec des patients suspects de Covid-19 ou Covid-19 confirmés avec des cas parfois sévères en détresse respiratoire. Il y a aussi de nombreuses consultations pour des personnes anxieuses qui expriment leur malaise et somatisent. Il y a aussi des périodes plus calmes du fait de la réduction nette des pathologies infectieuses pédiatriques depuis le confinement.

Les malades atteints de pathologies chroniques négligent leur suivi par crainte de déranger les médecins en cette période d’épidémie. D’autres patients redoutent d’être contaminés dans les cabinets médicaux ou au contact des professionnels de santé.

Michaël Loeb : Dans les services d’urgences hospitaliers, le temps de travail des médecins a été initialement très soutenu mais leur sollicitation diminue très nettement ces derniers temps.

Concernant la médecine de ville, l’activité dans les cabinets de médecine de ville s’est effondrée d’au moins 50% et même jusqu’à 80% dans certains cabinets. Ce renoncement aux soins conduit déjà à des catastrophes avec certains patients pris en charge beaucoup trop tardivement et des complications qui auraient été parfaitement évitables. La prévention ne s’effectue plus correctement, le diagnostic et la prise en charge des cancers est retardée, la vaccination des enfants est également retardée... La télémédecine est un élément intéressant mais elle ne remplacera jamais la consultation physique dans bon nombre de cas et les médecins de Docariv ont vu de nombreux patients qui avaient été "vus" en télémédecine et dont la gravité avaient été sous-estimée, conduisant à des hospitalisations en urgence retardée...

Nous souhaitons solennellement rappeler aux patients que renoncer aux soins est un danger majeur et que les médecins de ville constituent le pilier de notre système de santé.

Cédric Lépine : Comment les médecins vivent-ils leurs relations avec leurs proches dans ce contexte ?

Yann Sestier : Les relations des médecins impliqués dans les soins aux patients Covid-19 avec leur famille sont compliquées. Cette activité stressante crée un besoin de partage, de réconfort et de proximité peu compatible avec le respect des gestes barrières. Les médecins continuent d’appliquer la distanciation sociale au domicile afin de ne pas contaminer leurs proches. Cette distance est difficile à supporter et engendre de la frustration.

Cédric Lépine : Comment les conjoints des médecins vivent cette implication et le danger auquel ils sont confrontés ?

Yann Sestier : Les conjoints sont inquiets. Ils craignent la transmission du virus des patients au médecin. Ils redoutent la contamination à la maison. L’organisation est lourde : il faut éviter la proximité, désinfecter en permanence le linge, se laver régulièrement les mains, porter un masque au domicile. Enfin, les conjoints souffrent de la distanciation.

Cédric Lépine : Quelle assistance psychologique dispose le personnel soignant ?

Yann Sestier : Les médecins fragilisés ont la possibilité d’avoir un soutien psychologique via l’Ordre des Médecins. Il existe aussi des cellules de prise en charge dans les hôpitaux.

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