Devenir politique depuis le printemps arabe

On assiste depuis quelques temps à une accélération de l’histoire qui a vu vaciller plusieurs régimes, en place pour certains depuis plusieurs décennies, dans le monde arabe en ce début d’année 2011. Cette effervescence a pris le doux nom de « printemps arabe » avec toutes les idées de renaissance que cela comprend après une période hivernale rude où les libertés des sociétés étaient diversement entravées, figées dans un éternel passé anhistorique.

On assiste depuis quelques temps à une accélération de l’histoire qui a vu vaciller plusieurs régimes, en place pour certains depuis plusieurs décennies, dans le monde arabe en ce début d’année 2011. Cette effervescence a pris le doux nom de « printemps arabe » avec toutes les idées de renaissance que cela comprend après une période hivernale rude où les libertés des sociétés étaient diversement entravées, figées dans un éternel passé anhistorique. Quant à l’année 2015, elle est encore marquée par la violence sans commune mesure de divers groupes armés, étatiques ou non étatiques. Hamit Bozarslan connaît très bien cette partie du monde à laquelle il a déjà consacré plusieurs ouvrages. On peut s’étonner de la rapidité des analyses de cette période encore très récente, incluant l’année 2015 dans ses limites temporelles, alors que cette année a à peine commencé au moment où sort cet ouvrage. Non, la période étudiée est bien plutôt celle allant de 2011 à 2014 inclue. Cela n’empêche pas de faire une prospective quant aux années à venir. Trop proche des événements pour en proposer une analyse historique, Hamit Bozarslan propose avec son ouvrage une réflexion sur le pouvoir dans cette région du monde et cette période donnée, que l’on pourrait apparenter à de la philosophie politique. Car comme il le présente en introduction, ce sont trois penseurs qui parraineront ses analyses tout au long de cet ouvrage : Ibn Khaldûn (1332-1406) Tocqueville (1805-1859) et Marx (1818-1883). Si les événements sont évoqués, l’ouvrage ne se veut pas exhaustif des grandes dates qui ont marqué les révolutions et l’état de violence au Moyen-Orient. Et si dans son titre les termes sont à l’infinitif, c’est qu’il s’intéresse bien plus aux concepts que ceux-ci énoncent qu’à leur réalité historique. Ainsi, cette histoire récente de la révolution est éclairée à l’appui de plusieurs comparaisons avec les événements de 1789 et surtout 1848 en France. L’auteur propose un éloignement historique et géographique pour faire face à l’accélération de l’histoire chère à Paul Virilio. Avouant en conclusion l’« a-sens » et l’impuissance à l’égard de cette période historique, l’auteur ne cherche pas à faire entrer nécessairement le chaos de la violence dans un ordre rationnel, fût-il philosophique. Son ouvrage est davantage une invitation à prendre du recul par rapport à l’actualité brûlante et sanglante déversée par les grands médias quotidiens, afin de penser la politique en jeu. Car penser le Moyen-Orient des années 2000 revient par conséquent à penser notre monde à partir de ses « ailleurs » qu’on n’a nulle raison de reléguer à « ailleurs ». (extrait de l’introduction) Le passé éclaire le présent aussi bien que le présent éclaire le passé, telle est la philosophie de l’auteur. On sent ici un besoin impérieux chez Hamit Bozarslan de rédiger cet ouvrage, synthèse d’un homme qui a d’ores et déjà consacré plusieurs années à étudier l’histoire du Moyen-Orient. Si quelques concepts sont parfois un peu difficiles à saisir à la première lecture, ils n’en sont pas pour autant inaccessibles mais requiert une attention soutenue. De même, on peut émettre quelques réserves quant à quelques envolées généralisantes de la philosophie politique, ne s’attardant pas davantage sur l’éclairage des spécificités politiques de certains États : cette lecture nécessite de connaître quelques éléments de l’histoire et de la sociologie du Moyen-Orient, surtout en ce qui concerne les distinctions confessionnelles. Il n’en reste pas moins un livre qui fait honneur à la rigueur du chercheur qu’est ce directeur d’études à l’EHESS, dont la proposition de philosophie politique ne manquera pas d’apporter quelques éclairages sur un monde soumis à l’obscurité.

Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015

de Hamit Bozarslan

Nombre de pages : 304

Date de sortie (France) : 9 avril 2015

Éditeur : CNRS Éditions 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.cnrseditions.fr/geopolitique/7075-revolution-et-etat-de-violence.html

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